| Une crise humanitaire généralisée |
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| 19-11-2008 | |
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La situation humanitaire en Birmanie : un désastre qui ne cesse de s’aggraver Alors que son potentiel de développement était l’un des plus prometteurs d’Asie au début des années 50, la Birmanie est aujourd’hui coupée du monde et dévastée économiquement. Les Nations Unies estiment que la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. L’Organisation Mondiale de la Santé situe le système de santé birman au 190ème rang mondial (sur 191). Le taux d’alphabétisation de la population est parmi les plus bas de la planète. La Birmanie est bien l’un des « Pays les moins avancés» (PMA) et l’une des nations les plus pauvres d’Asie. Selon le rapport sur le développement humain de 2007, le pays se classe 132ème sur 177 pays pour son Indice de Développement Humain, alors même que son taux de croissance est plus bas que celui de ses voisins. L'espérance de vie y est de 56 ans, soit 15 ans de moins qu'en Thaïlande, et la mortalité infantile de 70 ‰, soit presque quatre fois plus que dans le royaume bouddhiste voisin. A cela s'ajoute une épidémie de sida parmi les plus importantes d'Asie, avec une population de séropositifs d’environ 200.000 personnes dont l’expansion rapide risque de causer à moyen terme un problème majeur pour la région dans son ensemble. Les Birmans souffrent d’une pauvreté croissante, liée tant aux politiques économiques désastreuses (le taux d’inflation serait supérieur à 50% et le système bancaire totalement archaïque) qu’au sous-investissement chronique dans l’éducation et la santé. L’oppression menée par le régime, le nombre de prisonniers politiques ou les incessants crimes de guerre perpétrés contre les minorités ethniques ne découragent pourtant pas les investisseurs internationaux. Contrairement à ce que l’on fait parfois croire, le pays n’est pas ostracisé économiquement : depuis plusieurs années, le nombre d’entreprises étrangères présentes en Birmanie est en hausse. Si les sanctions économiques sont regardées d’un mauvais œil par certains, il est essentiel de rappeler, pour la clarté du débat, qu’elles sont en réalité très limitées : aucun des pays de la région (pourtant les principaux partenaires commerciaux de la Birmanie) ne les applique ; les sanctions européennes sont surtout symboliques, et ne concernent pas les investissement privés ; enfin, le manque de transparence est la règle, et il suffit de quelques montages financiers appropriés pour rendre le traçage des investissements extrêmement compliqué. De cette manière, il n’est en aucun cas possible d’affirmer que les sanctions sont une des causes de la pauvreté du pays. Les 2 et 3 mai 2008, le cyclone Nargis a déferlé sur le sud du pays, sur le Delta de l’Irrawaddy et la région de Rangoon. Il a fait plus de 133.000 morts et disparus. Il s’agit du pire cyclone qu’ait connu l’Asie depuis 18 ans. La population birmane a pourtant du y faire face sans l’aide du gouvernement. Au delà de la méfiance des militaires birmans à l’égard des gouvernements occidentaux, le manque de volonté à accepter une aide humanitaire internationale, dont le régime a pourtant tant besoin, tient aussi à la situation politique interne. Ce régime xénophobe et paranoïaque vit dans la peur permanente d’un nouveau soulèvement populaire ou d’une invasion militaire américaine. Au total, ce sont plus de 2,5 millions de personnes qui ont été affectées, dont 1 million de personnes sans-abri
Alimentation, eau
La malnutrition est très répandue chez les enfants de moins de cinq ans. Un tiers des enfants souffre de malnutrition chronique modérée ou sévère. Selon l’OMS, 11% des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aigue (qui demeure une des causes principales de mortalité infantile) et 41% sont sous-alimentés de manière chronique. Seuls 15% des enfants sont nourris exclusivement au lait maternel. La pratique consistant à donner de l’eau aux nourrissons persiste malgré plusieurs campagnes d’information. Plus de 25% de la population n’a pas accès à l’eau potable. La contamination à l’arsenic notamment (lié notamment à l’exploitation des sous-sols pour la recherche de minerais ou de pierres précieuses) est un sujet de forte préoccupation. Les désastres naturels (cyclone, pluies tropicales…) augmentent la propagation de maladies et de parasites liés à la mauvaise qualité de l’eau, provoque des interruptions de scolarité et des difficultés d’accès aux personnes dans le besoin.
Un fort potentiel agricole mais
de graves inégalités régionales
La Birmanie est un pays doté d’un fort potentiel agricole. Pourtant, des politiques économiques désastreuses, les aléas climatiques, et la marginalisation de certains groupes de la population affectent les opportunités d’accès à l’alimentation. L’insécurité alimentaire est particulièrement forte dans les zones frontalières, là où vivent les minorités ethniques.
La région du Delta Irrawaddy a été la plus fortement touchée par le cyclone Nargis de 2008. Elle était le grenier du pays et comprenait une industrie de la pêche importante. L’aide humanitaire n’a jusqu’à présent pas permis de rétablir entièrement la capacité de production des petites et moyennes exploitations agricoles : les agriculteurs et les pêcheurs ne pourront probablement pas autofinancer leurs besoins, ce qui provoquera une spirale de précarisation du delta. Presque toutes les terres fertiles ont été inondées d’eau salée. Il faudra du temps pour qu’elles redeviennent productives. Dans les zones les plus touchées, les familles ont perdu leur matériel agricole et leurs réserves de nourriture. Le réapprovisionnement des stocks de volailles et de petits animaux pour les ménages du delta qui ne possèdent pas de terres, demeure un défi considérable. Le remplacement des outils de travail indispensables – outils agricoles, matériel de pêche, bateaux, équipements divers – est en cours mais prendra encore plusieurs années. On estime que la production de riz dans les régions touchées par le cyclone des divisions de l’Ayeyarwaddy et de Rangoon, ne représentera que la moitié de celle de l’année précédente. Selon un rapport des Nations Unies, les dégâts provoqués par le cyclone dans les secteurs de l’élevage et de la pêche dans le delta continueront d’affecter les réserves alimentaires et les revenus des agriculteurs pendant plusieurs années.
L’accès aux vivres demeure un problème pour les personnes les plus pauvres de la Birmanie. Des poches d’insécurité alimentaire persistent dans la région du delta entre autres. Dans les états du nord et les états les plus reculés, les niveaux de malnutrition sont toujours élevés. Les minorités ethniques sont confrontées à de nombreuses restrictions dont celle de commercer ou de se déplacer. Les régions les plus reculées comme le Rakhine pâtissent des restrictions de circulation imposées par le gouvernement. Les entraves à l’approvisionnement de ces régions en nourriture créent de graves difficultés alimentaires. En tout, plus de 5 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté en Birmanie. Une aide alimentaire d’urgence reste indispensable dans les régions touchées par le cyclone comme la division de l’Ayeyarwaddy, mais d’autres régions nécessitent elles aussi des interventions humanitaires d’urgence, comme l’état Chin, où les réserves de vivres ont été touchées par une infestation de rats, le nord de l’état Rakhine et les régions de l’Est touchées par le conflit. . La zone centrale du pays (Central Dry Zone) est pauvre et reculée. Elle souffre de déficits alimentaires chroniques aggravés par le manque d’infrastructures, les aléas climatiques, des intrants agricoles inappropriés et un manque d’accès aux terres. Les agriculteurs sont confrontés à la hausse des prix des engrais et du carburant, tandis que les prix des récoltes sur le marché fluctuent. La mise en place de services financiers adéquats tels que le micro-crédit, et de flux commerciaux moins régulés sera essentielle pour soutenir la croissance de l’économie agricole dans le pays. Malgré ces défis et le manque d’accès permanent aux vivres dans de nombreuses parties du pays, on s’attend à ce que les exportations de céréales en Birmanie soient élevées cette année – soit environ 577 tonnes de riz et 159 000 tonnes de maïs. Un paradoxe cruel lorsqu’on sait le déficit en nourriture dont souffrent des millions de foyers birmans. Santé L’Organisation Mondiale de la Santé situe le système de santé birman au 190ème rang mondial (sur 191). La Birmanie est un des pays qui reçoit le moins d’aides internationales. La santé de la population requiert des moyens incomparablement plus importants. En représentant seulement 3% du budget de l’Etat, la part du PIB que le gouvernement birman alloue à la santé est la plus faible du monde. Plus de 100 000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque année. La plupart sont victimes de maladies pourtant curables. La mortalité infantile est de l’ordre de 10%, soit un enfant sur dix qui n’atteint pas l’âge de cinq ans. § Le paludisme est la première cause de mortalité des enfants de moins de cinq ans. Le paludisme touche un demi million de personnes chaque année. 12% de la population birmane, entre 5 et 10 millions de personnes, sont atteintes du paludisme. Environ la moitié des cas de paludisme en Asie du Sud Est sont en Birmanie. Seule une petite proportion d’entre elles reçoivent un traitement adéquat et 3000 personnes meurent de paludisme chaque année. § 97000 nouveaux cas de tuberculose sont recensés chaque année. § Le VIH/Sida est très répandu parmi les prostituées et les consommateurs de drogue par intraveineuse. 32% des travailleurs sexuels et 43% des consommateurs de drogue seraient atteints par le virus. La Birmanie a un des taux de prévalence estimé à 1,3% (env. 500 000 personnes), le plus élevé d’Asie. Le VIH/Sida ferait environ 20 000 morts par an. En 2000, un programme de prévention de la transmission de la mère à l’enfant a été mis en place. En 2005, des traitements antirétroviraux ont été introduits dans le système de santé public mais seuls 3% des malades reçoivent actuellement un traitement. L’argent venant du gouvernement et de donateurs internationaux n’est pas suffisant et les patients n’ont pas les moyens de payer leur traitement. En août 2005, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et la malaria a mis fin à ses activités en Birmanie en raison des restrictions trop importantes que lui imposait le gouvernement birman. Un nouveau programme d’aide internationale, le 3D Fund, largement financé par l’Union européenne, a été mis en place pour pallier au départ du Global Fund. Ce fond thématique est destiné à lutter contre les trois maladies les plus létales en Birmanie, à savoir le paludisme, la tuberculose et le SIDA et est doté d’une enveloppe avoisinant les 100 millions d’Euros.
Education/enfants
Le taux
d’alphabétisation de la population est parmi les plus bas de la planète. Moins d’un
cinquième des élèves atteint le quatrième niveau de l’école primaire. Selon
l’UNICEF, quatre millions des 11,8 millions d’enfants âgés de 6 à 15 ans
travaillent.
Travail forcé Le recours au travail forcé est un fléau national en Birmanie. Dans ce régime proche d’un système féodal, militaires et autorités locales s’arrogent le droit de réquisitionner hommes, femmes et enfants, voire de saisir leurs terres et leur argent. Selon l’OIT (Organisation internationale du travail de l’Onu), plus de 800 000 Birmans sont mis au travail forcé par la junte. Chaque jour, des dizaines de milliers de Birmans doivent obéir à des ordres de réquisition émanant de l’armée ou des autorités locales afin d’accomplir toute une série de besognes : construction de routes ou de casernes, transport à dos d’homme de matériel militaire, entretien de plantations au profit des autorités, etc. En général, l’ordre consiste à envoyer une personne par ménage. Elle doit amener ses propres outils et sa propre nourriture, travailler un ou quelques jours sans rémunération. Seul le paiement d’une « compensation » permet d’échapper à ce travail forcé, mais elle équivaut à un ou plusieurs jours de salaire. Rares sont donc les familles à pouvoir se le permettre. Lorsqu’aucun adulte n’est disponible au sein du ménage, un enfant doit être envoyé. Ce recours massif au travail forcé a valu bien des critiques internationales au régime militaire, dont plusieurs condamnations par le Bureau international du Travail (BIT). - En juin 2000, pour la première fois, de son histoire, l’OIT a adopté une résolution pour contraindre Rangoon à se conformer aux obligations de la Convention sur le travail forcé. Une convention entrée en vigueur en 1932 et que la Birmanie a ratifiée en 1955. - En novembre 2000, constatant que la Birmanie ne se conformait pas à la Convention, l’OIT a autorisé ses membres à imposer des sanctions au gouvernement birman. - Aujourd’hui : il n’y a toujours pas de résultat. Selon l’OIT, le cas de la Birmanie confirme qu’il est impossible de faire des progrès significatifs contre le travail forcé dans un climat d’impunité et de répression des personnes qui en dénoncent les abus.
Le travail forcé a tendance à augmenter dans certains États. Dans le nord de l’Etat Rakhine par exemple, un rapport du groupe de défense des droits humains Arakan Project montre que de plus en plus de Rohingyas, une population musulmane particulièrement réprimée par le régime, ont été réquisitionnés depuis novembre 2008. Selon ce rapport, l’aggravation du travail forcé est la conséquence directe de la construction d’une barrière en barbelés le long de la frontière du Bangladesh (apparemment pour empêcher les Rohingyas de quitter la Birmanie) et de tensions militaires entre le Bangladesh et le Myanmar au sujet de frontières maritimes et d’explorations gazières dans le Golfe du Bengale. Dans le canton de Maungdaw, des villageois ont signalé que la fréquence du travail forcé est passée à deux jours et une nuit par semaine, au lieu d’un jour et une nuit lors de la saison sèche précédente. Dans certains cas, les victimes ont été contraintes au travail forcé durant une semaine ou plus. Des milliers de Birmans sont également forcés de servir comme porteurs pour l’armée birmane dans les zones de guerre. Beaucoup d’entre eux meurent de faim, de fatigue ou de blessures causées par des mines. Le viol a été institutionnalisé comme outil de répression politique. Les femmes utilisées comme porteuses par l’armée sont souvent violées plusieurs fois par nuit. La plupart sont des adolescentes.
Minorités, réfugiés, IDPs La situation des minorités vivant dans les régions frontalières du pays est aujourd’hui la plus inquiétante d’un point de vue humanitaire. Les populations vivent très isolées et leur accès à l’aide en général est rendue extrêmement difficile par le manque d’infrastructure et, souvent, par la répression de l’armée birmane dans ces zones.. Pour certaines minorités particulièrement opprimées, la situation de crise humanitaire qu’elles endurent est chronique. Les groupes ethniques résidant dans l’Est de la Birmanie subissent le poids de l’oppression du régime. L’armée mène régulièrement des raids contre les villages karens et brûlent les récoltes, volent les réserves et le bétail, et oblige les habitants à travailler. Les viols de femmes et de filles karens sont fréquents. Les Karens fuient massivement vers la Thaïlande ou vers la jungle birmane. Les conditions sanitaires y sont catastrophiques. 1 femme Karen sur 12 meure en donnant naissance à son enfant ; en Thaïlande 1 sur 900. 1 enfant Karen sur 5 meure avant l’âge de cinq ans contre 1 sur 50 en Thaïlande. Le paludisme et la diarrhée sont les principales causes de décès. L’Etat du Rakhine Nord (à l’Ouest de la Birmanie), qui regroupe plusieurs minorités dont les Rohingyas, connaît également de grandes difficultés. Les indicateurs humanitaires tels que l’accès à l’eau, à la santé et à la nourriture et à l’éducation sont au plus bas. Aux yeux du gouvernement birman, les Rohingyas n’existent pas. La production d’opium a longtemps été la principale source de revenu pour plusieurs communautés vivant dans l’Etat Shan. La décision du gouvernement d’éradiquer la culture de l’opium a plongé une large part de la population dans une pauvreté chronique et sérieusement affecté la sécurité alimentaire de la région. Aucun programme de substitution n’avait été prévu et la culture de l’opium rapportait beaucoup que la culture de céréales ou autres denrées alimentaires
Les minorités ethniques sont ainsi les premières victimes de la politique répressive du gouvernement. Les attaques récurrentes de l’armée birmane contre ces populations ont contraint des centaines de milliers de personnes au déplacement : plus de 500.000 déplacés internes vivent désormais sans nourriture, sans habitation, sans accès aux soins de base. En conséquence, des milliers de civils vivant dans les zones de conflit décèdent chaque année de maladies pourtant curables. Le gouvernement birman considère les travailleurs humanitaires birmans dans la région comme des menaces, les arrête et les torture. L’accès à l’aide humanitaire est refusé à ces populations par le régime birman, qui se rend ainsi coupable d’entrave au droit fondamental à la santé.
Sources : PNUD, OMS, FAO, PAM, Unicef, Action Contre la Faim, Médecins du Monde, OIT, Arakan Project, Back Pack Health Workers Team, Amnesty International
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| Dernière mise à jour : ( 08-02-2010 ) |
Situation humanitaire 

