Fin novembre, les autorités birmanes ont informé
Aung San Suu Kyi de la prolongation d'un an de sa détention
dans sa maison de l'avenue de l'Université, au bord
du lac de Rangoun. Son téléphone restera donc
coupé et elle ne pourra pas recevoir ses amis, sa
famille ou les dirigeants de son parti, la Ligue nationale
pour la démocratie. Son isolement l'empêchera
aujourd'hui d'envoyer même un message au Conseil de
Paris qui avait voté en juin une proposition des
Verts de la faire citoyenne d'honneur de la ville.
Ainsi, Paris apporte à son tour un grand soutien
au combat pour la démocratisation de la Birmanie
mené par Aung San Suu Kyi depuis 16 ans. Agée
aujourd'hui de 59 ans, la "dame de Rangoun" comme
on l'appelle, a déjà passé, en trois
périodes, neuf ans confinée dans sa résidence.
Et, pourtant, rien ne prédestinait la jeune fille
élevée dans les meilleures écoles de
Rangoun à devenir l'égérie du combat
démocratique dans son pays. Elle a poursuivi ses
études en Inde, où sa mère a été
nommée ambassadeur en 1960, puis à Oxford.
Assistante à l'Ecole des études orientales
de Londres, elle a épousé en 1972 un Britannique,
Michel Aris, universitaire, spécialiste du Tibet
et du bouddhisme, avec qui elle aura deux enfants.
Revenue en Birmanie en 1988 au chevet de sa mère
malade, Aung San Suu Kyi prend la parole pour la première
fois en public pour exiger la formation d'un gouvernement
intérimaire et des élections libres. La Birmanie
vivait alors sous la férule du général
Ne Win, qui avait transformé ce pays autrefois souriant
en une dictature féroce. Elle fonde la Ligue nationale
pour la démocratie en mai 1990 et ce nouveau parti
remporte les premières élections pluralistes
acceptées par les militaires. Mais la junte, sonnée
par les résultats, refuse de s'incliner. Des députes
de la Ligue sont arrêtés et la fille d'Aung
San, le héros de l'indépendance birmane, prend
la tête de l'opposition.
Prêchant la non-violence, sûre de sa cause
et forte du soutien occidental, en particulier américain
et européen, la dame de Rangoun défie toujours
le régime des militaires. Elle a été
arrêtée à trois reprises mais n'abandonne
pas le combat et se dit toujours convaincue que le peuple
est à ses côtés, en dépit de
l'étau imposé par la junte. Tout le monde
s'accorde sur ses qualités: intelligence, beauté
charismatique et courage politique à toute épreuve.
Mais certains lui reprochent son intransigeance et d'autres
doutent de sa capacité à réunifier
et à diriger un pays aux dizaines d'ethnies, déchiré
par des rébellions depuis un demi-siècle.
Any Bourrier
Source : RFI, Chronique Asie, 10 décembre 2004