Saint-Malo, 30 octobre 2004.
Frédéric Debomy est scénariste. Il
est à l'origine de ce projet sur la Birmanie, qui
mêle l'art à la politique pour une prise de
conscience collective sur les violations des droits de l'homme
par le régime birman.
A bien y regarder, en France, peu d'informations circulent
sur la situation en Birmanie. Seule Aung San Suu Kyi, prix
Nobel de la paix 1991, reste quelque peu médiatisée,
du fond de sa résidence surveillée. Khiasma,
une association qui soutient des projets artistiques en
rapport avec une question politique ou sociale, a décidé
de s'intéresser au problème birman. De là
est né un livre, Birmanie, la peur est une habitude,
qui mêle témoignages et bande dessinée.
Exposition à voir salle du Grand large.
Bien sûr, il y a beaucoup à dire. Trop sans
doute, comme c'est souvent le cas en situation de dictature.
Enumérer les droits élémentaires bafoués
? N'user que de témoignages pour dire ce qu'est la
réalité ? Lancer des pétitions ? L'association
Khiasma a choisi une forme originale pour parler de la dictature
militaire en Birmanie et des exactions commises par la junte
au pouvoir : mêler témoignages et bande dessinée
pour dire. " Nous voulions mener une campagne citoyenne
sous une forme qui ne nous semblait pas conventionnelle
et qui pouvait donc davantage attirer l'attention ",
rappelle Frédéric Debomy, porteur du projet
chez Khiasma. Le livre Birmanie, la peur est une habitude
(1) réunit un collectif de sept auteurs, Olivier
Bramanti, Frédéric Debomy, Markus Huber, Olivier
Marboeuf, José Munoz, Sera et Sylvain Victor. Ils
ont réalisé des planches qui répondent
en écho artistique à des témoignages
de victimes, de démocrates birmans et de représentants
d'ONG.
" Nous avons travaillé en partenariat avec
Info Birmanie, le relais des démocrates birmans en
France. Ils nous ont communiqué des témoignages.
Il y avait des thèmes inévitables, comme le
tourisme ou la société Total. "
Sait-on, en France, que ce sont les démocrates birmans
eux-mêmes qui demandent que les touristes ne se rendent
pas en Birmanie avant que la démocratie n'y soit
restaurée ? " Les devises que rapporte le tourisme
profitent peu à la population mais beaucoup à
la junte militaire ", précise Frédéric
Debomy. Le tourisme participerait-il au maintien de la dictature
? La question mérite d'être posée. Quant
à l'investissement de Total pour l'exploitation d'un
gisement de gaz, il est clairement à l'origine de
situations inacceptables pour les Birmans concernés
par le territoire exploité : travail forcé,
torture, viols... Toujours dans un souci d'assurer la sécurité
de la compagnie pétrolière, dira-t-on. Des
Birmans contraints au travail forcé ont activé
une plainte contre Total, en cours aujourd'hui en France.
" Il faut savoir que l'Etat français fait en
sorte de faire retirer cette plainte ", annonce Frédéric
Debomy.
Vous souhaitiez vous envoler en Birmanie pour les prochaines
vacances d'été ? Faites le tour de l'exposition.
On en reparlera après...
(1) Birmanie, la peur est une habitude, Khiasma, 19 €.
Pour plus de renseignements, Info Birmanie, 9, passage Dagorno,
75020 Paris. Le site de Khiasma : www.khiasma.net
Source :
http://www.saint-malo.maville.com/actu/detail.asp?idDoc=177224&IdCla=34