Edito
Nous l'annoncions dans notre dernier numéro : les
prix Nobel de la paix Vaclav Havel et Desmond Tutu ont présenté
un rapport demandant au Conseil de sécurité
des Nations unies de considérer le régime militaire
birman comme une menace pesant sur la paix internationale.
Aussi souhaitent-ils que le Conseil de sécurité
prenne en compte la situation en Birmanie. "Préserver
la paix, la stabilité et la sécurité
dans cette région et dans le monde - aussi bien que
permettre la réconciliation nationale - ne requiert
rien de moins." Rassemblant les preuves accumulées
par diverses agences de l'ONU et comparant la Birmanie avec
des pays tels que le Libéria ou Haïti, le rapport,
rédigé bénévolement par un cabinet
d'avocats basé à Washington, conclut que le
besoin de recourir à une intervention de l'ONU existe.
Il importe dès lors de savoir ce que seront les réactions
des différents membres du Conseil de sécurité,
et notamment de la France.
Il serait trop facile d'arguer du fait que la Chine, peut-être
ou sans doute, opposera son veto pour ne pas soutenir cette
initiative. De la tourner en dérision, sur le mode
: "Nous ne nous sommes pas engagés et, voyez,
nous avions raison, car en fin de compte cela n'a pas marché".
Si telle était la position française, il nous
faudrait dénoncer un genre de prophétie auto-réalisatrice
: une assertion qui induit des comportements de nature à
la valider, selon une définition de la psychologie
sociale. Et redire, avec découragement, ce que Aung
San Suu Kyi elle-même déclarait il y a quelques
années : "Vu de Rangoon, Paris ne défend
pas la démocratie."
Info Birmanie souhaite au contraire que la France pèse
de tout son poids en faveur d'une action du Conseil de sécurité
en Birmanie. Aussi notre association publiera-t-elle prochainement
en français le rapport initié par Vaclav Havel
et Desmond Tutu.
Cette lettre d'information couvre la période du 20
septembre au 31 octobre.
Elle a été préparée par l'équipe
d'Info Birmanie, avec la collaboration de David André.
Aung San Suu Kyi : déjà 10 ans de détention
Source : DVB
La Ligue Nationale pour la Démocratie a marqué
le 24 octobre dernier les 10 ans de détention de sa
leader par diverses manifestations et démonstrations
de soutien à travers le pays et dans le monde (Europe,
Canada, Londres, USA). Une prière bouddhiste a ainsi
été organisée à la ville de Chauk
au centre de la Birmanie. La libération du prix Nobel
de la paix 1991 a été une nouvelle fois demandée.
Ainsi le ministre des Affaires étrangères canadien,
M. Pierre Pettigrew, a fait une déclaration pour dénoncer
les dix années de détention dAung San
Suu Kyi .
Extraits :
« Le Canada presse la Birmanie de libérer immédiatement
et sans condition Aung San Suu Kyi et les membres de son parti.
Les autorités birmanes doivent aussi renoncer à
légitimer et à pérenniser le régime
militaire et reconnaître les résultats des élections
nationales de 1990 ainsi qu' amorcer des réformes démocratiques
réelles. Depuis trop longtemps, la population birmane
languit sous le régime autoritaire et subit des violations
de ses droits. »
« De concert avec les Canadiens et les Canadiennes
intéressés et avec ses partenaires internationaux,
le Canada va continuer à chercher tous les moyens appropriés
pour soutenir la démocratie et les droits de la personne
en Birmanie, afin de contribuer à une transition pacifique
garantissant la liberté du peuple birman. »
La Birmanie à l'agenda du Conseil de sécurité
?
Sources : AFP, ANSA, Associated Press, Kyodo News, Human
Rights Watch, NLD, Reuters, VOA News
L'initiative de Vaclav Havel et Desmond Tutu de porter la
question birmane à l'attention du Conseil de sécurité
des Nations unies a reçu les soutiens de la Ligue Nationale
pour la Démocratie, parti d'Aung San Suu Kyi, de la
KNU (Karen National Union - Union Nationale Karen) et de la
SDU (Shan Democratic Union - Union Démocratique Shan).
A l'extérieur du pays, l'initiative est soutenue par
les Etats-unis. Ceux-ci ont entrepris des démarches
auprès de plusieurs capitales clés, tentant
de convaincre les autres gouvernements d'inscrire la Birmanie
à l'ordre du jour du Conseil de sécurité.
Une initiative confrontée, comme l'a indiqué
un responsable américain, à "la forte opposition
de quelques membres". En juin dernier, les Etats-unis
avaient déjà essayé de soulever la question.
Ils avaient essuyé une rebuffade lorsque la Russie
avait fait remarquer que la question ne relevait pas du mandat
du Conseil d'assurer la paix et la sécurité
internationales. Selon des diplomates, la Chine et l'Algérie
s'étaient également opposées à
l'initiative. Cette fois encore, la partie n'est pas gagnée
: la Chine et la Russie ont fait savoir en privé qu'elles
s'opposeraient à ce que l'on mette la Birmanie à
l'agenda du Conseil. La première en raison de ses importants
liens politiques, militaires et économiques avec le
régime birman, la seconde en raison de ses liens avec
la Birmanie comme, probablement, de ses démêlés
en Tchétchénie. Le Japon et les Philippines
pourraient également s'avérer réticents.
L'AIPMC (Comité Interparlementaire de l'ASEAN sur
la Birmanie) a soutenu l'appel de Havel et Tutu pour une action
du Conseil de sécurité. Pour l'AIPMC, la politique
d'engagement constructif menée par l'ASEAN auprès
de Rangoon a échoué à produire des résultats.
Son président, Zaid Ibrahim, pressait l'Europe et les
Etats-unis de s'engager auprès de la Chine pour trouver
une solution, "à la manière de ce qu'ils
ont pu entreprendre avec la Corée du Nord" sur
la question nucléaire. Le sénateur thaïlandais
Jon Ungphakorn, également membre de l'AIPMC, a quant
à lui indiqué qu'il aimerait voir de grandes
puissances comme le Japon, la Chine, l'Inde et la Russie ne
pas seulement regarder leurs intérêts à
court terme en Birmanie, mais prendre également en
compte la stabilité à long terme de la région.
Ces gouvernements, ajoutait-il, devraient travailler avec
l'UE, l'ASEAN et les Etats-unis pour essayer de parvenir à
un consensus sur la question birmane.
"Des démocraties comme les Philippines devraient
être honteuses si elles essaient de bloquer les discussions
relatives à une prise en compte du problème
birman par le Conseil de sécurité", a estimé
Brad Adams, directeur pour l'Asie de l'ONG anglophone Human
Rights Watch. "La Birmanie a mis l'ASEAN dans l'embarras
maintes et maintes fois. Plutôt que d'offrir une couverture
politique à la junte, les leaders élus des autres
pays devraient prendre position auprès d'Aung San Suu
Kyi et de ceux qui en Birmanie luttent pour leurs droits."
Adams a également noté que la Chine essayait
de se présenter comme un pouvoir responsable mais que
"continuer à offrir un soutien inconditionnel
à l'un des plus odieux régimes du monde"
faisait qu'il était "impossible de prendre de
telles déclarations au sérieux". "Il
est maintenant temps pour la Chine de donner une nouvelle
trajectoire à sa politique étrangère",
ajoutait-il. "Après des années d'inaction
durant lesquelles le gouvernement militaire a pu décimer
l'opposition politique à Rangoon et s'attaquer aux
groupes ethniques dans les régions frontalières,
le Conseil de sécurité n'a plus d'excuse à
esquiver le problème", a dit Adams. Pour Human
Rights Watch, il est également temps qu'une commission
d'enquête des Nations unies soit établie pour
enquêter sur la politique de la junte birmane en matière
de droits de l'homme et la possibilité que des crimes
de guerre et des crimes contre l'humanité aient été
commis.
En raison du soutien politique continu et du commerce avec
la Chine, l'Inde, la Thaïlande et d'autres pays d'Asie
du Sud-est, le régime militaire au pouvoir à
Rangoon est demeuré largement insensible aux sanctions
des Etats-unis et de l'Union européenne. L'envoyé
spécial du Secrétaire général
des Nations unies, Razali Ismail, et le rapporteur spécial
sur la situation des droits de l'homme en Birmanie, Paulo
Sergio Pinheiro, n'ont pas su persuader le régime d'ouvrir
le processus politique ou d'améliorer la situation
des droits de l'homme. Razali n'a pas été autorisé
à retourner en Birmanie depuis mars 2004. Pinheiro,
quant à lui, n'a pu s'y rendre depuis novembre 2003,
date à laquelle il avait écourté une
visite après avoir découvert qu'il avait été
mis sur écoute lors de ce qui était censé
être un entretien privé dans une cellule de la
célèbre prison d'Insein.
"Les généraux ont ignoré toutes
les autres demandes de mettre fin aux violations.", estime
Adams. "Il est temps que la voix collective du Conseil
de sécurité se fasse entendre à Rangoon."
Une position qui n'est évidemment pas du goût
du régime birman. Son ministre des affaires étrangères,
Nyan Win, a ainsi déclaré aux Nations unies
qu'une telle interférence dans les affaires internes
du pays pourrait faire avorter le plan du gouvernement pour
une transition vers la démocratie.
La sous-secrétaire italienne des Affaires étrangères
pour une intervention du Conseil de sécurité
Source : ANSA
La sous-secrétaire italienne des Affaires étrangères
Margerita Boniver a pressé lundi la communauté
internationale de pousser la Birmanie à entreprendre
des réformes. Rappelant qu'Aung San Suu Kyi était
toujours assignée à résidence, Boniver
s'est engagée à aborder la question lors d'un
débat des Nations unies sur la condition des femmes
autour de la planète. "Je suis fermement convaincue
que le Conseil de sécurité des Nations unies
devrait intervenir aussi vite que possible pour résoudre
la terrible situation politique et humanitaire en Birmanie",
a-t-elle dit. Elle a pointé "la continuelle et
systématique violation des droits humains les plus
élémentaires, qui se poursuit sans rencontrer
d'obstacle". Boniver a également exprimé
sa sympathie avec "une population prise en otage par
une junte militaire qui est presque entièrement imperméable
à tout appel du monde extérieur." La plaidoirie
de la sous-secrétaire était la dernière
d'une série d'initiatives italiennes visant à
attirer l'attention sur la situation en Birmanie. Plus tôt
dans l'année, le maire de Rome, Walter Veltroni, avait
dédié les célébrations de la Journée
de la femme à Aung San Suu Kyi, tandis qu'en juillet,
un activiste birman en exil s'était adressé
au Parlement italien pour discuter des stratégies politiques
potentielles avec le comité des droits de l'homme.
LAsean affirme plus que jamais son attachement au
principe dengagement constructif
Sources : AFP, Reuters, Wall Street Journal
Les épineux problèmes que sont les violences
dans le sud de la Thaïlande et la réforme démocratique
en Birmanie ne sont pas à lordre du jour de lagenda
du prochain sommet de lAsean, qui aura lieu en décembre
prochain. « LAsean na pas lhabitude
de discuter dun pays en particulier dans son agenda
», explique le ministre des Affaires étrangères
malaisien. Ainsi, lAsean marque son attachement au principe
de non-ingérence dans les affaires intérieures
de ses pays membres et à la "voie asiatique"
défendant le rôle de léconomie et
des relations personnelles.
Par ailleurs, l'AIPMC - Comité Interparlementaire
de l'Asean sur la Birmanie - a lancé fin septembre
un appel pour que la junte militaire birmane soit mise à
la porte de lAsean pendant un an à moins quelle
ne réalise de sérieux progrès dans le
processus de démocratisation du pays. « Nous
ne pouvons plus tolérer cette situation », a
déclaré le Sénateur thaïlandais
Kraisak Choonhavan, un vieil ami dAung San Suu Kyi.
« Nous avons besoin que les gouvernements dAsie
fassent davantage », a-t-il ajouté.
<>
Expulser la Birmanie de lAsean naidera pas à
résoudre les problèmes du pays, a réagi
le Premier ministre de Singapour Lee Hsien Loong.
Dans une tribune intitulée "Destructive Engagement",
publiée le 28 juillet dernier dans le Wall Street Journal,
un membre singapourien de l'AIPMC, Charles Chong, revenait
sur la décision prise par le régime birman de
renoncer à la présidence de l'Asean. Pour lui,
un tel renoncement démontrait "qu'une pression
forte, constante, marche mieux que "l'engagement constructif"."
Rappelant que la nécessité de réformes
en Birmanie demeurait urgente, il appelait l'Asean à
maintenir la pression sur le régime birman. L'Asean
devait, selon lui, mettre en oeuvre "un plan d'action
pour des réformes en Birmanie, incluant de clairs délais
et critères de réussite." L'Asean "peut
aussi reconnaître que "l'engagement constructif"
(que l'on pourrait aussi plus prosaïquement appeler inaction
politique) a non seulement échoué à amener
des changements en Birmanie, mais fait de l'Asean un objet
de risée", la politique menée par l'organisation
ces huit dernières années lui ayant coûté
"son image, son prestige et sa crédibilité,
pendant que la junte s'en servait de bouclier commode contre
la critique internationale", ajoutait-il. "Admettre
que "l'engagement constructif" était une
erreur ne serait pas erroné. Prétendre qu'il
serait pertinent de poursuivre dans cette voie serait inexcusable."
Birmanie et le nucléaire : civil ou militaire ?
Source : Mizzima News
La confirmation par lagence nucléaire russe
ce mois-ci quun accord avait été signé
avec les autorités militaires birmanes sur le développement
dun réacteur nucléaire de recherche dans
une centrale du pays, a causé la stupeur au sein de
la communauté internationale.
Cette nouvelle a attisé la peur que la junte birmane
soit un élément de la prolifération nucléaire.
Lorsque le gouvernement avait déclaré en 2000
quil voulait développer le nucléaire à
des fins pacifiques et pour les besoins de la médecine,
beaucoup dobservateurs se sont montrés sceptiques.
La Russie avait fait part en février 2001 de son intention
d'ouvrir des discussions avec la Birmanie sur la construction
d'un réacteur à des fins scientifiques.
Environ 200 scientifiques birmans reçoivent actuellement
une formation en technologie nucléaire en Russie, selon
de bonnes sources.
La Birmanie a signé, en 1992, le Traité de
non-prolifération nucléaire (TNP), ajoutant
qu'elle avait donc le droit "comme le font tous ses voisins,
hormis le Laos", de recourir à "l'utilisation
pacifique et aux applications de la technologie nucléaire".
La junte menace de quitter lOIT
Sources : Irrawaddy, AFP
<>
Le dernier rapport sur la Birmanie, préparé
par Juan Somavia, directeur général de lOIT,
fait le point sur les dernières négociations
entre les hauts responsables de lOIT et les membres
de la junte birmane, ainsi que sur la vaste campagne de propagande
déployée par cette dernière contre lOIT
en juillet dernier.
Il fait état de menaces de mort, 21 comptabilisées
en août et septembre, émises à lencontre
de Richard Horsey, représentant permanent de lOIT
dans la capitale birmane. <>
Exemple de lettes reçues : Je souhaiterais vous
exhorter de ne pas intervenir dans nos affaires intérieures.
Si vous interférez dans nos affaires intérieures,
votre tête sera coupée et nous vous anéantirons
et vous empoisonnerons. Faites attention, le danger est partout
pour vous ». <>
En réponse à ces incidents, lOIT a envoyé
une lette exprimant son inquiétude au Premier ministre
birman, le Gén. Soe Win. A la fin octobre, aucune réponse
navait encore été reçue, si l'on
excepte le fait que le ministre du Travail ait assuré
à Horsay que la Birmanie avait comme réputation
dêtre un pays sûr et qu'il ne devait donc
avoir aucune inquiétude pour sa propre sécurité
sauf dans les zones reculées.
Sadressant à Irrawaddy par téléphone,
Horsay a déclaré sa déception devant
la tournure des événements : « Il est
toujours regrettable quun pays décide de quitter
lOIT, quels que soient les motifs. Je pense que la meilleure
voie pour un progrès crédible en ce qui concerne
lélimination du travail forcé est dans
la coopération entre la Birmanie et lOIT. Cest
une telle coopération qui a permis un progrès
sincère dans le passé ».
La junte militaire aurait décidé du retrait
de ce permanent sans quune décision formelle
ait été officiellement reçue jusquà
ce jour.
Une délégation de lOIT, en visite à
Rangoon mi-octobre, sest vue signifier par le ministre
du Travail birman que son gouvernement projetait de quitter
lorganisation en raison dun traitement injuste
à son égard. Il avait conscience que cette décision
serait considérée par la communauté internationale
comme dommageable et renforcerait la mauvaise réputation
du pays.
Lhostilité de la junte à légard
de lOIT trouve son origine dans la Conférence
annuelle du travail du mois de juin dernier à loccasion
de laquelle lOIT a demandé à tous les
pays membres de renforcer le processus de révision
de leurs relations avec la Birmanie. Ce processus avait été
imposé aux pays membres en 2000, lorsquun rapport
de lOIT avait dénoncé limposition
systématique du travail forcé à la population
civile par la junte militaire.
Le conseil dadministration de lOIT, qui se déroule
du 3 au 18 novembre à Genève, se penchera de
nouveau sur la question du travail forcé en Birmanie.
Pour lOIT, la position dattente décidée
depuis 2001 ne peut plus durer. La question des investissements
directs dans ce pays doit également être abordée.
Convention nationale : une reprise en fin dannée
est à lordre du jour
Source : AP, SHAN
Selon les médias étatiques, la Convention nationale
devrait reprendre le 5 décembre prochain après
une suspension de 8 mois. La junte avait ajourné la
réunion le 31 mars dernier. La convention avait ouvert
ses portes en mai 2004.
La SSA - Shan State Army North - a déclaré
quelle y serait présente alors quelle avait
refusé dy siéger en raison de larrestation
de ses dirigeants.
« Le rapporteur spécial de l'ONU dénonce
les graves violations des droits de l'homme » - Article
Centre de nouvelles de lONU - 29 septembre 2005
Dans un rapport publié hier, le Rapporteur spécial
de l'ONU sur la situation des droits de l'homme en Birmanie,
dénonce le non respect des libertés civiles,
la torture dans les centres de détention, les graves
violations des droits de l'homme contre les minorités
ethniques et les allégations de travail forcé
et de viol par les forces gouvernementales.
Paulo Sergio Pinheiro, Rapporteur spécial de la Commission
des droits de l'homme sur la situation des droits de l'homme
en Birmanie, a dénoncé dans son rapport remis
hier à l'Assemblée générale, «
l'exclusion d'acteurs politiques importants et représentatifs
» dans la Convention nationale, qui s'était réunie
pour la première fois en 1993 pour « définir
les principes de base qui serviraient à élaborer
une constitution solide ».
La Convention s'est ensuite réunie de manière
sporadique de 1993 à 1996. Ajournée en 1996,
elle est restée suspendue pendant plus de huit ans
avant de se réunir de nouveau en 2004 puis en février
2005.
« La question de savoir à qui incombe l'élaboration
de la constitution est un des aspects les plus critiques du
processus politique en cours. En outre, on ignore encore à
l'heure actuelle quelles seront exactement les règles
qui s'appliquent à l'adoption de la constitution à
l'occasion d'un référendum national »,
a fait remarquer Paulo Sergio Pinheiro dans son rapport.
Le Rapporteur spécial a également dénoncé
la situation concernant « l'exercice des droits fondamentaux
et libertés civiles ». S'il n'a pas été
autorisé à effectuer une mission d'établissement
des faits en Birmanie, il reçoit sans cesse des informations
faisant état « de restrictions et de violations
de ces droits et libertés ».
« Il y aurait encore plus de 1 100 prisonniers politiques
en Birmanie. La libération de 249 d'entre eux le 6
juillet 2005 n'a pas empêché la poursuite des
arrestations, des détentions et des condamnations de
civils et militants pour la démocratie, à des
peines sévères pour des activités politiques
pacifiques », indique le rapport.
Le Rapporteur spécial s'est aussi inquiété
des informations persistantes faisant état de «
l'usage répandu et systématique de la torture
et des sévices par les autorités contre des
personnes en détention provisoire ».
Le Rapporteur spécial continue à recevoir des
informations faisant état de « prisonniers torturés,
maltraités et aussi sauvagement battus, enchaînés
et forcés de se tenir pendant longtemps dans une position
accroupie ou debout inconfortable ». « L'isolement
dans des cellules obscures semble être le châtiment
le plus souvent infligé à ceux qui se plaignent
», affirme le rapport.
Au moins 22 prisonniers politiques auraient été
torturés et malmenés après que plusieurs
d'entre eux eussent participé à une grève
de la faim organisée à la prison d'Insein le
28 avril 2005. Quatre détenus seraient morts en prison
depuis janvier 2005.
Les autorités de Birmanie empêchent tout contact
entre les détenus et leurs proches ou avec des avocats
et continuent à avoir recours à la détention
en secret, souligne le Rapporteur.
Par ailleurs, dénonce le Rapporteur, de graves violations
des droits de l'homme continuent d'être commises contre
les minorités ethniques de Birmanie qui constituent
35% de la population. « De multiples allégations
de travail forcé, de viol et autres violences sexuelles,
d'extorsion et d'expropriation par les forces gouvernementales
continuent de lui parvenir », précise le rapport.
« Des hommes, des femmes et des enfants seraient contraints
par la force de construire et remettre en état des
routes, servir de porteurs aux militaires, faire les sentinelles,
transporter du matériel militaire, cultiver du riz
ou du thé, creuser des abris fortifiés ou des
tranchées », rapporte l'expert.
Le Rapporteur déplore aussi le fait que des fonctionnaires
du gouvernement continuent, selon certaines allégations,
à se livrer à des actes de violence sexuelle
contre des femmes et des enfants. Les populations civiles
des zones peuplées de minorités ethniques, notamment
les Etats Shan, Kayin, Kayah et Môn, seraient particulièrement
exposées à de telles violations. « Des
témoignages dûment étayés de viol,
d'esclavage sexuel et de mariage forcé continuent de
parvenir au Rapporteur spécial ».
Une stratégie européenne pour la Birmanie/Myanmar
?
Par Harn Yawnghwe
Il est difficile dévoquer une stratégie
de lUnion Européenne pour la Birmanie /Myanmar
alors que tout ce qui concerne ce pays est si politisé
et polarisé quil sagisse du VIH-Sida,
de laide humanitaire ou de léradication
de la drogue, sans parler des sanctions ou de lengagement
politique. Nimporte quel acte ou déclaration,
partant dune bonne intention, peut engendrer des conséquences
complexes et attirer de vives critiques de toutes parts. La
dernière victime en date de cette « guerre de
Birmanie » est le Fonds Global des Nations Unies pour
combattre le VIH Sida, la Tuberculose et la Malaria
au Myanmar. Cest une bataille au cours de laquelle on
a plus de chances dêtre atteint par le feu allié
que par le feu ennemi. Le problème dune stratégie
de lUE pour la Birmanie/Myanmar est encore compliqué
par la question de savoir qui, du Commissaire pour les Relations
Extérieures, du Haut Commissaire pour la Politique
Etrangère, de la Présidence tournante, ou des
divers Ministères des Affaires Etrangères de
lUE, lesquels ont des relations plus ou moins quotidiennes
avec la Birmanie/Myanmar, devrait mettre au point et exécuter
cette stratégie.
Les relations UE Birmanie
La politique de lUE concernant la Birmanie/Myanmar
a malheureusement été ponctuellement réactive,
plutôt que le résultat dune stratégie
soigneusement conçue. Ceci vaut pour le mouvement démocratique
birman dans son ensemble, ainsi que pour la communauté
internationale en général. Le processus est
peut-être rendu plus complexe pour lUE par la
nécessité datteindre un consensus parmi
les 25 membres.
Lorsque les militaires, connus alors sous le nom de State
Law and Order Restoration Council (SLORC), ont saisi le pouvoir
en 1988, tuant des milliers de personnes, lUE a réagi
en suspendant toute aide bilatérale. Lorsque le SLORC
a choisi dignorer le résultat des élections
législatives en 1990, gagnées par lopposition
démocratique lors dune victoire écrasante,
lUE a réagi en imposant un embargo sur les livraisons
darmes, et en suspendant la coopération en matière
de défense en 1991. A posteriori, le fait davoir
rappelé les attachés militaires des ambassades
de lUE à Yangon se révèle aujourdhui
être une faiblesse majeure de la stratégie européenne.
Mais lorsque le scandale au sujet des élections se
fut apaisé, la Birmanie/Myanmar fut de nouveau oubliée,
alors que les sociétés de lUE ont rejoint
les autres dans la ruée pour investir dans cette économie
"pionnière" nouvellement ouverte. Puis en
1995 le mouvement démocratique a fait braquer les projecteurs
sur les pratiques de travail forcé du régime,
dans sa campagne contre « lAnnée du Myanmar
», la campagne de publicité pour le tourisme
du SLORC. Ceci a finalement conduit en 1997 au retrait par
lUE des privilèges commerciaux à la Birmanie/Myanmar
accordés sous le GSP (General System of Preferences).
Une autre conséquence fut laction entreprise
par lOIT (Organisation Internationale du Travail) contre
le régime en novembre 2000. La conscience accrue de
ce problème, générée par les campagnes
GSP et travail forcé, a permis a lUE dadopter
en octobre 1996 sa première Position Commune sur la
Birmanie/Myanmar. Mais, alors que la position plus sévère
de lUE rencontrait lapprobation de tous les tenants
de la démocratie, cette politique nétait
pas en phase avec les événements politiques
sur le terrain à Rangoon.
En 1994, le SLORC avait électrisé la population
de Birmanie en diffusant à la télévision
nationale des images sans bande son de licône
de la démocratie Daw Aung San Suu Kyi (ASSK) en réunion
avec le Président du SLORC, le Général
Than Shwe, et le Secrétaire Lieutenant-Général
Khin Nyunt. Ils mirent fin à sa première période
d'assignation à résidence de 1989 à juillet
1995. Vers la fin de 1996, la situation sest inversée
lorsque la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND)
sest retirée de la Convention Nationale initiée
par SLORC en 1993. En théorie, la prise de position
plus ferme de lUE aurait dû intervenir au moment
où la « lune de miel » SLORC-ASSK a échoué.
En réalité, malheureusement elle la précédé.
En se plaçant dans l'esprit des généraux
du SLORC, on concluerait - à tort - que cette «
faiblesse » des militaires au cours de la période
« lune de miel » avait induit des mesures plus
dures à leur encontre. La Position Commune de lUE
fut suivie par une position encore plus sévère
de la part des Etats-unis en 1997.
1997 fut également lannée de ladhésion
de la Birmanie/Myanmar à LASEAN (Association
of South East Asian Nations). Auparavant, lUE pouvait
se permettre de pratiquer la politique quelle voulait
sans que cela ait une quelconque incidence sur ses intérêts.
Mais la question birmane est devenue une pomme de discorde
entre lUE et lASEAN, et a modifié durablement
l'équilibre de leurs relations. Et lorsque la Position
Commune a été renforcée en octobre 1998
peu de mesures nouvelles ont été prises, si
ce nest lextension de linterdiction de visas
pour les officiels birmans.
Début 2000, le régime, rebaptisé State
Peace and Development Council (SPDC ) a lancé une campagne
afin « danéantir » à la fois
ASSK et la LND. Or, à ce stade, lUE ne disposait
plus de moyens pour influencer le SPDC , et en avril 2000
le Conseil a dû agir de façon essentiellement
symbolique en ajoutant à la Position Commune des mesures
restrictives à lencontre du régime. Prenant
conscience de la faiblesse de sa position, le Conseil a réitéré
son désir détablir un dialogue politique
constructif avec le SPDC, et a indiqué quil pourrait
déroger à linterdiction de visa pour le
Ministre des Affaires Etrangères Birman au cas où
cette dérogation serait dans lintérêt
de lUE. Cette décision était en contradiction
avec la position adoptée neuf ans plus tôt de
réduire les contacts officiels. Mais le fait de ne
plus avoir dattachés militaires en place depuis
1991 constituait le véritable problème. De ce
fait, lUE ne disposait plus de voies de communication
avec les militaires birmans.
Fort heureusement pour toutes les parties concernées,
le SPDC céda sur sa campagne ciblant la lauréate
du prix Nobel de la Paix 1991 et la LND, et se lança
dans des « discussions confidentielles » avec
ASSK. Lorsque ces « discussions », qui avaient
été « facilitées » par lEmissaire
Spécial des Nations Unies en Birmanie, lAmbassadeur
Razali, commencèrent à échouer en 2003,
la Position Commune fut renforcée de nouveau en avril
2003. Mais, comme précédemment, ce renforcement
consista seulement en une extension de la portée des
sanctions existantes. Certains, comme par exemple le Ministre
Britannique du FCO (Foreign and Commonwealth Office), Mike
OBrien, ont spéculé sur le fait quun
assouplissement de la position de lUE à cette
époque aurait peut-être permis dadoucir
la position du SPDC. Mais les dés étaient probablement
jetés lorsque les Etats-Unis refusèrent de «
certifier » linitiative du SPDC de réglementation
sur la drogue.
La position de lUE sur la Birmanie/Myanmar prit une
tournure étrange en 2004. Jusquà son entrée
dans lASEAN la Birmanie/Myanmar constituait un problème
marginal, une source dirritation. Mais avec lélargissement
de lUE , lélargissement de lASEM
devenait un sujet crucial, et linclusion de la Birmanie
se trouva au centre de la dispute. Afin dinfluencer
ASEAN, lUE menaça lASEM dun boycott
si la Birmanie devait en faire partie, et en avril 2004 la
Position Commune fut ainsi étendue par le Conseil.
Mais, mise au pied du mur par lASEAN, lUE dut
accepter la participation de la Birmanie au Sommet de lASEM,
toutefois à un niveau moins élevé que
celui de Chef dEtat ou de Gouvernement. Pour garder
la face, lUE décida également que des
sanctions supplémentaires seraient prises contre le
régime militaire au cas où il ne remplirait
pas certaines conditions, y compris la libération dASSK.
Le Conseil révisa la Position Commune en octobre 2004
et renforça les sanctions contre le SPDC.
Alors que la Position Commune a été reconduite
en avril 2005, aucune modification nest intervenue,
la situation s'est dégradée. Etant donné
le fiasco de lASEM en 2004 et les tensions récentes
à propos de la présidence de lASEAN accordée
à la Birmanie pour 2006, il devient de plus en plus
clair que lUE ne peut plus envisager avec complaisance
sa politique vis-à-vis de la Birmanie, ni réagir
au coup par coup à chaque nouveau problème.
Alors que les exportations de lUE vers la Birmanie sont
négligeables, totalisant 54 millions deuros en
2003, et que les importations se montent à seulement
388 millions, la Birmanie est en train de devenir un obstacle
majeur dans les rapports de lUE avec lASEAN et
ses partenaires de lEst asiatique, à savoir la
Chine, le Japon et la Corée du Sud. Les conditions
socio-économiques en Birmanie sont également
une source dinquiétude. Il existe un risque élevé
dinstabilité intérieure et pour l'ensemble
de la région. Lancien Commissaire Chris Patten
a déclaré que lon pourrait assister à
la faillite de lEtat en Birmanie.
Que devrait donc faire lUE ? Comme il était
mentionné plus haut, le terrain est miné. La
Commissaire aux Relations Extérieures nouvellement
nommée, Ferrero-Waldner en a fait lexpérience
lorsque début 2005 la Commission Européenne
a chargé un « universitaire » pour la rédaction
d'un rapport de propositions sur les options de l'UE à
l'égard de la Birmanie. Actuellement le gouvernement
britannique est au cur dune nouvelle tourmente,
à la suite de l'organisation d'un symposium composé
dintellectuels au sujet de la Birmanie, en ayant omis
dinviter certaines personnes qui pensaient y avoir leur
place.
Recommandations
Premièrement, les Etats membres de lUE doivent
se mettre daccord sur le fait que la question de la
Birmanie/Myanmar nest plus seulement une affaire interne
concernant la démocratie et les droits humains fondamentaux.
Ils doivent saccorder sur le fait que la Birmanie a
constitué un obstacle majeur à létablissement
de meilleures relations avec lASEAN, et que les autorités
du Myanmar sont un obstacle à l'amélioration
des relations avec lAsie de lEst. Dans ce contexte,
la Birmanie est un frein au développement de blocs
commerciaux régionaux dans un monde multi-polaire,
ce qui représente la vision de lUE. De plus,
les Nations de lUE doivent convenir que la Birmanie
est un facteur de déstabilisation régionale,
étant donné son instabilité intérieure.
Deuxièmement, lUE dans son ensemble doit décider
quels sont ses intérêts essentiels en Birmanie,
ceux-ci étant séparés et peut-être
différents de ceux des partisans de la démocratie.
Ces intérêts sont-ils politiques démocratie
et droits de lHomme stratégiques, économiques
ou bien humanitaires ?
Troisièmement, lUE doit décider qui,
ou quelle agence au sein de lUE, doit prendre en charge
la question de la Birmanie.
Quatrièmement, lUE doit élaborer un plan
stratégique afin de sassurer que ses intérêts
essentiels soient servis, prenant en compte, toutefois, le
fait quelle naura peut-être pas suffisamment
de crédibilité ou dinfluence politique
auprès des généraux birmans pour atteindre
ses objectifs.
LUE doit se distancer du débat sur les sanctions.
Savoir si les sanctions sont efficaces ou non, nest
pas le sujet. LUE doit appréhender la question
dun angle différent, et identifier ses intérêts
essentiels.
Il est clair que les généraux en place en Birmanie
ne renonceront pas au pouvoir, quil y ait des sanctions
ou non. Des sanctions telles que linterdiction dimportations
aux Etats-Unis ont clairement nui à lindustrie
textile en Birmanie. Mais les généraux birmans
ont lintention de survivre, peu importe les conséquences
des sanctions. A leurs yeux, leur propre survie et la survie
du « tatmadaw » (l'armée) est synonyme
de la survie de la nation. Le problème, cest
que les généraux peuvent continuer à
survivre longtemps, alors que la nation elle-même ne
pourra peut-être pas survivre. Le pays pourrait se désintégrer
à cause des tensions sociales et économiques,
et le vide laissé par cette désintégration
pourrait bien être comblé par un ou plusieurs
des pays limitrophes. Laissée incontrôlée,
une épidémie de VIH-Sida pourrait bien anéantir
les générations futures. La question pour lUE
est de savoir comment éviter la désintégration
de la Birmanie et linstabilité de la région.
Est-il possible de convaincre les généraux de
la nécessité de changement afin de « sauver
» la nation ? Qui pourrait les en convaincre ? Comment
les aborder ? Quel serait le bon moment pour le faire ?
Il est tout aussi clair que, alors que pour lUE cest
une question de démocratie et de droits de humains
fondamentaux par opposition à un pouvoir militaire
autoritaire, les voisins de la Birmanie en Chine ou au sein
de lASEAN voient la question sous un jour bien différent.
Pour eux, ce sont des superpuissances du Nord /occidentales
qui veulent imposer leur volonté à des nations
plus petites et plus faibles. Si cette perception ne change
pas, alors ni lUE ni les Nations unies nobtiendront
beaucoup de soutien de la part de lASEAN ou de la Chine,
malgré leur inquiétude au sujet dun problème
régional en devenir.
Si cest réellement une question de démocratie
et droits humains fondamentaux contre un pouvoir militaire,
lUE ne devrait-elle pas se consacrer à aider
la population de Birmanie à résoudre ses propres
problèmes, plutôt que de se focaliser sur les
sanctions ou sur laction internationale ? Comment peut-elle
aider à convaincre dautres nations de travailler
ensemble afin de provoquer le changement en Birmanie ? LUE
doit examiner en profondeur dans quelle mesure elle peut travailler
avec la population de Birmanie - y compris les militaires
- et ses voisins afin de provoquer le changement désiré
qui servira à la fois les intérêts de
lUE et ceux de la Birmanie. Cependant, quoi quelle
fasse, lUE ne peut plus se permettre de gérer
la question birmane au coup par coup.
Ham Yawnghwe est directeur du Bureau Euro-Birmanie (Euro-Burma
Office) à Bruxelles. Etabli en 1997 afin daider
le mouvement pro-démocratie à préparer
une transition pacifique à la démocratie après
4 décennies de pouvoir militaire, le Bureau est un
projet conjoint de la Commission Européenne, du Parlement
Européen et du Friedrich-Ebert-Stiftung.
Retour aux casernes en 2005 ?
Source : Burma Solidarity Focus (avril 2005)
Aujourd'hui, la Birmanie est confrontée à plusieurs
crises d'ordre politique, économique et social dues
à la répression persistante que connaît
le pays et à la mauvaise gestion économique
de la dictature militaire. Dans ces conditions de désespoir
politique et économique, l'actuel dirigeant birman,
le général en chef Than Shwe a tranquillement
consolidé son pouvoir en éliminant ses rivaux
et en tentant de constituer une convention nationale trompeuse,
afin de créer une nouvelle constitution qui légitimerait
l'autorité militaire. Cependant, les luttes intestines
et continuelles entre les généraux dirigeants
pour s'approprier le pouvoir et les richesses, la résistance
acharnée du peuple contre la dictature ainsi que la
pression internationale grandissante pour des réformes
politiques rendent la position de la junte militaire instable.
Lors des dix-sept dernières années, le Général
en chef Than Shwe a accompli avec succès l'élimination
de presque tous ses principaux rivaux, dont le précédent
dirigeant supérieur de la junte, le Général
en chef Saw Maung. Dans cette tâche, Than Shwe a été
secondé par le puissant Général en chef
des renseignements militaires, Khin Nyunt. Cependant, en 2003,
avec l'aide du Général Maung Aye, adjoint de
Than Shwe, le Général Khin Nyunt a été
éliminé et tout l'appareil des Renseignements
restructuré. En 2005, le Général en chef
Than Shwe et le vice-Général Maung Aye restent
les seuls membres d'origine du conseil militaire dirigeant
qui s'est emparé du pouvoir en 1988.
L'éviction du Général Khin Nyunt et
les changements au sein de l'armée annoncent un des
plus significatif et large tiraillement de la structure dirigeante
du pays. Une fois la faction des renseignements militaires
dirigée par le Général Khin Nyunt évincée
des cercles dirigeants, deux factions armées menées
par Than Shwe, Commandant en chef des forces armées
et Maung Aye, Vice-Commandant en chef des forces armées
se retrouvent enfermés dans leur lutte pour la suprématie.
Les sanctions imposées par les Etats-Unis et l'Union
Européenne ont sérieusement affecté l'économie
du pays, totalement contrôlée par l'armée.
Than Shwe est maintenant confronté à la double
difficulté de partager le pouvoir et les bénéfices
économiques, lesquels reviennent à l'armée.
Avec une économie qui se détériore et
le manque de soutien du monde extérieur, le butin que
se garde l'armée se réduit, intensifiant ainsi
les luttes internes pour les richesses.
Durant ces dernières années, des conflits au
sein de l'armée ont eu lieu. Le récent assassinat
de l'assistant personnel du Général Maung Aye
a fait monter la tension entre les différentes factions.
Depuis le départ de Khin Nyunt, Than Shwe tente de
rétrograder Maung Aye, et s'apprête à
transférer le pouvoir à sa faction protégée,
la plus loyale. Ces remaniements ont provoqué de profondes
tensions au sein de l'armée et ne peuvent mener qu'à
une plus grande instabilité parmi les cercles militaires
dirigeants.
En fait, au coeur de cette tension continuelle entre les
chefs militaires, se joue la question du transfert du pouvoir
à la nouvelle génération d'officiers
et ainsi l'assurance d'une nouvelle ère de pouvoir
militaire. Cette manoeuvre a pour but d'empêcher les
représentants du peuple, élus aux élections
générales de 1990, d'accéder au pouvoir.
Ces élections avaient été agréées
par l'armée, mais lorsque la Ligue Nationale pour la
Démocratie (NLD) dirigée par le prix nobel Aung
San Suu Kyi les a largement remportées, les militaires
ont refusé de lui céder le pouvoir. La NLD a
alors appelé l'armée a entamer un réel
dialogue pour la réconciliation nationale, mais les
généraux ont refusé toute tentative sérieuse
de démocratisation de la Birmanie. La lutte pour le
pouvoir au sein de l'armée a sérieusement compromis
l'avenir du processus de réconciliation national birman.
En dépit des luttes entre les deux factions, l'armée
perçoit les moyens de s'assurer le contrôle à
long terme de la Birmanie par le biais d'une convention nationale
permanente ayant pour mission de créer une nouvelle
constitution. La convention est composée d'une poignée
de délégués, et l'armée a prévu
qu'elle aboutirait vers le milieu de l'année 2005,
un référendum devant se tenir vers la fin de
l'année.
Par la suite, l'armée devrait former un gouvernement
fantoche en accord avec la constitution et dirigerait le pays
avec ou sans le soutien de la population et de la communauté
internationale.
Avec une pointe d'ironie historique, ce n'est en fait rien
d'autre qu'une vieille formule employée par le précédent
dictateur, le général Ne Win, pour légitimer
le pouvoir militaire. Suite au coup d'état militaire
de 1962 conduit par Ne Win, l'armée avait pu légitimer
son pouvoir jusqu'en 1988 selon une méthode similaire.
Il l'avait consolidé en évincant les généraux
rivaux et formé un parti politique entièrement
contrôlé par l'armée (le bien-nommé
Parti du Programme Socialiste Birman - BSPP) qui a fonctionné
comme une façade du pouvoir dominant militaire. Il
avait créé une commission pour la rédaction
de la constitution de l'Etat avec une poignée de membres
afin de rédiger une nouvelle constitution qui garantirait
la suprématie militaire. En utilisant le BSPP comme
une façade des intérêts militaires, la
constitution avait été ratifiée lors
d'un référendum national tronqué. Une
mise en scène d'élections générales
s'en était suivi et Ne Win était resté
au pouvoir jusqu'en 1988.
A cette date, après des décennies de pouvoir
corrompu, les étudiants et les travailleurs s'étaient
soulevés pour demander la démocratie. L'armée
avait brutalement réprimé ce soulèvement
le 8 août de cette année-là, provoquant
la mort de plus de mille personnes. Les manifestations qui
s'en étaient suivies avaient été sauvagement
réprimées tuant plusieurs autres milliers de
personnes, et contraignant des dizaines de milliers d'autres
à la clandestinité ou à l'exil. Toutefois,
l'armée, sérieusement ébranlée
par ces événements, a consenti à des
élections en 1990. Bien que durant ces deux années
les mouvements démocratiques aient été
capables de s'organiser pour remporter un raz-de-marée
électoral, l'armée avait pu se renforcer et
avait maintenu la répression pour finalement ignorer
les résultats et refuser de céder le pouvoir.
Il est clair que le Général en chef Than Shwe
joue avec tout trouble éventuel qui secoue l'armée
birmane comme le faisait l'ancien dictateur, le Général
Ne win. Than Shwe était membre du BSPP de Ne Win lorsqu'il
est entré au Comité Central Exécutif
en 1988. A l'instar du Général Ne Win, il a
d'abord renforcé son pouvoir en évincant son
supérieur, le Général en chef Saw Maung
en 1992 et les généraux rivaux dans les années
qui suivirent. Il a fondé l'Association pour le Développement
de l'Union Solidaire (USDA) sur le modèle du BSPP,
dont il est devenu le patron. Il n'a pas seulement utilisé
l'USDA pour lancer plusieurs campagnes de soutien à
son pouvoir, mais aussi pour intimider les opposants, particulièrement
la NLD.
Than Shwe a sélectionné une poignée
de délégués pour rédiger une constitution
qui légitimerait le pouvoir militaire. La soit-disante
convention nationale actuelle a en fait été
réunie depuis 1993, mais elle n'a jusqu'ici jamais
abouti à rien. La NLD s'est retirée de la convention
en 1995 car l'armée a refusé de revenir sur
ses méthodes anti-démocratiques et elle a continué
avec insistance a considérer son statut comme celui
d'une organisation extra-constitutionelle. La constitution
actuellement rédigée garantit également
au Commandant en chef des services de la Défense qu'il
bénéficiera de l'impunité ; qu'il nommera
25% des membres des Assemblées de l'Etat et de la Région
et également les ministres de la Défense, de
l'Intérieur, des Affaires Etrangères ; et que
le président, en tant que chef de l'Etat doit avoir
une expérience militaire. Il n'y a bien sûr aucune
garantie des libertés fondamentales pour le peuple.
Quand le travail sur la constitution a repris en 2004, la
Ligue des Nationalités Shan pour la Démocratie
(SNLD), arrivée en deuxième poition aux élections
générales de 1990, a boycotté la convention
à cause de ses procédés anti-démocratiques
et de l'absence de participation de la NLD. Récemment,
en février 2005, l'Armée de l'Etat Shan (Nord),
groupe shan signataire du cessez-le-feu l'a également
boycotté à cause du refus de l'armée
de libérer son leader, qui menait cette délégation
lors des précédentes étapes de la convention.
Le retrait des partis vainqueurs des élections, notamment
la NLD, la SNLD et le groupe shan signataire du cessez-le-feu,
a ôté à l'actuelle convention toute crédibilité.
D'autres groupes ethniques signataires du cessez-le-feu pourraient
également la boycotter si les généraux
n'accèdent pas à leur demande d'une plus grande
autonomie. Il est donc très difficile pour l'armée
d'achever la rédaction de la constitution dans un avenir
proche et d'obtenir le soutien des partis politiques et des
groupes ethniques signataires du cessez-le-feu.
La communauté internationale, notamment les Etats-Unis
et l'Union Européenne a clairement formulé sa
position vis-à-vis de cette convention factice. Récemment,
les Nations Unies ont également averti qu'il serait
difficile pour la communauté internationale, y compris
pour les pays de la région, d'approuver le résultat
de la convention si les partis vainqueurs des élections
n'y participent pas, particulièrement la NLD et la
SNLD.
Les groupes birmans pour la démocratie et les groupes
ethniques d'insurrection armée ont également
rejeté la convention nationale dans la mesure où
celle-ci a pour finalité de prolonger et de légitimer
le pouvoir militaire contre la volonté du peuple, telle
qu'elle s'est exprimée lors des élections de
1990. Ces groupes birmans ont réaffirmé leur
position, déclarant : "Une convention d'importance
nationale doit être un processus global avec une représentation
véritable et conduit de manière démocratique
sous une autorité impartiale. Une convention dominée
par les dirigeants militaires et des délégués
désignés par ces derniers n'est là que
pour imposer leurs seules idées." (Gouvernement
de Coalition Nationale de l'Union de la Birmanie, communiqué
de presse, 31 août 2003).
Le Comité Représentant le Parlement Populaire
(CRPP), formé de députés parlementaires
issus de la NLD et d'autres partis politiques a pour sa part
déclaré : "La feuille de route et la convention
nationale échouent dans leur tentative de résoudre
la crise politico-économique qui secoue le pays. Le
peuple n'acceptera en aucune manière que se reproduisent
les mêmes élections qu'en 1990, initiées
puis ignorées au vu des résultats, par l'armée."
La Ligue des Nationalités Unies pour la Démocratie
(UNLD), organisation qui regroupe 25 partis politiques ethniques,
a fortement encouragé l'armée à entamer
le dialogue avec la NLD afin d'installer un gouvernement ou
une autorité intérimaire. Malgré cela,
Than Shwe concentre son attention sur la consolidation du
pouvoir. Il devra faire face à de graves problèmes
sociaux et économiques comme en a connu son prédécesseur
le Général Ne Win. Si celui-ci a pu maintenir
un contrôle total du pouvoir pendant 26 ans, il a dû
pourtant faire face à la résistance acharnée
du peuple, notamment celle des étudiants et des travailleurs,
à d'importantes luttes de pouvoir entre les généraux
pour la maîtrise des richesses, et à une crise
économique qui s'est soldée par des insurrections
nationales en 1988. Le Général Than Shwe devra
faire face à des conséquences similaires dans
un avenir proche à cause de la répression politique
permanente et de la mauvaise gestion économique.
L'attention de la junte centrée sur la consolidation
du pouvoir au dépens de l'économie et du bien-être
du peuple aura de très graves conséquences,
notamment si la structure de commandement de l'armée
est davantage fragilisée par une expansion rapide.
L'armée est passée de 180000 hommes en 1988
à 500000 aujourd'hui, ce qui représente une
charge économique énorme, drainant des ressources
vitales aux dépens de la santé, de l'éducation
et des services sociaux pour le peuple.
La récente réorganisation des services de Renseignement
pourrait affecter la sécurité de la nation.
Des milliers d'agents secrets, limogés mais restés
fidèles au Général Khin Nyunt, provoqueront
davantage d'instabilité dans le pays pour venger les
sévères châtiments infligés aux
hauts-gradés des services de Renseignements. La plupart
des groupes ethniques signataires du cessez-le-feu, très
attachés au Général déchu Khin
Nyunt semblent méfiants et boycotteront la convention
nationale si la junte ne satisfait pas leurs revendications
pour une plus grande autonomie. Ils ont soumis leurs revendications
de manière collective lors de la dernière réunion
de la convention, mais elles restent ignorées par la
junte. La pression sur celle-ci se fera encore plus importante
de la part de la communauté internationale, y compris
les états membres de l'ASEAN, s'il n'y a pas de réformes
politiques en Birmanie. Ce qui inquiète d'autant plus
l'ASEAN, c'est l'embarras auquel elle devra faire face si
la junte militaire birmane est encore au pouvoir au moment
où la Birmanie doit assurer la présidence à
la mi-2006.
Plus de 40 ans de gouvernement despotique militaire ont conduit
la Birmanie à devenir l'un des pays les plus pauvres
au monde. L'armée n'a rien fait pour améliorer
les conditions de vie de la population et fait maintenant
face à de graves problèmes, notamment aux luttes
intestines permanentes pour le pouvoir au sein de l'armée
et à la détérioration de la situation
économique. Toutes les actions des militaires n'ont
conduit qu'à accroître les conflits internes
et l'instabilité, aussi bien dans le pays que dans
la région.
Ainsi, le moment crucial est arrivé, pour les communautés
nationale et internationale, de mettre en place des actions
concertées afin de réellement obliger le régime
militaire à entamer un dialogue constructif avec le
mouvement démocratique pour la réconciliation
nationale, au lieu de poursuivre des processus tels que la
constitution factice qui n'ont pour but que de maintenir les
militaires au pouvoir.
En acceptant une transition démocratique, les militaires
pourront tranquillement retourner dans leurs casernes et assurer
leur rôle : défendre la population et le pays
avec dignité. Cela ouvrira la voie pour toutes les
nationalités ethniques de Birmanie à la construction
d'une véritable union birmane, fédérale
et démocratique, dans l'avenir.