Le Monde, 19/10/04
Dès son accession à la
tête du gouvernement, le général Khin
Nyunt avait présenté une proposition en sept
points de démocratisation du régime. Mais
celle-ci n'a pas décollé, le numéro
un incontesté du régime, le généralissime
Than Shwe, ne voulant pas partager le pouvoir.
Le premier ministre birman, le général Khin
Nyunt, a été démis de ses fonctions
mardi 19 octobre et assigné à résidence
pour corruption à Rangoun, a annoncé mardi
le porte-parole du gouvernement thaïlandais, Jakrapob
Penkhair.
Khin Nyunt passait pour être le haut responsable
birman le plus favorable au dialogue en vue d'une démocratisation
avec l'opposante Aung San Suu Kyi, elle-même en résidence
surveillée depuis plus d'un an.
"Le gouvernement thaïlandais a appris par les
canaux diplomatiques (...) que le premier ministre de Birmanie,
Khin Nyunt, avait été révoqué
et assigné à résidence pour des présomptions
de corruption", a déclaré le porte-parole
du gouvernement thaïlandais à des journalistes.
Il a ajouté n'avoir aucune précision sur le
remplaçant de Khin Nyunt.
Des rumeurs avaient circulé plus tôt mardi
avec insistance à Rangoun sur le sort du premier
ministre, qui était également le chef des
puissants renseignements militaires et le numéro
trois du régime militaire birman.
Les relations entre les renseignements militaires d'un
côté et l'armée et le numéro
un incontesté du régime, le généralissime
Than Shwe, de l'autre se sont nettement détériorées
ces derniers mois.
UN GÉNÉRAL FAVORABLE À LA DÉMOCRATISATION
Dès son accession à la tête du gouvernement,
le général Khin Nyunt avait présenté
une proposition en sept points de démocratisation,
à un moment où Rangoun s'était à
nouveau attiré les foudres de la communauté
internationale en incarcérant une nouvelle fois Mme
Suu Kyi, Prix Nobel de la paix.
Depuis, la "démocratisation" à
la birmane n'a pas décollé d'un pouce, le
généralissime Than Shwe, par lequel passe
toute décision importante, n'ayant aucune volonté
de partager le pouvoir, selon les analystes politiques.
Khin Nyunt avait été le plus "visible"
des généraux birmans, le plus présentable
aussi à l'étranger des hiérarques de
ce pays isolé et gouverné par une junte depuis
un coup d'Etat en 1962.
Sa révocation va avoir des répercussions
importantes, a indiqué un analyste politique joint
à Rangoun. "C'était quelqu'un de reconnu
pour avoir une certaine expérience internationale.
Cela montre qu'ils sont dans une impasse s'ils en arrivent
à des situations comme celles-ci qui mettent en péril
l'unité de l'armée. C'est une première",
ajoute-t-il.
Aucune information officielle n'a été communiquée
à Rangoun, où la situation était calme
dans les rues. Des résidents ont toutefois indiqué
que des camions chargés de soldats circulaient en
ville et que les bâtiments des renseignements militaires
étaient vides.
Avec AFP
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3216,36-383522,0.html