Le 30 mars : MSF section française se retire de
Birmanie
La section française de Médecins sans frontières
(MSF) a annoncé dans un communiqué qu'elle quittait
la Birmanie parce qu'il lui était devenu impossible
d'y travailler " dans des conditions acceptables dans
les Etats Mon et Karen. Ceci en raison des "restrictions
imposées" par la junte au pouvoir.
Hervé Isambert, responsable du programme de la section
française de MSF en Birmanie, cité dans le communiqué
explique que "le régime birman veut empêcher
la présence de toute équipe humanitaire dans
ces régions politiquement sensibles". "Les
restrictions qui nous sont imposées nous réduisent
à un rôle de sous-traitant technique soumis aux
priorités politiques de la junte. De fait, les autorités
birmanes ne veulent pas de témoins gênants des
exactions qu'elles commettent contre leur propre population",
conclut-il.
Les sections suisse et néerlandaise de MSF continuent,
elles, de fonctionner en Birmanie estimant qu'"à
ce jour, elles peuvent continuer de mener des activités
médicales de qualité sans se compromettre avec
le régime".
Le 27 mars : Défilé militaire à Pyinmana
La Birmanie a organisé sa première cérémonie
officielle dans la nouvelle capitale administrative Pyinmana,
à 400 km au nord de Rangoun : La journée des
Forces armées. Le défilé annuel des forces
armées birmanes confirme la volonté des généraux
de faire de cette localité la nouvelle capitale administrative
du pays.
Ce transfert avait été annoncé en novembre
dernier et avait l'objet de nombreuses hypothèses qu'en
aux raisons de cette décision : crainte d'une invasion
maritime par les États-Unis, nouveau positionnement
plus au centre du pays pour renforcer l'emprise des Birmans
sur les autres ethnies, inquiétude grandissante du
régime devant d'éventuels désordres sociaux
à Rangoun et influence déterminante d'astrologues
sur un généralissime soucieux de laisser sa
trace dans l'Histoire.
Certains ministères ont commencé timidement
à fonctionner à Pyinmana, en dépit du
vif mécontentement suscité par ce transfert
parmi les employés de l'État lié aux
difficultés de vie dans cette zone (présence
de la malaria, manque d'eau potable et d'électricité).
Pour accélérer le mouvement, la junte a décidé
la semaine dernière de multiplier par dix les salaires
des fonctionnaires à compter du 1er avril.
Le défilé a été l'occasion d'une
démonstration de force du régime. Il a rassemblé
près de 1300 soldats, quasiment le double des forces
utilisées lors de défilés précédents.
Lors de son discours, Than Shwe a souligné la nécessité
d'une armée forte dans la transition vers une "démocratie
disciplinée". Il a affirmé que " si
nous allons pratiquer la démocratie multipartite, nous
avons besoin de paix et de stabilité ", avant
d'ajouter que " la population et l'armée doivent
travailler dur ensemble pour édifier un État
moderne et développé où prospère
une démocratie disciplinée". Aucune attaque
contre l'Occident n'a été formulée, contrairement
aux années précédentes. Than Shwe a seulement
appelé à "détruire tous les ennemis
de l'État ".
Le 24 mars : Un envoyé de l'ASEAN écourte
son séjour en Birmanie sans avoir vu Suu Kyi
Arrivé la veille à Rangoun, le ministre malaisien
des Affaires étrangères, Syed Hamid Albar, devait
y séjourner jusqu'au 25, mais il est finalement parti
brusquement le 24 après un entretien avec le premier
ministre birman, Soe Win (Sources sécuritaire et diplomatique).
Sa visite, décidée par l'ASEAN en janvier, avait
été maintes fois reportée. Selon un diplomate
asiatique, ce report a pour cause le refus des généraux
d'autoriser une rencontre avec Suu Kyi.
La mission de l'ASEAN avait pour objectif d'évaluer
le processus de démocratisation tel qu'envisagé
par le régime et d'établir des ponts, ont indiqué
des diplomates. Le ministre malaisien présentera son
rapport lors d'une réunion avec ses homologues de l'Asean
prévue en avril à Bali.
Lors de l'annonce officielle de son autorisation à
se rendre en Birmanie, il avait déclaré : "
Je ne m'attends à rien de particulier. J'espère
que ce sera l'occasion de nouer un dialogue de confiance (...)
mais, en dernier ressort, c'est à la Birmanie qu'il
revient de conduire son processus démocratique ".
Le 12 mars : U Win Tin, privé des visites de la
Croix-rouge, célèbre son 76e anniversaire en
prison (Communiqué de presse Reporters sans frontière)
Le 12 mars 2006, U Win Tin, le plus célèbre
journaliste birman, fêtera son 76e anniversaire dans
sa cellule spéciale de la tristement célèbre
prison d'Insein à Rangoon. Depuis le 4 juillet 1989,
date de son arrestation, U Win Tin est privé de ses
droits fondamentaux, notamment celui d'être soigné
convenablement et celui de pouvoir écrire. Reporters
sans frontières et la Burma Media Association demandent
la libération immédiate et sans conditions d'U
Win Tin.
Condamné à vingt ans de prison, notamment pour
"propagande antigouvernementale", U Win Tin ne reçoit
plus, depuis le début de l'année 2006, de visites
de représentants du Comité international de
la Croix-Rouge (CICR).
Selon de récentes informations, U Win Tin est actuellement
contraint de suivre un traitement pour des problèmes
de tension artérielle et d'inflammation de la prostate.
Bien qu'il soit ausculté deux fois par mois par un
médecin de la prison, U Win Tin dépend de l'aide
de proches qui lui apportent régulièrement des
médicaments et de la nourriture. Après seize
années de détention, sa santé s'est considérablement
dégradée. Il a notamment subi deux attaques
cardiaques.
Deux fois par mois, U Win Tin est autorisé à
recevoir la visite, pendant 20 à 25 minutes, d'un proche.
Celui-ci peut lui apporter des médicaments, de la nourriture
et des magazines. Mais un bureau de la censure installé
au sein de la prison vérifie tous les documents remis
au journaliste.
A deux reprises, en novembre 2004 et en juillet 2005, les
autorités ont annoncé à tort la libération
d'U Win Tin. Depuis juillet 2005, il est, selon la loi birmane,
susceptible d'être libéré pour bonne conduite.
Du 8-12 mars : Visite historique du président indien
en Birmanie
Au menu : le gaz naturel, sous fond de compétition
sino-indienne
Le président indien Abdul Kalam est en visite officielle
en Birmanie du 8 au 12 mars. Ce voyage est le premier effectué
par un président indien depuis 1962. A l'ordre du jour,
le renforcement des relations économiques, notamment
énergétiques, avec un pays où vivent
un million d'indiens et qui dispose de larges réserves
de gaz naturel dans la région d'Arakan. L'Inde et la
Birmanie partagent une frontière longue de 1.640 kilomètres.
La Chine, également voisine de la Birmanie, est déjà
impliquée dans l'exploitation des ressources naturelles
de ce pays.
Shyam Saran, haut responsable du ministère indien
des Affaires étrangères, a précisé
avant le départ du président que New Delhi recherchait
un accord avec Rangoun "pour l'évacuation du gaz
naturel" produit au large de l'Arakan (ouest de la Birmanie).
Par ailleurs, a indiqué Shyam Saran, la Birmanie est
" un voisin très important pour nous " car
c'est notre " point d'entrée " vers l'ASEAN
(Association des Nations du sud-est asiatique).
Abdul Kalam n'est pas parvenu à obtenir un accord
substantiel sur le gaz birman dont les réserves aiguisent
également l'appétit de la Chine. Il a signé
un accord de principe permettant d'étudier la création
d'un gazoduc contournant le Bangladesh par les Etats du Nord-Est
de l'Inde frontaliers de la Birmanie. Une alternative plus
coûteuse à celle souhaitée ardemment par
New Delhi, la création d'un gazoduc qui traverserait
le Bangladesh jusqu'à Calcutta. Cette transaction plus
substantielle serait évaluée à quelque
3 milliards de dollars.
" Même si l'Inde proclame toujours être
la plus grande démocratie du monde, elle cherche à
nouer des liens plus étroits avec la junte birmane
", explique un autre politologue Aung Naing Oo.
Alors que le Premier ministre indien Manmohan Singh avait
déploré, lors de la visite de George Bush en
Inde début mars, la situation des droits de l'Homme
en Birmanie et appelé à la libération
de l'opposante Aung San Suu Kyi, la question n'a pas été
abordée durant les entretiens du président Kalam
avec les militaires birmans.
Or, les bénéfices issus des contrats sur la
vente des ressources naturelles, qu'ils soient signés
avec la Chine ou l'Inde, sont captés par la junte pour
son unique profit.
Le 2 mars : Les Etats-Unis et l'Inde condamnent la Birmanie
Les États-Unis et l'Inde ont conjointement appelé
le 2 mars à New Delhi à la libération
d'Aung San Suu Kyi. " Nous sommes d'accord sur l'état
déplorable des droits de l'homme en Birmanie et sur
le fait que tous les pays devraient rechercher la libération
d'Aung San Suu Kyi ", a déclaré M. Bush
lors d'une conférence de presse commune à New
Delhi avec le premier ministre indien Manmohan Singh.
TEMOIGNAGE
" Le Myanmar dans nos Rêves "
François-Xavier Tanguy et Arnaud Dubois, deux amis
de longue date avec pour passion commune le voyage, sont partis
début janvier, et pour sept mois, en moto, de Phnom
Penh à Paris, pour recueillir les rêves et projets
d'enfants et d'adultes. Ils avaient eux aussi fait un rêve
: traverser la Birmanie. Ils vous racontent ici comment leur
rêve leur a permis de comprendre le cauchemar birman.
Nous rêvions...Oui nous rêvions comme des gamins
en culottes courtes de traverser les terres du Myanmar (littéralement
"Pays merveilleux), ex-Birmanie...Cette contrée,
réputée pour son accueil et sa douceur, nous
fait rêver depuis fort longtemps. Notre rêve était
plein d'enthousiasme...Nous espérions...
Malheureusement; la caravane "Des Rêves plein
Le Monde" s'est ensablée aux portes du Myanmar.
Les "chiens" du gouvernement birman n'ont pas aboyé
suffisamment fort pour laisser passer la caravane des Rêves...
Après plusieurs tentatives, entre l'ambassade du Myanmar
à Paris, l'ambassade de France à Rangoon...nous
nous sommes tristement résignés à changer
notre itinéraire.
Autant il est aisé de rentrer dans le pays par avion
(en se déplaçant uniquement dans des zones bien
précises contrôlées par le gouvernement),
autant cela se révèle pratiquement impossible
par voie terrestre...Encore plus pour deux jeunes occidentaux
à moto avec plein de matériel photos ordinateur...susceptibles
d'être pris pour des journalistes espions.
De nombreuses régions frontalières (Thaïlande,
Bangladesh, Inde...) sont habitées par des minorités
ethniques (notamment les Karen...), aux volontés parfois
indépendantistes...Le gouvernement birman commet clairement
de nombreuses exactions dans ces régions pour maintenir
son pouvoir...et préfère isoler ces contrées
des regards occidentaux.
Par ailleurs, la junte tenant férocement les rennes
du pouvoir, se recroville sur elle même et sur son microcosme.
Leur paranoïa est impressionnante. Les généraux
du gouvernement viennent récemment (2005) de déplacer
la capitale Rangoon de 400 km au nord en pleine campagne à
Pyinmana...Les rumeurs parlent d'une crainte d'une invasion
de la CIA...D'autres avancent un argument plus probable. Ce
repli traduirait une volonté politique de se prémunir
contre une menace de plus en plus présente, à
savoir son propre peuple. Nichée dans une région
montagneuse apparemment facilement contrôlable et difficilement
prenable, Pyinmana est en passe de devenir une "capitale
forteresse" avec construction de bunkers, et autres réseaux
souterrains...pour mieux contrer d'éventuelles attaques.
Le repli diplomatique du Myanmar est encore plus flagrant
suite à l'appel officiel en décembre 2005 des
autres membres de l'ASEAN, à engager des réformes
démocratiques et à relâcher les prisonniers
politiques...Sans citer officiellement son nom, l'ASEAN a
clairement fait référence à l'opposante
de renom, Aung San Suu Kyi.
Dans ce contexte, il était donc difficile de laisser
passer "La caravane des Rêves" au Myanmar.
Inutile de vous préciser que notre amertume est grande.
A défaut, nous avons voulu laisser passer "La
caravane de l'Imaginaire" et tenter d'imaginer ce à
quoi rêvent les birmans...
Dans notre imaginaire, nous avons rencontré deux personnalités
marquantes du pays.
Général Than Shwe, chef de la junte militaire
au pouvoir et commandant en chef des forces armées
Ayant pris le contrôle du pays suite à un coup
d'état en septembre 1988, son rêve est de garder
le pouvoir, de continuer à étouffer économiquement
et politiquement la population pour mieux se maintenir en
place. Avide de pouvoir et d'avoir, ce despote espère
poursuivre sa politique de discrimination, de censure contre
toute forme d'opposition au profit...de lui même et
de tout sa clique. A la tête du SPDC (State Peace and
Development Council) le parti tout puissant, il dirige d'une
main de fer le paysage politique et n'hésite pas à
limoger et emprisonner son ancien premier ministre Khin Nyunt,
incarnant la voie des réformes et réputé
un peu trop ouvert à son goût.
"Ouvrez des écoles et vous fermerez des prisons"
disait Victor Hugo.
Le Général répond "chaleureusement"
à Victor Hugo en fermant les écoles (selon l'UNICEF,
seulement 27% des enfants du primaire terminent leur scolarité),
les universités (fermées depuis 1996 pour des
raisons de sécurité) et réouvrant des
prisons pour mieux "éduquer" les audacieux
assoiffés de liberté.
Selon Robert Templer, analyste du International Crisis Group
de New York, "la principale préoccupation du général
est d'assurer sa survie politique et d'avoir suffisamment
d'argent pour la faire perdurer".
Vous l'aurez compris, le Général Than Shwe
fait partie de ces dictateurs dont la seule ambition est de
faire avancer l'humanité à reculons.
Aug San Suu Kyi, Leader du NLD et Prix Nobel de la Paix.
Figure emblématique de l'opposition birmane et symbole
de la lutte non violente pour la liberté et la justice
au Myanmar, Aug San Suu Kyi dirige "virtuellement",
de sa résidence surveillée, la Ligue Nationale
pour la Démocratie NLD (National League for Democracy),
parti démocratique opposé à la dictature
en place. Assignée à résidence depuis
une dizaine d'années, l'exercice de son activité
politique est bien naturellement limité. D'un courage
et d'une ténacité exemplaire, elle dédie
sa vie à la réforme démocratique d'un
des pays les plus répressifs du monde. Son action non-violente
et sa liberté de pensée ont été
saluées par la scène internationale par l'obtention
du Prix Sakharov du Parlement Européen en Juillet 1991
et du Prix Nobel de la Paix en Octobre 1991.
Cette "Mahatma" (grande âme en indi) rêve
depuis longtemps de voir les libertés fleurir dans
son pays. Liberté d'expression, de mouvement, de pensée...du
fin fond de sa villa surveillée, elle en rêve
intensément...Elle ose croire, elle espère...Elle
continue, sans relâche et avec une détermination
phénoménale, son combat pour l'instauration
de la liberté et la démocratie dans son pays...
Cette lutte pour la liberté fait de Aug San Suu Kyi,
l'une des personnalités politiques les plus authentiques
de ce siècle.
Déclarations de Aug San Suu Kyi :
Son fils Alexander, en recevant pour elle le prix Sakharov
du Parlement Européen en juillet 1991, a précisé
:
"Ma mère vous aurait dit qu'elle accepte ce prix,
non pas en son nom, mais au nom des hommes, des femmes et
des enfants birmans. Ceux qui, à l'heure où
je vous parle, continuent, pour la cause de la démocratie,
de sacrifier leur bien-être, leur liberté et
leur vie". (Le Monde 12 Décémbre 1991)
Dans le texte qu'elle a transmis au Parlement européen,
elle indique par ailleurs :
""On ne peut se contenter d'invoquer la liberté,
la démocratie et les droits de l'homme.
Il faut nous unir dans la volonté de poursuivre notre
combat, nous montrer prêts à faire des sacrifices
au nom de vérités durables, prêts à
résister au pouvoir corrupteur de la cupidité,
de l'esprit de vengeance, de l'ignorance et de la peur".
Bibliographie :