Les Birmans avides de nouvelles, Rangoun reste calme

 

RANGOUN, 20 oct (AFP) - Les Birmans avaient l'oreille collée à leurs postes de radio à ondes courtes et se sont arraché les journaux mercredi à Rangoun qui restait calme au lendemain de l'annonce de la brutale révocation du Premier ministre Khin Nyunt et de son assignation à résidence.

Le prix de l'or a monté mercredi dans la capitale birmane, les habitants les plus fortunés souhaitant placer leurs économies dans la valeur refuge en ces temps d'incertitude politique.

Beaucoup ont appris mardi soir par les informations télévisées le départ du général Khin Nyunt, Premier ministre et chef des renseignements militaires. Officiellement pour "raisons de santé", même si Khin Nyunt était le seul des membres de la troïka au pouvoir à ne pas avoir de problèmes médicaux connus.

Le gouvernement thaïlandais avait annoncé peu auparavant sa disgrâce et expliqué qu'il avait été placé en résidence surveillée pour "présomptions de corruption".

La situation avait toutes les apparences de la normalité dans les rues de Rangoun, la pléthorique armée gardant un profil bas.

Une quinzaine de camions militaires ont juste été vus près d'un édifice de 25 étages en construction de Rangoun, non loin de l'ambassade des Etats-Unis. Un nombre important de soldats faisaient le guet depuis le bâtiment, a constaté l'AFP.

Des chevaux de frise ont été installés devant les domiciles des hauts dirigeants militaires mais la sécurité n'avait généralement pas été renforcée en ville, ont indiqué des résidents.

Redoutant des pillages, des bijoutiers et des cinémas avaient fermé la veille alors que les rumeurs bruissaient dans la capitale, avant l'annonce du remaniement au sommet.

Les habitants de Rangoun se sont arraché les journaux mercredi matin, mais les exemplaires ont rapidement disparu des kiosques malgré le fait qu'ils sont abondamment censurés et que certains vendeurs avaient profité de l'afflux pour en relever le prix.

Mais ce sont surtout les radios internationales et leur service en birman capté sur les transistors qui ont informé les Birmans des développements chez eux.

Beaucoup expliquaient qu'il leur faudrait du temps avant de comprendre les implications de la purge de mardi.

"Nous sommes un peu inquiets pour l'avenir et les affaires pourraient être plus difficiles en attendant que la situation se clarifie", a déclaré un homme d'affaires. "Il faut vraiment attendre de voir ce qui va se passer".

Par ailleurs des représentants des minorités ethniques se sont réunis mercredi à Rangoun à la demande des autorités, ont indiqué des sources sûres.

Ces groupes, près d'une vingtaine, ont négocié des accords de cessez-le-feu avec le gouvernement au fil des ans.

Leur coopération est jugée vitale pour l'avancement de la "feuille de route" pour une démocratisation, mise au point par la junte et qui prévoit à terme des élections.

C'est Khin Nyunt qui avait négocié ces accords et avait été l'interlocuteur privilégié de ces groupes armés.

Les militants pro-démocratiques se sont dits inquiets par l'ascension du général Soe Win, promu nouveau Premier ministre, un proche de Than Shwe, l'inflexible numéro un du régime militaire.

Le général Myint Swe, qui a conduit les opérations d'arrestation du général Khin Nyunt et son assignation à résidence, prend la place que ce dernier occupait depuis 20 ans à la tête des renseignements militaires.

Le parti d'Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) a réagi avec prudence aux événements.

"Il faut attendre de voir ce qui va se passer. Les choses ne dépendent pas tant de Soe Win que du numéro un (Than Shwe)", a déclaré à l'AFP le porte-parole de la LND, U Lwin.

La Birmanie est gouvernée par une junte depuis le coup d'Etat de Ne Win en 1962 et le régime avait refusé de reconnaître le résultat des législatives en 1990 qui avait donné une écrasante victoire à la LND.

Source : AFP



   
 
     
   
 
Info Birmanie - 9 passage Dagorno - 75 020 Paris - 01 44 93 93 57 info-birmanie@globenet.org
 
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