| Situation politique |
|
|
|
| 19-11-2008 | |
|
Situation politique
“ Je ne suis pas un robot mangeur de riz[…] Nous ne sommes pas des bêtes de la jungle, nous sommes des êtres de raison. Il est grand temps d’en finir avec le règne de la terreur armée » Chanson populaire clandestine
La Birmanie c’est « une dictature qui a anéanti les acquis démocratiques, une économie en déroute et un pays dirigé par des hommes sans foi ni loi. » Se Libérer de la peur, Aung San Suu Kyi La Birmanie vit depuis 1962 sous le joug d’une dictature militaire. Cette mainmise militaire renouvelée lors du coup d’Etat de 1988 où une junte militaire d’inspiration « marxiste » s’est vue remplacée par une junte militaire d’inspiration « opportuniste » et qui se manifeste par un déni total des libertés politiques et une occupation monopolistique de l’espace politique. Les généraux au pouvoir se sont coupés de tout dialogue avec l’opposition politique, les représentants des minorités ethniques ainsi qu’avec la société civile, créant de fait une grave crise politique.
Quelques données clés : - Aung San Suu Kyi, la leader du parti d’opposition démocrate la Ligue nationale pour la démocratie (LND), est toujours assignée à résidence, et ce depuis quatorze des vingt dernières années. - La junte a lancé depuis 2003 un projet politique intitulé ‘feuille de route vers la démocratie’ qui a été mené de façon unilatérale et sans aucune concertation avec l’opposition et les minorités. La feuille de route a conduit le peuple birman à voter une nouvelle constitution par référendum en mai 2008, la prochaine étape se situe en 2010 avec la tenue d’élections générales. Sans aucun respect des canons démocratiques ni du droit d’expression, cette feuille de route politique vise uniquement et simplement à conférer aux généraux une légitimité par les urnes, et entériner le règne militaire. - L’oppression contre l’opposition et les voix dissidentes reste féroce. Fin 2008, près de 215 activistes se sont vus condamnés à des peines de prison très lourdes, des dizaines d’inculpation ont atteint les 65 ans d’emprisonnement. Le nombre de prisonniers politiques a presque doublé durant ces deux dernières années : on dénombre aujourd’hui près de 2100 prisonniers politiques : membre du parti démocrate, syndicalistes, moines et nonnes, journalistes, artistes… - Connues sous le nom de Révolution Safran, de grandes manifestations populaires ont secoué le pays en septembre 2007 suite à des hausses brutales du prix des carburants et des denrées de base. Emmenée par les bonzes et les nonnes, la population birmane réclamait une baisse des prix et une amélioration des conditions de vie ; mais aussi plus de liberté politique. Les manifestations ont été brutalement réprimées, suscitant l’indignation de tous les pays et conduisant le Conseil de Sécurité de l’ONU à déplorer à voix haute la gestion de la crise par les autorités birmanes. - La Birmanie est inscrite à l’agenda permanent du Conseil de Sécurité des Nations unies en raison des profonds troubles politiques qui secouent le pays. L’ONU a chargé Ibrahim Gambari d’assurer une médiation internationale pour initier des rencontres entre la junte et la LND, mais les succès de cette mission demeurent limités. De même, aucune déclaration contraignante (résolution) n’a encore été votée à l’encontre de la Birmanie, qui dispose de solides soutiens auprès de la Chine et la Russie, ainsi que certaines nations asiatiques. - La Birmanie a adhéré à l’ASEAN en 1997, mais l’intégration à cette instance régionale n’a apporté aucune ouverture politique. Les membres de l’ASEAN oscillent entre une attitude neutre de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un pays membre, et la volonté de ne pas cautionner les violations des droits de l’homme dans le pays. La plupart des pays voisins privilégient l’aspect économique dans leurs relations avec la Birmanie, notamment pour répondre à leurs besoins énergétiques. - De leur côté, l’Union européenne et les Etats-Unis ont décidé de limiter autant que possible les relations avec le régime birman. Un gel des visas a été mis en place, interdisant aux dignitaires birmans de circuler en Europe et aux USA, et la position commune européenne a prohibé le trafic d’armes à destination des militaires. Ces mesures entrent dans le cadre de sanctions ciblées, qui visent à limiter ou prohiber les investissements occidentaux, ou l’import-export de biens d’origine birmane. Ces sanctions répondent aux graves lacunes des responsables birmans dans les domaines des libertés fondamentales et des droits humains.
De la démocratie à la dictature
Au lendemain de l’indépendance : une démocratie balbutiante Colonisée par les Britanniques depuis 1853, occupée par les Japonais de 1942 à 1944, la Birmanie accède à l'indépendance en 1948. Les artisans de cette indépendance sont connus sous le nom des ‘Trente camarades’, dirigés par le Général Aung San (père d’Aung San Suu Kyi, et considéré par les Birmans comme le Père de la nation birmane). Mais Aung San ne verra pas le fruit de son travail puisque cinq ministres du gouvernement provisoire et lui-même sont assassinés en juillet 1947. C’est donc U Nu qui dirigera en tant que Premier ministre la Birmanie nouvellement indépendante. Le pays connaîtra une période de démocratie et de relative stabilité. Mais des dissensions avec les représentants des minorités ethniques apparaissent rapidement, ces dernières se sentant flouées par la constitution qui ne leur offre pas suffisamment d’autonomie. A la fin des années 50, les troubles avec les minorités ethniques se font de plus en plus persistants, tandis que des tensions internes apparaissant au sein du parti au pouvoir. U Nu est contraint de faire appel provisoirement au Général Ne Win, un autre des Trente camarades. U Nu sera néanmoins réélu en 1960.
Le premier coup d’Etat militaire, sur fond d’instabilité En 1962, face à la recrudescence des insurrections des groupes ethniques, le général Ne Win, commandant en chef de l'armée, prend le pouvoir par coup d'Etat. Il s’installe au pouvoir pour ne plus le quitter jusqu’en 1988. Il renverse le gouvernement, emprisonne le premier ministre et le président et dissout le parlement : l’appareil politique est rapidement verrouillé. Sous sa férule, la Birmanie devient une dictature militaire dans laquelle le régime de parti unique, le Burma Socialist Program Party – BSPP – impose une « voie birmane vers le socialisme » qui entraîne le déclin économique du pays et réduit rapidement le pays à la pauvreté. Derrière cette rhétorique empruntée au stalinisme se cache en réalité une dictature sanglante. En 1974, le pays est baptisé « Union de la République Socialiste de Birmanie ». En 1988, Ne Win est contraint à démissionner, laissant un pays exsangue.
La dictature s’installe : En août 88, les manifestations de mécontentement, réclamant une amélioration des conditions de vie, et l’avènement de la démocratie, voient défiler des millions de personnes dans le pays tout entier. Un groupe de généraux réprime brutalement ces manifestations (entre 3.000 et 4.000 morts, et des milliers d’arrestations), puis déclare l’état d’urgence : le SLORC (Conseil d’État pour la restauration de la loi et de l’ordre) est né. Le mécontentement populaire est tel que le régime annonce la tenue d’élections pour 1990. Entre temps, une opposition aux militaires se structure : c’est le parti démocrate de la Ligne Nationale pour la Démocratie. Les leaders de ce parti inquiètent les généraux, qui les assignent à résidence en 1989, peu avant les élections. Ainsi, les élections ont lieu alors bien qu’Aung San Suu Kyi et la plupart des membres de la LND sont privés de liberté. Le régime a pris soin de présenter des partis fantoches : pas moins de 234 partis politiques sont créés pour l’occasion. Les élections ont lieu le 27 mai 1990, la LND fait un raz de marée et remporte plus de 80 % des voix, soit 392 sièges sur 485 sièges. La junte se maintient au pouvoir et annule les résultats. L’assignation à résidence du leader de la LND est prolongée d’un an. Des manifestations de protestation sont réprimées. S’ensuivent arrestations, séances de torture et camps de travaux forcés après que l’armée ait tiré sur les manifestants. En décembre 1990, plusieurs parlementaires qui ont fui le pays, créent en Thaïlande un gouvernement en exil : le NCGUB - National Coalition Government of the Union of Burma (cf. présentation dans les Nouvelles de Birmanie de janvier 09).
En route vers une démocratie disciplinée ? Durant les années 90, la junte annonce que les députés élus en 1990 doivent au préalable préparer une nouvelle constitution, avant de pouvoir siéger au parlement. C’est ainsi qu’une Convention nationale est mise en place. Seuls 15,4% des délégués sont dés élus, les autres ont été triés sur le volet. En 1995, la LND quitte la Convention estimant que la convention n’est pas conforme à l’aspiration démocratique qui les anime et persuadés qu’il s’agit là d’un stratagème pour gagner du temps. En 1996, la Convention nationale est ajournée, sans que les membres de cette commission soient parvenus à proposer un texte constitutionnel. Il n’y aura plus aucune discussion sur le sujet jusqu’en 2003. Cette année-là, une feuille de route vers une transition démocratique est annoncée. C’est l’avènement d’une « démocratie disciplinée florissante » (disciplined-flourishing democracy), déclinée en sept étapes, dont l’ultime but est la validation d’une nouvelle constitution par référendum, et l’organisation d nouvelles élections parlementaires. Le régime s’en tient scrupuleusement à sa feuille de route depuis 2003, sans tenir aucunement compte des aspirations du peuple birman, de la légitimité conférée à la LND par le vote populaire, ni des recommandations formulées par la Communauté internationale. Ainsi, aucun calendrier n’était annoncé, et surtout, le nom d’Aung San Suu Kyi à aucun moment évoqué. En 2008 enfin, le texte constitutionnel est prêt. Il a été rédigé unilatéralement par les militaires, sans que l’opposition ou les personnes choisies au sein de la société birmane n’ait la possibilité d’y apposer des amendements. Le référendum constitutionnel se tient en mai 2008. Il est à la fois contesté et contestable. Contesté car organisé au lendemain du cyclone Nargis qui avait dévasté le pays. Alors que le pays déplore plus de 150.000 morts et disparus, le régime maintient le scrutin. Et contestable car il enregistre un score digne des anciens régimes communistes : 92.4%. La nouvelle Constitution écarte du droit de vote, les anciens et actuels prisonniers politiques. Ce qui évince une grande majorité des opposants politiques et surtout écarte définitivement Aung San Suu Kyi de la scène politique puisqu’ayant été marié à un Britannique, le nouveau dispositif législatif l’empêche de briguer un mandat politique en Birmanie.
L’ultime étape : les élections en 2010 L’année prochaine, en 2010, sont prévues les élections parlementaires, vingt ans après les élections de 1990 qui avaient sanctifié la victoire des démocrates du parti d’Aung San Suu Kyi. Contrairement aux élections de 1990, celles à venir seront sans surprise, puisque l’opposition y sera inexistante. Depuis quelques mois, le régime fait table rase des voix dissidentes et de toute forme opposition, en vue de ces prochaines élections. En novembre 2008 a débuté une série de procès iniques qui ont écarté de la scène politique opposants politiques, défenseurs des droits de l’homme, et représentants des minorités : plus de 200 citoyens ont été condamnés à des peines allant jusqu’à 65 ans de prison. Ils viennent rejoindre les rangs des nombreux prisonniers politiques que compte le pays, dont le nombre a doublé depuis 2007. L’opposition démocrate, affaiblie par deux décennies de répression continue, a déclaré qu’elle ne participerait pas à ces élections, sauf si (a) le texte constitutionnel était revu et prenait en compte les aspirations des démocrates et des minorités ethniques, et (b) que tous les prisonniers politiques (aujourd’hui plus de 2.100) étaient libérés. Ces élections ne peuvent avoir de crédibilité si la figure de proue de l`opposition Aung San Suu Kyi ne peut pas être candidate. Or, jusqu’à aujourd’hui, Aung San Suu Kyi resterait inéligible en 2010, tout comme l’ensemble des hommes politiques ayant évolué dans le parti d’opposition. Mais la communauté internationale semble s’accommoder de cette démocratie factice proposée par les militaires : Les Nations unies, tout comme les gouvernements asiatiques et certaines chancelleries occidentales, pressent l’opposition de participer aux élections. Les perspectives d’une Birmanie libre et démocratique s’éloignent, de l’aveu même du rapporteur spécial des droits de l’Homme, Tomas Quintana, qui a confié qu’ « il faudra des générations pour instaurer une démocratie ». N’est-ce pas précisément pour cette raison qu’il est urgent d’agir dès maintenant ? |
|
| Dernière mise à jour : ( 25-03-2009 ) |
Situation politique 

