Sources : AFP, AP, Irrawaddy Website, VOD et Reporters sans
frontières
Le 07 juillet 2006 : Reddition de 848 combattants de lethnie
Shan
Selon le journal gouvernemental Myanma Ahlin, près
de 900 soldats Shans, appartenant à une faction dissidente
de l'Armée de l'Etat Shan située au nord-est
du pays,
ont remis lors dune cérémonie officielle
800 pistolets, 55 grenades et 63 mines. En échange
de leur reddition, les combattants devraient « recevoir
une assistance pour vivre », ainsi que des terres, précise
le journal.
Cette reddition survient alors que le régime militaire
a accentué sa répression depuis février
dernier lorsqu'au moins une douzaine de responsables politiques
Shans ont été arrêtés. Par ailleurs,
le QG de l'Armée de l'Etat Shan a été
pilonné en avril. Celle-ci compterait 5.000 combattants,
selon les autorités. Les Shans sont en lutte contre
la junte afin d'obtenir l'autonomie de leur État situé
à la frontière avec la Thaïlande. Il s'agit
de l'un des plus importants groupes ethniques avec près
de 5000 combattants.
Le 08 juillet : Libéralisation de lavocat
et syndicaliste Aye Myint
Après avoir purgé une des 7 années de
sa peine de prison pour diffusion de fausses informations
suite a lenvoi dune lettre à lOrganisation
Internationale du Travail (OIT) dénonçant lusage
du travail forcé dans le pays, Aye Myint vient de retrouver
la liberté. Cette libéralisation est liée
aux conclusions de lagence onusienne établies
lors sa dernière réunion annuelle où
elle demande à la junte birmane de libérer avant
la fin du mois de juillet le dernier syndicaliste actuellement
emprisonné, Aye Myint. Le régime militaire doit
également établir avant la fin du mois doctobre
un processus crédible par lequel les plaintes pour
travail forcé seraient évaluées. La Birmanie
a déclaré être daccord de suspendre
toute poursuite contre des plaignants pour travail forcé.
Su Su Nway, membre de la NLD qui avait été
mise en prison suite à sa victoire en justice contre
des autorités villageoises quelle accusait d'utiliser
le travail forcé, a été libérée
le mois dernier.
Le 25 juillet : Alors que des sentiments dimpatience
ont été exprimés à légard
de la junte par certains ministres à la veille de la
39e réunion annuelle de lAsean, lassociation
a abouti à un consensus mou sur la Birmanie
« Nous reconnaissons que la Birmanie a besoin de temps
et d'espace politique pour relever ses défis, multiples
et complexes. ». Cette phrase résume la position
conciliante à laquelle a abouti le 25 juillet 2006
les dix ministres des affaires étrangères des
pays de lAssociation des nations d'Asie du Sud-Est (Asean)
réunis pour deux jours dans la capitale malaisienne
Kuala Lumpur. Le communiqué final des ministres a finalement
été édulcoré des passages les
plus sensibles au fil des réunions, notamment en raison
des pressions du Cambodge, du Laos et du Vietnam. Le nom dAung
San Suu Kyi, toujours en résidence surveillée
à Rangoon, na pas été prononcé.
Or, quelques jours avant louverture de cette conférence,
le cas birman avait divisé la « famille Asean
». Son secrétaire général, Ong
Keng Yong, avait promis l'adoption d'une position plus ferme.
« Je pense que les gens diront ce qu'ils ont sur le
coeur, maintenant jusqu'où cela ira, je ne sais pas,
nous verrons », avait-il dit, tout en rappelant cependant
que lassociation navait pas les moyens de pression
à légard de ses membres.
Certains officiels avaient exprimé lassitude et impatience
vis-à-vis de la junte birmane, tant l'image désastreuse
de la junte rejaillit négativement sur l'organisation.
« Je pense qu'il nous ont traités avec mépris
» a constaté amèrement le chef de la diplomatie
malaisienne, Syed Hamid Albar, qui poursuit en estimant que
« l'Asean a atteint maintenant un stade où il
est impossible de prendre la défense d'un membre lorsqu'il
ne fait aucun effort pour coopérer ou se prendre en
main ». Cette déclaration fait ainsi référence
au refus des généraux birmans daccueillir
en mars dernier lenvoyé spécial de lAsean
qui a pu finalement se rendre dans le pays sans cependant
pouvoir sentretenir avec Aung San Suu Kyi.
Le ministre malaisien avait alors conclu que l'Asean pourrait
aussi tout simplement se désintéresser du cas
birman et laisser les militaires traiter directement avec
les Nations Unies : « La Birmanie ne veut pas de nous.
Cela signifie donc qu'elle n'a pas besoin de nous pour régler
ses problèmes, il est donc préférable
que les Nations unies s'en occupent » ; il faisait remarquer
que, à la différence de l'émissaire de
l'Asean, celui de l'Onu a eu droit à des égards.
Ibrahim Gambari avait pu exceptionnellement rencontrer fin
mai l'opposante Aung San Suu Kyi. La délégation
birmane a vite démenti tout traitement de faveur a
légard de lONU : « Ce n'est pas vrai.
Nous n'avons jamais snobé l'Asean... Nous faisons bien
partie de la famille », a déclare au journal
New Straits Times le responsable du secrétariat de
la Birmanie auprès de l'Asean, Aung Bwa.
De leur côté, dans un nouvel appel lancé
le samedi 22 juillet, la Convention interparlementaire sur
la Birmanie de l'Asean (AIPMC), regroupant les députés
du Cambodge, de Malaisie, des Philippines, de Singapour et
de Thaïlande afin de promouvoir des réformes démocratiques
en Birmanie, a estimé que l'Association devait «
accepter le fait qu'elle porte la responsabilité première
dans la recherche d'une solution politique au problème
».
Les prises de positions conciliantes de lassociation,
faites de simples remontrances verbales, ceci au nom de la
solidarité interne et du principe de non ingérence
inscrit dans ses statuts, nont pourtant pas eu deffet
concret jusquà présent. De même,
les diverses et multiples pressions des Nations Unies (Assemblée
générale, Secrétariat général
et Commission des droits de lHomme), des Etats-Unis
et de lUnion européenne sont également
restées lettres mortes. La Chine, la Russie et le Japon
sopposent à la saisine par le Conseil de Sécurité
du cas birman, en raison de lexploitation par ces pays
des ressources naturelles de Birmanie (bois, gaz, pétrole
en échange darmes
).
« LInternet birman ressemble de plus en plus
à un Intranet »
Par Reporters sans frontières
Le 04 juillet 2006
Le service de courrier électronique Gmail, ainsi que
les systèmes de téléphonie sur Internet
Gtalk et Skype, sont bloqués en Birmanie depuis fin
juin. Reporters sans frontières constate que lInternet
birman ressemble de plus en plus à un Intranet.
« La décision de bannir Gtalk et Skype a été
prise en partie pour des motifs financiers, les services de
voix sur IP (VOIP) sattaquant au marché juteux
de la téléphonie longue distance, dont lEtat
a le monopole. Mais cest aussi parce que, à linstar
des webmails, ce type de communication est très difficile
à mettre sur écoute. LInternet birman
est plus contrôlé que le Net chinois »,
a déclaré lorganisation.
Les autorités, qui bloquent déjà laccès
aux services de mail de Yahoo ! et Microsoft (Hotmail), veulent
obliger les internautes birmans à utiliser les comptes
Mail4U délivrés par le Myanmar Teleport (anciennement
Bagan Cybertech), une entreprise dEtat qui filtre et
contrôle le contenu des courriels. Il semble toutefois
que le blocage de Gmail, Gtalk et Skype ne soit pas entièrement
stable et que les internautes puissent parfois accéder
à ces services.
Fin mai, au moment où lassignation à
résidence dAung San Suu Kyi a été
prolongée, Internet avait été complètement
coupé en Birmanie. Seuls les sites locaux du Myanmar
Wide Web, un Intranet national composé de sites agréés
par le régime, étaient alors accessibles. Le
Myanmar Posts and Telecom (MPT), lun des département
du ministère des Communications, de la Poste et des
Télégraphes, avait déclaré que
cette coupure était due à une défaillance
technique liée aux câbles optiques sous-marins
situés au large de Singapour. Mais, selon un journaliste
de la radio Democratic Voice of Burma, cette coupure serait
en réalité un « tour de passe-passe »
qui a permis aux autorités de mettre à jour
leurs programmes de filtrage dInternet.
Officiellement, la Birmanie dit vouloir se moderniser en
accordant la priorité aux nouvelles technologies. En
réalité, la junte militaire fait tout pour contrôler
les informations circulant sur la Toile.
Dans ce pays, tout ordinateur doit être enregistré
auprès du MPT, les contrevenants étant passibles
dune peine pouvant aller jusquà 15 ans
de prison. Cest lEtat qui délivre les licences
des cafés Internet. Ces derniers sont obligés
de demander les papiers didentité de leurs clients
et dinstaller des logiciels qui prennent des captures
décran toutes les cinq minutes. Toutes ces données
doivent être conservées sur CD et sont régulièrement
envoyées aux autorités.
Les autorités birmanes ont ordonné le filtrage
des journaux en ligne indépendants, des sites engagés
dans la défense des droits de lhomme ou la promotion
de la démocratie et les publications soutenant les
revendications du peuple Karen (ethnie présente dans
lest du pays en lutte contre le pouvoir). Pour accéder
à ces sites bloqués, ainsi quaux webmails,
les internautes ont recours à des serveurs proxy ou
des techniques de tunneling (voir le guide du blogger et du
cyberdissident de Reporters sans frontières). LOpenNet
Initiative a démontré que la junte utilise,
depuis mai 2004, un logiciel de filtrage vendu par lentreprise
américaine Fortinet.
Enfin, la création dun site est soumise à
lautorisation des autorités et, selon une loi
de 2000, sexprimer en ligne sur des sujets politiques
et publier des écrits « susceptibles de nuire
aux intérêts de lUnion de Myanmar »
ou « directement ou indirectement nuisibles à
la politique de lEtat en matière de sécurité
» est passible dune peine de six mois de prison.
La Birmanie est considérée par Reporters sans
frontières comme lun des 15 « trous noirs
de lInternet ».