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En apprenant la libération d'un si grand nombre de
prisonniers politiques on pouvait croire que la junte birmane
s'était enfin décidée à faire
le geste d'ouverture tant attendu par la communauté
internationale. Même si la date de cet élargissement
semblait préméditée, en raison du sommet
de l'APEC au Chili et du prochain sommet de l'Asean à
Vientiane, il aurait pu être une réponse à
la pression internationale et le signe annonciateur d?une
évolution démocratique en Birmanie.
Or, le mouvement de libération a été
interrompu et le régime semble se durcir un peu plus.
Que signifie cette volte-face ? Une lutte à couteaux
tirés entre les partisans d'une certaine ouverture
et les durs de la junte. Les premiers auraient pris la décision
de libérer un grand nombre de prisonniers et les seconds
auraient ensuite fait marche arrière.
Cette volte-face indique aussi que quelque chose de nouveau
se passe à Rangoun. Selon les observateurs, on assisterait
à une relève de génération au
sein de la junte, les généraux quadragénaires
poussant la veille garde à la retraite. En octobre,
la brutale mise à l'écart du Premier ministre
Khin Nyunt, avait déjà mis en évidence
les luttes d'ordre politique et économique qui déchiraient
les militaires birmans. Le chef des puissants renseignements
militaires, qui contrôlait une partie de l'économie
et du trafic de drogue, s'était heurté aux intérêts
de l'armée. Celle-ci ne supportait plus l'avidité
de Khin Nyunt et de ses amis, qui commençaient à
empiéter sur certains de ses domaines réservés,
notamment le trafic de pierres précieuses et de bois.
La jeune garde est pressée d'asseoir son pouvoir.
Après Khin Nyunt, le prochain écarté
sera le numéro un de la junte, le général
Than Shwe, en perte de vitesse actuellement. On a vu avec
quel rapidité le leader de cette nouvelle génération,
le général Soe Win, a remplacé Khin Nyunt
au poste de Premier ministre. C'est lui qui représentera
la Birmanie lors du prochain sommet de l'Asean. Soe Win est
un dur et s'oppose à tout dialogue avec l'opposante
Aung San Suu Kyi. Les généraux Thura Shwe Mann
et Maung Aye, tous les deux commandants de l'armée
auraient conclu une alliance avec lui.
Dans ce contexte, les prochains mois seront décisifs
et d'autres changements risquent de survenir en Birmanie.
Mais à la lumière des récentes décisions
du triumvirat qui s'installe progressivement aux commandes,
on ne peut pas être optimiste. Car leur but est surtout
de renforcer l'isolement du pays.
Any Bourrier
Source : RFI, Chronique Asie, 23 novembre 2004

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