La junte birmane contre le reste du monde
 

La junte birmane contre le reste du monde

Le ministre des Affaires étrangères de la Birmanie Win Aung vient d'être brutalement mis à la porte par le général Than Shwe, l'homme fort de la junte. Son numéro deux a été lui aussi congédié sans aucune explication. Les deux diplomates ont été remplacés par des militaires sans expérience des affaires internationales. Ce remaniement marque une nouvelle étape de la militarisation du régime en place depuis 1962. Il signifie que les fidèles du général Than Shwe, partisans de la ligne dure, ont emporté l! a bataille qui les opposait, au sein de la junte, aux pragmatiques dirigés par le Premier ministre Khin Nyunt. Ces derniers souhaitent que le processus de réconciliation s'engage avec Aung San Suu Kyi. Mais ils ont été mis sur la touche au cours des derniers mois, certains craignant même pour leurs vies.

Le choix de la date du remaniement ministériel n'est pas innocent. Le 18 septembre est l'anniversaire de la reprise du pouvoir en 1988 par les militaires, après quelques mois de manifestations pro-démocratie qui avaient conduit au retrait du dictateur Ne Win. Mais, au delà du symbole, ce remaniement est surtout un geste fort destiné à répondre aux menaces de l'Union européenne. En effet, les Etats membres de l'Union vont renforcer les sanctions contre la Birmanie si la dirigeante de l'opposition Aung San Suu Kiy, assignée à résidence, n'est pas libérée avant le sommet euro-asiatique de Hanoi, le 8 octobre. Le remplacement de deux diplomates par des militaires totalement inexpérimentés montre le peu de cas que fait Rangoun de ses relations avec la communauté internationale.

Reste à savoir quelle sera la réaction de l'Union européenne. A la veille de l'ouverture du sommet de l'Asem à Hanoi, ce virage à droite est plutôt inquiétant. Le ministre déchu et son numéro deux ét! aient appréciés en raison de leur expérience et de leur ouverture. La semaine dernière, Koffi Annan avait présenté au Conseil de sécurité des Nations unies un rapport très critique sur le processus de réconciliation nationale en Birmanie. Il y condamnait les échecs répétés du régime militaire à engager des négociations avec Aung San Suu Kyi et les partis politiques. Dans ce même rapport, il demandait à la junte d'autoriser la participation de la Ligue nationale pour la démocratie aux travaux de la Convention nationale, dont le but est l'élaboration d'une nouvelle constitution. Des exigences qui ont laissé de marbre le général Than Shwe, un homme autoritaire, xénophobe et imperméable à tout dialogue.

Any Bourrier

Source : Chronique Asie, 30/09/2004 14:08



   
 
     
   
 
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