BANGKOK, 20 oct (AFP) - La chute du Premier ministre birman
Khin Nyunt représente une mauvaise nouvelle pour
l'opposante Aung San Suu Kyi, dont les perspectives de libération
semblent s'éloigner, et plus généralement
pour la cause de la démocratisation en Birmanie.
Démis de ses fonctions et arrêté lundi,
Khin Nyunt était le haut responsable de la junte
le plus favorable au dialogue avec Mme Suu Kyi, chef du
principal parti d'opposition, la Ligue nationale pour la
démocratie (LND), et le seul à faire l'interface
avec l'étranger.
Signe des temps, les deux "partenaires" d'un
timide dialogue engagé secrètement en 2000
grâce à l'émissaire de l'Onu Razali
Ismaïl - via un officier de liaison - se retrouvent
l'un et l'autre, quatre ans plus tard, en résidence
surveillée à Rangoun.
Le dialogue s'était effondré après
l'arrestation, en mai 2003, de Mme Suu Kyi lors d'une embuscade
meurtrière du convoi dans lequel elle voyageait avec
des membres de la LND dans le nord birman.
Ni l'indignation de la communauté internationale,
ni le net durcissement des sanctions américaines
ou européennes n'ont permis de faire libérer
le prix Nobel de la paix et la disgrâce de Khin Nyunt,
orchestrée par les ultra conservateurs, n'est pas
de bon augure.
Premiers à réagir, les Etats-Unis ont estimé
par la voix du porte-parole du Département d'Etat
Richard Boucher que les événements "ne
vont pas dans le sens de la liberté d'exercice des
droits politiques ou de l'Homme" et lancé un
appel à la libération "immédiate
et sans condition" d'Aung San Suu Kyi.
L'Indonésie a remisé la traditionnelle solidarité
asiatique pour constater que "les espoirs de libération
sont encore plus minces".
"Pourquoi laisseraient-ils sortir Suu Kyi?",
demande Morten Pedersen, chercheur d'une université
australienne basé à Rangoun. "Il n'y
a aucune raison pour Than Shwe (le numéro un de la
junte) de la libérer".
"Déjà, avant tout cela, la plupart d'entre
nous pensions qu'ils ne la libéreraient pas avant
d'avoir mis en place la Constitution, alors..."
La Constitution est en cours d'élaboration par une
convention nationale, qui doit reprendre ses travaux après
la saison des pluies, en novembre ou décembre. La
LND avait boycotté cette convention, dénoncée
comme non représentative par l'Onu et les capitales
occidentales.
"Je pense que Suu Kyi va probablement rester là
où elle est, et pour combien de temps, aucune idée",
dit un analyste birman joint à Rangoun.
"Encore des années? C'est possible", estime
un observateur occidental.
Et si elle était libérée, elle n'aurait
probablement plus l'autorisation de faire des tournées
en province et serait muselée.
Au delà de la personne de Mme Suu Kyi, symbole vivant
du combat des démocrates birmans, l'espoir de voir
remis sur les rails le processus de "réconciliation
nationale" semblait encore plus faible avec la consolidation
du pouvoir des "durs".
Les "chances n'augmentent pas" de voir M. Razali
obtenir le feu vert pour une visite à Rangoun, qu'il
demande sans succès depuis mars, soulignait l'observateur.
La junte a envoyé mardi à la communauté
internationale le message qu'elle n'était plus prête
à négocier.
"Le nouveau Premier ministre, et le nouveau ministre
des Affaires étrangères sont des militaires,
pas des diplomates: ils ne vont pas parcourir la planète",
estime M. Pedersen, "les militaires ne vont faire que
ce qu'ils veulent".
Les analystes scrutaient mercredi avec inquiétude
la maigre biographie du général Soe Win, promu
la veille Premier ministre après une carrière
fulgurante.
Sa nomination "n'est certainement pas une bonne nouvelle",
estime M. Pedersen. "Il a été promu parce
que c'est un dur. Il a publiquement dit qu'il était
opposé au dialogue".
Le général aurait joué un rôle-clé
dans l'embuscade orchestrée par la junte contre la
LND en 2003. Ancien commandant de la région nord-ouest,
il se trouvait sur les lieux juste avant, selon des sources
concordantes. Peu après, il avait été
promu au sein du gouvernement.
Source : AFP