Chute de Khin Nyunt: les groupes ethniques, possibles victimes collatérales

 

BANGKOK, 21 oct (AFP) - La mise à l'écart du Premier ministre Khin Nyunt, artisan de nombreux accords de cessez-le-feu avec les minorités ethniques, pourrait avoir des répercussions négatives sur ces groupes qui représentent un tiers des 50 millions d'habitants de la Birmanie.

Khin Nyunt avait négocié des accords de cessez-le-feu dans les années 90 avec 17 groupes ethniques - Môns, Was, Kachins, Shans, Karennis - mais pas encore avec les Karens, le plus important groupe rebelle, avec lesquels néanmoins il avait ouvert des négociations ayant permis une trêve historique.

Mais le général a été arrêté et assigné à résidence, a annoncé mardi le gouvernement thaïlandais.

Sa révocation laisse redouter que le gouvernement militaire, où les faucons ont encore renforcé leur emprise, adopte une attitude plus inflexible à l'égard des minorités ralliées grâce à des accommodements sur leurs territoires, leurs armes, et leur moyens de subsistance, y compris les trafics variés.

Les minorités ethniques forment une mosaïque diverse et incontournable pour l'avenir de la Birmanie et le maintien de son unité, soulignent les analystes.

Rangoun ne s'y était pas trompé en s'attachant à se rallier le soutien de 28 d'entre elles, dans le cadre d'une convention nationale convoquée en mai pour rédiger une Constitution en vue d'une "démocratisation".

Khin Nyunt "est quelqu'un qui avait la confiance des groupes armées, son départ va avoir des répercussions", estime un expert joint à Rangoun.

Morten Pedersen, analyste d'une université australienne, pense aussi que "Khin Nyunt était le seul haut dirigeant auquel (les minorités) faisaient confiance" et se demande si le gouvernement "va continuer de discuter avec les Karens ou non".

"Les négociations entre la junte et les groupes ethniques sont cruciales", ajoute-t-il, "aucune percée vers une démocratisation ne peut se faire sans un accord avec les groupes ethniques".

L'Union nationale karen (KNU) a démenti des rumeurs qui avaient circulé à Rangoun mercredi selon lesquelles les membres de sa délégation qui s'y trouvaient pour un nouveau round de discussions avec la junte avaient été placés en résidence surveillée. Il n'en reste pas moins que la porte des négociations lui a été fermée.

Un porte-parole a annoncé jeudi à l'AFP que la délégation de 16 membres avait été priée de reprendre la route pour rentrer dans sa base à la frontière birmano-thaïlandaise, la junte n'étant pas disposée à discuter à la suite du départ de Khin Nyunt.

"Les discussions n'ont pas eu lieu parce que le gouvernement a des problèmes politiques", a déclaré Nierdah Mya. "Ils ont demandé à la KNU de repartir parce qu'il n'étaient pas prêts à parler", a expliqué le fils de Bo Mya, figure historique de la KNU.

D'obédience chrétienne, la KNU est l'une des plus vieilles guérillas du monde. Il ne lui reste plus que 7.000 combattants, usés par une guerre sauvage mais oubliée, qui ne contrôlent plus que quelques poches à l'est du pays.

En janvier, la junte et la KNU avaient passé un accord historique en convenant d'un cessez-le-feu provisoire, après plus de 50 ans de combats, un succès important pour Rangoun.

Une réunion en février n'avait pas permis de réel progrès mais la trêve informelle avait été prolongée en août.

Rien n'indique à ce stade que les discussions annulées cette semaine seront reprogrammées.

Selon, M. Pedersen, "aujourd'hui ce sont les groupes ethniques qui ont le plus de souci à se faire".

"Certains groupes, les Was par exemple, avaient laissé entendre que s'il (Khin Nyunt) était mis à l'écart, ils seraient prêts à se protéger contre toute détérioration des relations", ajoute-t-il.

Encore sous le choc de la chute de Khin Nyunt, les experts guettaient tout signe d'un changement de cap.

Ils se demandaient notamment si les associés de Khin Nyunt sur les dossiers des groupes armés seraient également victimes d'une purge dont l'ampleur restait difficile à évaluer.

Source : AFP



   
 
     
   
 
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