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  Tourisme
   
 
Faire du tourisme en Birmanie pose un problème d’ordre éthique. Selon le message de l’opposition birmane, avec comme figure de proue Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix, les touristes internationaux doivent s’abstenir de visiter la Birmanie tant que la démocratie ne sera pas restaurée. En allant en Birmanie, les touristes cautionnent en effet la dictature militaire au pouvoir, une économie fondée sur les drogues, le travail et les déplacements forcés. La Birmanie est l’un des rares pays au monde où le développement touristique est aussi directement lié aux violations des droits de l’Homme les plus graves.
 
 
Dans de nombreux pays en développement, le secteur du tourisme reste un formidable moyen pour attirer les devises étrangères. Utilisé comme une stratégie de développement économique, cela souligne la nécessité de permettre aux populations locales de participer pleinement à la prise de décisions concernant leur propre avenir. Ainsi, le développement touristique ne peut mener à la démocratie qu’au prix d’une participation active de la population aux prises de décision. Ce sujet doit faire l’objet d’un débat public permettant au peuple d’émettre son opinion sur les options envisageables.

En Birmanie, une telle consultation est aujourd’hui improbable, voire utopique. La junte a tenté de légitimer le développement touristique au nom du développement économique. Or, l’aménagement touristique n’a pas été entrepris dans le cadre d’une politique de développement globale et la Birmanie reste l’un des pays les plus répressifs au monde, sans aucune stratégie de développement.

Le produit des investissements touristiques, dont le coût se mesure en vies humaines, viols et mauvais traitements, vient remplir les caisses du régime et celles des compagnies privées étrangères, partenaires de ces investissements. Etant donné que le régime en place n’envisage aucune réforme démocratique et tant que le développement touristique ne l’y contraindra pas, son renforcement ne pourra se faire qu’au détriment du peuple birman.

La rénovation des sites touristiques et les circuits balisés proposés par les agences de voyages donnent l’impression d’un pays stable et prospère. Derrière ces décors factices, la répression s’accentue sur les membres de l’opposition démocratique. Aux frontières, dans les zones fermées aux étrangers, la junte militaire poursuit sa stratégie de terreur : réquisitions de travailleurs forcés, déplacements de population, exécutions sommaires, viols, arrestations et destructions de biens.

Historique
Le travail forcé
Les déplacements de population
Blanchiment de l’argent sale
Tourisme sexuel
Des zones interdites aux touristes
Conséquences socio-économiques
Argumentaire pour un tourisme responsable
Actions d'Info Birmanie

Historique
Dès 1990, la junte a fait du développement touristique l’une de ses priorités économiques. Les raisons de ce développement étaient évidentes : maintenir le SLORC au pouvoir et polir l’image négative de la dictature, permettre à la Birmanie d’entrer sur la scène économique internationale, attirer les investisseurs étrangers et blanchir l’argent de la drogue.

Cette politique d’ouverture au tourisme s’est rapidement concrétisée par l’expulsion manu militari des populations habitant près des sites touristiques et par l’utilisation du travail forcé pour la rénovation des monuments, la construction des routes et des hôtels.

En novembre 1996, la junte a officiellement ouvert le pays au tourisme en lançant la campagne de promotion « Visit Myanmar Year ». Cette campagne n’était autre qu’un stratagème économico-politique offrant à l'armée la possibilité de blanchir l’argent de la drogue et d’infliger des travaux forcés, en ne faisant découvrir qu’une façade de la Birmanie.

Toutefois, le Visit Myanmar Year n’aura finalement pas eu le succès escompté et les touristes internationaux, attirés par l’Asie du Sud-Est, lui préfèrent encore la Thaïlande et le Vietnam, plus accessibles financièrement.

Chiffres
Source : Mission Economique de l’Ambassade de France à Rangoon (novembre 2003)



>> Infographies ; cliquez pour agrandir les graphiques


Graphique 1: nombre de touriste ayant éffectué un séjour en Birmanie entre 2000 et 2002
Graphique 2:Répartition par nationalité des touristes européens arrivés en Birmanie par avion entre 1999 et 2003
Graphique 3: Répartition par nationalité des touristes asiatiques arrivés en Birmanie par avion entre 1999 et 2003

Le travail forcé
Le tourisme en Birmanie est fondé sur le travail forcé et ne bénéficie en rien aux populations locales. En 1998, une commission d’enquête de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) a constaté que le recours au travail forcé par la junte militaire était généralisé et systématique. Des millions de Birmans, tous âges et sexe confondus, ont été obligés de travailler dans des conditions d’esclavage : ni payés, ni nourris, parfois battus et violés, beaucoup d’entre eux y ont laissé leur vie.

Les déplacements de population
Les autorités birmanes ont nettoyé la proximité des sites historiques. Les quartiers pauvres ont été détruits et les habitants relogés dans des cités nouvelles. Au nom du tourisme, environ trois millions de personnes ont été chassées de chez elles. Le cas le plus flagrant reste celui de la cité historique de Pagan.


Pagan

En avril 1990, les 5200 habitants de Pagan furent obligés de déménager à une trentaine de kilomètres de la ville, dans une zone aride et dépourvue d’équipements élémentaires. Certains ont bénéficié d’un préavis de 2 semaines, d’autres, moins chanceux, n’ont eu que quelques heures pour partir.

Blanchiment de l’argent sale
Il est de notoriété publique que le tourisme en Birmanie sert de couverture pour blanchir l’argent de la drogue. La Birmanie étant le deuxième plus gros producteur mondial d’opium après l’Afghanistan, elle en retire des sommes d’autant plus conséquentes que les militaires en contrôlent toute la chaîne. Le tourisme alimente les circuits de l’argent sale : le système de blanchiment par empilement consiste à ajouter l’argent de la drogue à un premier apport de capitaux frais pour le financement d’un hôtel par exemple.

Tourisme sexuel
Parallèlement à l’ouverture économique et touristique du pays, l’industrie du sexe prend son essor en Birmanie et la prostitution destinée aux étrangers ne cesse de croître. Il est fort à craindre que le développement du tourisme en Birmanie ait le même effet que celui de la Thaïlande dans les années 80. Ce dernier a énormément contribué à l’explosion du tourisme sexuel et à une flambée du taux de contamination par le virus du SIDA. L’ONG ECPAT International, qui lutte contre le tourisme sexuel et la prostitution enfantine, estime que 700 000 personnes seraient séropositives et que ce chiffre ne cesse d’augmenter. Le gouvernement nie la réalité de ces chiffres alarmants et aucune mesure n’est prise pour prévenir et enrayer l’épidémie.

Des zones interdites aux touristes
Les séjours en Birmanie se font principalement dans le cadre de circuits organisés par les tours opérateurs et très peu de touristes voyagent par leurs propres moyens.

Actuellement, seule la plaine centrale de Birmanie, le triangle Rangoon-Mandalay-Pagan, est ouverte au tourisme. L’autre partie du pays, qui comprend les régions frontalières peuplées de minorités ethniques, n’est pratiquement pas accessible. Afin d’enrayer d’éventuels mouvements de rébellion contre le pouvoir central de Rangoon, la junte militaire mène une politique d’annihilation systématique de ces minorités. Elles subissent de nombreuses violations des droits de l’Homme et les touristes ignorent le plus souvent la situation.

Conséquences socio-économiques
Les richesses engendrées par le tourisme ne profitent que très peu aux populations locales. Les profits sont exportés d’une manière ou d’une autre et ne sont donc pas réinjectés dans des projets de développement local. Cet argent quitte le pays par le biais d’importations de biens d’équipements (les climatiseurs par exemple) et autres denrées alimentaires afin de satisfaire les besoins des touristes, ou par les investissements massifs des multinationales dans la construction d’hôtels ou l’achat d’avions.

Le confort exigé par les touristes internationaux se fait au détriment du bien-être des populations locales. Ainsi, les grands hôtels sont tous pourvus de l’eau courante, au détriment de la population, très souvent privée d’eau. Idem pour l’arrosage des terrains de golf.

Les touristes, en quête de divertissement, exigent des bars, night-clubs et autres karaokés, jusqu’alors bannis en Birmanie. On trouve aujourd’hui tous ces types de divertissements dans la plupart des grandes villes birmanes. La tradition de l’hospitalité et les cérémonials se muent en pratiques commerciales.

Les investissements massifs de l’industrie du tourisme engendrent un manque à gagner considérable pour d’autres secteurs de l’économie birmane, complètement laissés de côté, tels l’éducation et la santé.

Argumentaire pour un tourisme responsable
Info-Birmanie et l’ensemble du réseau européen sur la Birmanie (European Burma Network) appellent au boycott touristique, lancé par Aung San Suu Kyi elle-même. L’argumentaire qui suit est une base de référence régulièrement utilisé par Info-Birmanie vis-à-vis des personnes qui souhaitent effectuer un séjour en Birmanie.

Aller en Birmanie contribue-t-il à donner aux habitants une ouverture vers le monde extérieur ?
Il est illusoire de penser qu’un touriste peut contribuer à l’ouverture de la Birmanie vers l’extérieur. La majorité des voyages en Birmanie étant des séjours organisés, les chances de développer un contact constructif sont quasiment nulles. Les touristes qui ont inscrit dans leur comportement une volonté de dialogue fondé sur l’échange et le lien social ne sont qu’une petite minorité. Il faut savoir, par ailleurs, que la population birmane ne peut communiquer avec les étrangers sous peine d’arrestation et d’emprisonnement.

En allant en Birmanie, les touristes contribuent par les devises qu’ils y apportent à stabiliser économiquement le pays, ce qui ne peut qu’améliorer à terme sa situation politique.
La part de devises qui, entrant dans un pays, contribue au mieux-être des habitants, est directement fonction du degré de démocratie atteint par ce même pays. Dans les pays soumis à un régime dictatorial, les devises ne sont utilisées que pour renforcer la répression et retarder l’ouverture du pays à la démocratie. La junte birmane était parfaitement consciente de cette réalité lorsqu’elle a décidé de lancer la campagne « Visit Myanmar Year ». Il est légitime de penser que s’il y avait un espoir de soutien financier à la démocratie grâce au tourisme, la junte militaire n’aurait pas pris le risque d’augmenter la quantité de touristes affluant.

En allant en Birmanie, les touristes sont des « témoins » de la situation politique et sont donc en mesure d’en parler auprès d’autres personnes.
Le rôle de témoin exige des comportements spécifiques : la disponibilité, la liberté d’aller instantanément là où cela peut être utile, une écoute fondée sur une information préparatoire très documentée et surtout le courage de prendre des risques. Il s’agit d’un rôle qui ne s’improvise pas. Par ailleurs, un témoin doit pouvoir s’appuyer sur un réseau sûr d’informateurs, qui ne se constitue que par un long travail de mise en confiance. Et cela n’est absolument pas compatible avec une activité passagère de vacances. La qualité de témoin exige que l’on ait à son retour des interlocuteurs afin de rendre compte de ce qui a été vu ou entendu. Il ne s’agit en aucun cas d’en rendre compte devant une poignée d’amis. Il ne peut s’agir là que d’une duperie dont les conséquences quant à la manifestation de la vérité peuvent être graves. L’autorité que prétendent se donner ces témoins-là est perverse et dangereuse.

Si l’on décide de ne pas aller en Birmanie, alors pourquoi se rendre dans d’autres pays qui bafouent également les droits de l’Homme (cela correspondrait ainsi à boycotter les 2/3 de la planète) ?

Il est des pays où il n’existe pas de force alternative à une situation de violence, ni de groupes d’opposition constitués et identifiables. Il est important de se rendre dans ces pays afin de contribuer à l’ouverture du pays. Ce n’est pas le cas de la Birmanie, où l’opposition est clairement identifiable, organisée et reconnue sur le plan international. Le boycott touristique de la Birmanie est légitimé par la demande de Daw Aung San Suu Kyi elle-même.

Actions d'Info Birmanie
Les actions d'Info-Birmanie sur la question du tourisme sont les suivantes :
- Veille documentaire
- Production et diffusion d’information
- Lobbying auprès des tours opérateurs français programmant la Birmanie et auprès des institutionnels (Télécharger la liste des TO )
- Animation de conférences-débats
- Participation à des forums et salons
- Elaboration de campagnes d’information et de sensibilisation sur le tourisme en Birmanie (Télécharger la campagne tourisme )

Pour en savoir plus, lire le Net Hebdo spécial tourisme

Contact : Aurélie ZAMMARCHI

a_zammarchi@yahoo.fr




 
     
   
 

Info Birmanie - 9 passage Dagorno - 75 020 Paris - 01 44 93 93 57 info-birmanie@globenet.org