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BANGKOK, 30 nov (AFP) - La prolongation de la détention
d'Aung San Suu Kyi doit permettre à la junte birmane
de faire avancer au maximum, et à son net avantage,
sa "feuille de route" en faveur d'une démocratisation
sans avoir à composer avec l'opposition, estimaient
mardi les analystes.
Des sources au sein de la sécurité et de son
parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND),
ont annoncé lundi que la dirigeante de l'opposition
birmane, arrêtée en mai 2003, avait été
informée d'une prolongation d'un an de son assignation
à résidence.
S'ils n'ont pas été surpris par cette annonce
puisque la libération du prix Nobel de la paix n'avait
pas semblé à l'ordre du jour, des analystes
joints à Rangoun se sont montrés étonnés
du moment choisi.
La nouvelle a jeté un froid à Vientiane sur
le sommet de l'Asean, l'association des nations d'Asie du
Sud-Est, où Rangoun venait, une fois n'est pas coutume,
de recevoir des encouragements après la libération
de plus de 9.000 prisonniers.
"Ils n'arrêtent pas de souffler le chaud et le
froid, ils font ça depuis toujours", a estimé
un diplomate, tandis qu'un analyste politique évoquait
la "confusion et le désordre" qui règnent
à Rangoun depuis le brutal limogeage pour corruption
en octobre du Premier ministre Khin Nyunt.
Les experts ne doutent pas que les généraux
au pouvoir veulent profiter de la neutralisation prolongée
de Mme Suu Kyi pour avancer au plus vite sur la "feuille
de route" présentée en août 2003
par le général Khin Nyunt, et malgré
la mise à l'écart de celui-ci.
"La feuille de route n'est pas sortie du cerveau de
Khin Nyunt, c'est une réflexion collégiale qu'ils
veulent mener à son terme, ils l'ont dit et redit",
explique un diplomate.
Peu importe, aux yeux d'un régime accusé d'autisme
par ses détracteurs, que la première étape
du processus, la convention nationale, soit boycottée
par la LND de Mme Suu Kyi pour son manque de représentativité
ou ait été rejetée par l'Occident comme
dépourvue de légitimité.
"Ils vont essayer avant 2006 d'avancer le plus possible
sur la feuille de route: convention nationale, Constitution
puis referendum", explique le diplomate, au sujet du
programme politique qui doit conduire, à une date non
précisée, à des élections "libres
et justes" et l'émergence d'une "démocratie
disciplinée" en Birmanie.
2006 est la date fatidique à laquelle Rangoun doit
prendre la présidence de l'Asean. La Birmanie, pour
être un président acceptable aux yeux de ses
pairs, aura d'ici là "dû améliorer
certaines choses", à averti mardi à Vientiane
le Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra.
La junte avait convoqué en mai un millier de délégués
pour l'ouverture de la convention. L'assemblée constituante
doit reprendre ses travaux en février, après
une longue pause officiellement due à la saison des
pluies.
Avant de libérer Mme Suu Kyi "il est possible
qu'ils finissent leur convention, et aient tout ficelé
pour avoir une Constitution qui les placera en position de
force et imposera des restrictions à certaines personnes",
dit l'analyste, en référence à l'opposante.
"Tout dépend de leur plan de base. Ce peut être
de totalement ignorer (Suu Kyi) jusqu'au bout et de l'empêcher
de jouer un rôle quelconque dans l'avenir" du pays.
La prolongation de la détention du prix Nobel de la
paix "ne donne pas l'impression qu'on veut intégrer
tout le monde dans le processus politique, ce n'est pas un
bon signe", ajoute-t-il.
Dans sa maison du bord d'un lac de Rangoun, Mme Suu Kyi,
qui incarne toujours les espoirs de liberté de tout
un peuple, a accueilli avec philosophie l'annonce de l'extension
de son assignation.
"Elle dit que son moral reste très bon",
a déclaré à l'AFP une source informée.
Après avoir déjà passé neuf ans
assignée à résidence en trois longues
périodes, Mme Suu Kyi "ne changera pas de politique",
a estimé le diplomate qui note que "jusqu'à
présent elle a toujours manifesté son désir
d'avoir un dialogue" avec la junte.
Source : AFP, 30 novembre 2004

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