Le groupe pétrolier Unocal va verser des fonds pour
éviter un procès.
Le groupe pétrolier américain Unocal va verser
des fonds, d'un montant non révélé,
pour améliorer les conditions de vie des villageois
birmans et protéger leurs droits, à titre
de compensation pour les abus et le travail forcé
dont ils ont été victimes lors de la construction
d'un gazoduc en Birmanie dans les années 90, ont
déclaré lundi les deux parties. Cette annonce
intervient alors que l'action engagée parallèlement
en France, en 2002, pour "enlèvement et séquestration"
par des villageois birmans contre Total, opérateur
du gazoduc controversé, entre dans une phase cruciale.
Une audience à huis clos, au cours de laquelle un
non-lieu pourrait être décidé, doit
en effet avoir lieu aujourd'hui. William Bourdon et Bernard
Dartevelle, les deux avocats des victimes dans la procédure
française, estiment que l'accord judiciaire auquel
s'est résolu l'américain Unocal peut constituer
un argument de poids pour contrer le non-lieu requis par
le parquet de Nanterre. "Unocal, qui est moins engagé
que Total sur ce projet, a préféré
transiger plutôt que de risquer un procès,
se félicite Bourdon.
Cela signifie que les preuves apportées par les
plaignants sont de nature à faire craindre une condamnation."
Le porte-parole de Total, Philippe Gateau, n'a pas souhaité
commenter l'accord américain à l'amiable,
"étant donné que les termes n'en ont
pas encore été rendus publics".
L'avocat principal de la procédure américaine,
qui appartient au Fonds international pour les droits du
travail, a expliqué que les termes de l'accord resteraient
confidentiels jusqu'à ce que les plaignants (14 villageois
birmans affirmant avoir été contraints par
l'armée birmane à travailler sur le pipeline
de Total) soient consultés. La procédure avait
été lancée en 1996, au terme d'une
loi autorisant des étrangers à intenter un
procès à une compagnie américaine pour
des violations commises à l'étranger. Le procès
devait s'ouvrir en juin prochain à Pasadena (Californie).
L'accord qui télescope la procédure "va
permettre d'indemniser les plaignants et de procurer des
fonds qui leur permettront de lancer des programmes pour
améliorer les conditions de vie, les soins et l'éducation,
et protéger les droits des populations vivant dans
les environs du gazoduc", ont déclaré
les parties dans un communiqué commun. De son côté,
"Unocal réaffirme son principe que le groupe
respecte les droits de l'homme".
Philippe GRANGEREAU
Source : Libération, 15 décembre 2004