Les Nouvelles de Birmanie n°8 - Avril 2006
La lettre d'information electronique d'Info Birmanie


Sommaire
  • Crise monétaire en Birmanie
  • Le 28-29 avril : Condamnation unanime de la plus vaste offensive militaire lancée par la junte à l'encontre des opposants Karens
  • Le 28-29 avril : La junte a menacé d'inclure la LND sur la liste des " organisations terroristes ", ce qui pourrait entraîner son interdiction
  • Le 21 avril : Frustration partagée à l'encontre de la junte birmane chez l'UE et l'Asean
  • Le 10 avril : La Birmanie et la Corée du Nord renouent diplomatiquement
  • Du 2 au 9 avril : 1ère visite birmane en Russie depuis 40 ans : pétrole birman contre armes russes
  • " De la difficulté d'être à la fois musulman et birman "

Crise monétaire en Birmanie

En avril, le gén. Than Shwe a décidé d'augmenter de 1000% le salaire des membres de son gouvernement ce qui va provoquer une crise majeure en Birmanie et qui équivaut à une démonétisation, telle celle de 1988.

Le Kyat se négocie actuellement à un peu plus de 1'200 pour 1$ et d'ici quelques jours sera négocié à 1400.

Les prix ont augmenté déjà de plus de 10% et le fuel se trouve au marché noir pour 2,5$ le gallon.

Le 28-29 avril : Condamnation unanime de la plus vaste offensive militaire lancée par la junte à l'encontre des opposants Karens

L'Union européenne, les Etats-Unis (parlementaires et Département d'Etat), et plusieurs organisations internationales des droits de l'homme, dont Human Rights Watch, ont condamné les attaques récentes menées par la junte contre le peule Karen et l'accusent d'épuration ethnique à son égard. Ils exhortent le Conseil de sécurité de l'ONU à prendre des mesures urgentes contre la junte et le Département d'Etat a condamné les attaques récentes.
Les troupes de la junte conduisent depuis novembre la campagne militaire la plus agressive des 50 dernières années, ciblant en particulier la population Karen, environ 8 millions. Depuis novembre dernier, cette offensive a jeté sur les routes au moins 11.000 villageois karen, selon l'ONG Free Burma Rangers. L'armée a brûlé des villages, détruit des rizières et tué des civils dans les régions nord et ouest de l'Etat Kayin, a ajouté ce groupe. Pendant ces dernières semaines, plus de 15000 karens, civils de tous âges, en fuite, sont parvenus à atteindre des camps en Thaïlande pour échapper à ces brutalités. Des milliers d'autres se cachent dans les forêts. Le régime birman dément qu'une offensive soit en cours et que ses troupes aient violé les droits de l'Homme.
Trois hypothèses sont avancées pour expliquer l'ampleur de l'attaque :
- La montée en puissance des "durs" de la junte a "eu pour conséquence une augmentation des hostilités envers les minorités ethniques" depuis l'éviction en 2004 du No2 de la junte Khin Nyunt, qui avait négocié des cessez-le-feu avec 17 mouvements rebelles issus des minorités ethniques, (Human Rights Watch dans son rapport 2006)
- L'emplacement de la nouvelle capitale du pays, au centre-est du pays, proche du territoire karen
- Le nouveau statut de nation pétrolière et gazière auquel a accédé la Birmanie en ce début de siècle (très importants gisements de gaz en off shore de la côte de l'Arakan découvert en janvier 2006, ajoutés à ceux qui sont exploités depuis 1999, de l'estuaire de l'Irrawaddy à l'extrême Sud de la frontière avec la Thaïlande). Les investissements étrangers totaux de plus d'un milliard de dollars dans deux projets gaziers en pays karen pourraient expliquer pourquoi, depuis quelques mois, le général Than Shwe a lancé une offensive générale sans merci contre les Karen.
Il s'agirait, pour le gouvernement militaire, de faire place nette dans une région hostile, en mettant fin aux activités des Karen désignés comme " rebelles " et " terroristes " et qui constituent une menace sur les oléoducs et installations pétrolières et gazières construites pour l'exploration.
En dépit des critiques et des condamnations qui se sont multipliées à son encontre au sein de l'Asean et des Nations unies, les généraux birmans poursuivent l'offensive, conscients de l'importance accrue que leur pays revêt dans le Sud-Est asiatique. Au moins deux membres permanents du Conseil de sécurité, la Chine et la Russie, ont besoin de la Birmanie dans l'accomplissement de leurs stratégies géopolitique et économique. Ainsi, ils ne voteront pas de sanctions.

Le 28-29 avril : La junte a menacé d'inclure la LND sur la liste des " organisations terroristes ", ce qui pourrait entraîner son interdiction

Le principal parti d'opposition du Prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi, la LND, est menacé de dissolution. Le 28 avril, le ministre birman de l'information, le général Kyaw Hsan, a lié ce parti à " des groupes terroristes ".

" Le gouvernement dispose de preuves fortes et irréfutables selon lesquelles la LND a été impliquée avec des groupes anti-gouvernementaux, ainsi qu'avec des groupes terroristes, ce qui justifierait qu'elle soit déclarée illégale ", a affirmé le général, ajoutant toutefois, pour l'heure, " nous avons décidé de la laisser fonctionner ".

Selon un diplomate occidental, cette déclaration constituait, , un " premier avertissement ", l'interdiction de la LND n'était qu'une " question de temps ". Un autre diplomate a parlé d'un " tour de vis supplémentaire ", d'une " menace " explicite qui " peut se terminer par l'inscription de la LND sur la liste des organisations terroristes ". Il estime ainsi que le " dialogue de sourds " se poursuit entre la junte et l'opposition. Le ministre de l'Information avait rejeté une proposition lancée en février par la LND en vue d'un partage du pouvoir qui constituerait une transition vers la démocratie. " C'est simplement un fantasme, une ruse pour servir leurs intérêts ", a-t-il affirmé. Il avait toutefois ajouté que le gouvernement avait décidé de "laisser fonctionner" la LND.

La LND a immédiatement rejeté ces accusations de liens avec des groupes terroristes : " Nous rejetons l'accusation de liens avec des groupes terroristes. C'est totalement faux ", a dit à l'AFP Nyan Win, un porte-parole de la Ligue Nationale pour la Démocratie.

Le 21 avril : Frustration partagée à l'encontre de la junte birmane chez l'UE et l'Asean

Javier Solana, Haut représentant pour la politique extérieure de l'UE, a exprimé à Jakarta la même frustration que celle de l'Asean à l'encontre des généraux birmans qui ne montrent aucune volonté politique pour amener le pays sur la voie démocratique.

" Nous pensons qu'il nous faut étudier ensemble comment faire évoluer la Birmanie dans la direction vers laquelle elle est censée évoluer ", a déclaré M. Solana.

Trois jours avant, réunis de manière informelle à Ubud, ville située sur l'île indonésienne de Bali, les ministres des Affaires étrangères de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean) s'étaient penchés sur le processus de démocratisation en Birmanie. Ils se sont appuyés sur le rapport de leur collègue malaisien, Syed Hamid Albar, qui s'est rendu le mois dernier en Birmanie pour évaluer les progrès de la "feuille de route vers la démocratie" présentée par la junte militaire au pouvoir. Le secrétaire général de l'Asean, Ong Keng Yong, a concédé qu'il existait une "certaine impatience" parmi les membres de l'organisation au sujet du manque de progrès en Birmanie. L'Asean a estimé que la Chine et l'Inde sont les deux puissances qui ont "davantage de prise" et doivent "faire levier" sur la Birmanie.

De son côté, le 9 avril dernier, l'émissaire de l'Asean, Syed Hamid Albar, avait estimé que isoler la Birmanie, afin de la contraindre à respecter les droits de l'homme, serait une stratégie inefficace : "Si nous agissons de manière à isoler la Birmanie, cela ne sera en rien bénéfique car nous voulons voir une participation de la population. Si nous isolons (la Birmanie), cela aura un impact négatif plus important sur la population que sur la junte militaire" au pouvoir à Rangoun.

Le 10 avril : La Birmanie et la Corée du Nord renouent diplomatiquement

Dans sa quête de relations amicales avec les pays asiatiques, notamment la Chine, l'Inde et la Russie, la junte birmane a décidé de rétablir des relations diplomatiques avec la Corée du Nord, liens rompus en 1983.

La Corée du Nord est à la recherche de fournisseurs d'hydrocarbures sous forme de pétrole et de gaz. La Birmanie a de son côté besoin d'armements qu'elle ne peut trouver en Occident en raison du blocus. Elle compte donc sur la Corée du Nord, comme sur la Russie et sur la Chine, pour lui en fournir.
Par ailleurs, ce pays nucléaire est susceptible d'apporter à la junte une assistance technique dans ce domaine énergétique. Et ainsi lui apporter l'avantage de disposer alternativement d'une assistance scientifique supplémentaire.

Du 2 au 9 avril : 1ère visite birmane en Russie depuis 40 ans : pétrole birman contre armes russes

A l'invitation du président de la fédération de Russie, qui cherche à développer des relations amicales avec les pays asiatiques, une délégation conduite par le général Maung Aye, numéro deux du régime birman, s'est rendue à Moscou pour une visite officielle d'une semaine. Les divers entretiens se sont conclus par la signature de plusieurs accords de coopération, notamment un sur le pétrole birman en échange d'armes russes, signé entre la société russe Zarubejneft et le ministère de l'Énergie du Myanmar.

Un " mémorandum de compréhension mutuelle" sur la coopération stratégique dans le secteur des hydrocarbures et du gaz a été adopté. À cette occasion, le général Maung Aye a estimé que la coopération économique et commerciale entre la Russie et le Myanmar présentait un grand potentiel. "Nous invitons les entreprises russes à investir dans notre économie", avait exprimé le chef de la délégation birmane.

"La Russie échange ses armes contre des réserves naturelles utiles", a titré le journal russe Kommersant. "En échange de ses armes, la Birmanie s'est dite prête à autoriser la Russie à participer à l'exploitation de ses hydrocarbures", explique le journal. Alors que les agences russes n'évoquent que la signature du mémorandum, il précise que "lors des discussions ont été abordées les conditions de la livraison à la Birmanie de matériels militaires russes".

Par ailleurs, le journal observe que cette visite " survient tout de suite après la récente tournée du président russe Vladimir Poutine en Chine " et l'analyse ainsi comme " avant tout le signe d'une entente politique, dans la ligne du rapprochement croissant entre Moscou et Pékin ". Kommersant conclut qu'" en armant le régime birman, la Russie assure non seulement la stabilité de celui-ci, mais la sécurité énergétique de la Chine, de plus en plus impliquée dans la compétition pour les gisements d'hydrocarbures de Birmanie ".

ARTICLE

" De la difficulté d'être à la fois musulman et birman "

Courrier international - n° 803 - 23 mars 2006

Principalement originaire du sous-continent indien, la population birmane musulmane subit de nombreuses discriminations. Par réaction, elle se replie sur elle-même, notamment en créant ses propres écoles.

Les Birmans ont coutume de dire qu'il ne faut pas s'en faire si l'on perd le contrôle de sa bicyclette dans l'Arakan, Etat occidental du pays, car elle s'arrêtera contre un kala. Kala est un mot familier qui désigne les personnes étrangères ou qui viennent de l'extérieur, et, bien que les Caucasiens soient parfois qualifiés de kala blancs, ce vocable s'applique plus communément à des individus à la peau foncée, en général d'origine indienne. Si l'usage de ce terme laisse certains indifférents, d'autres le jugent offensant et avilissant - une véritable insulte pour des personnes dont les ancêtres se sont battus pour le pays et qui se considèrent comme des Birmans à part entière. De quelque manière que l'on considère ce terme, les musulmans originaires du sous-continent indien - il y a aussi une petite communauté de musulmans chinois, les Panthays, qui viennent de la province méridionale du Yunnan - n'en sont pas moins traités comme des étrangers.

Certains bouddhistes affirment que les musulmans refusent de s'intégrer et se moquent de leurs pratiques religieuses. D'autres parlent, en vous regardant droit dans les yeux, d'un vaste plan musulman visant à convertir les femmes à l'islam, à élever les enfants dans cette religion et à contrôler ainsi le pays. Un chauffeur de taxi bouddhiste de Rangoon a levé les yeux au ciel quand je lui ai demandé s'il aimait les musulmans. " Ils tuent le bétail ", m'a-t-il répondu, faisant allusion à l'Ai d El-Adha, la fête musulmane du Sacrifice. " Ils le tuent, alors que nous en avons besoin pour travailler dans les rizières ".

" Il est certain que notre image n'est pas bonne ", reconnaît Ahmed, chef spirituel d'une mosquée du centre de Rangoon, à la fin des prières du vendredi. " Nous recommandons aux membres de la communauté de se montrer discrets pour ne pas choquer, mais je pense que nous poussons parfois les autres à nous considérer comme des étrangers : par la manière dont certains d'entre nous s'habillent, par notre langage, nos activités. Nous sommes en partie responsables. "

Le gouvernement rendu responsable de la violence

La situation des musulmans dans le pays s'est nettement détériorée lorsque le général Ne Win s'est emparé du pouvoir, en 1962, à la faveur d'une vague de nationalisme. Chassés du gouvernement et de l'armée, ils se sont trouvés marginalisés. Selon un rapport de 2002 de l'ONG américaine Human Rights Watch, Répression contre les musulmans du Myanmar [http://hrw.org/backgrounder/asia/burma-bck.htm], " Il n'y a pas de directive écrite qui [leur] interdise l'accès au gouvernement ou la promotion au sein de celui-ci […], mais c'est ce qui se produit dans la pratique ".

" Il y a incontestablement une discrimination sur les lieux de travail ", affirme Aesop, un homme d'affaires musulman. " Il n'y a pas de musulman proviseur de lycée, directeur d'entreprise ou professeur. Dans l'armée, ils sont sergents et caporaux, mais on ne trouve aucun musulman dans les grades plus élevés ". Si les services de l'administration sont généralement lents, de nombreux musulmans ont le sentiment qu'ils le sont encore plus dans leur cas. " On nous prive de nos droits de citoyens. On confisque nos cartes d'identité - qui indiquent que nous sommes musulmans - ou l'on refuse de nous en délivrer une. Or, sans papiers d'identité, vous ne pouvez ni voyager, ni faire des affaires, ni étudier. C'est une forme de nettoyage ethnique. "

Un article paru le 2 décembre 2005 dans le journal gouvernemental The New Light of Myanmar sous le titre " Le Myanmar, un pays où tous les citoyens jouissent de la liberté de culte " fait beaucoup de battage autour des relations cordiales que le pays entretient avec sa communauté musulmane, qui représente officiellement 3,78 % de la population, mais 16 % selon d'autres estimations. Si cette version cadre parfaitement avec les grandes lignes de la Convention constitutionnelle en vigueur, qui souscrit à " la liberté de conscience et au droit d'adhérer à une religion et de la pratiquer à condition de respecter l'ordre public, la morale et la santé ", elle surprend ceux qui rendent le gouvernement responsable des vagues de violence dont les musulmans pâtissent ces dernières années.

Le rapport de Human Rights Watch présente un compte-rendu détaillé des événements de 2001, quand des foules en colère ont lancé des attaques à Sittwe, à Taungoo et à Prome contre des maisons et des commerces de musulmans ainsi que des mosquées. La plupart de ces actes, qui se sont soldés par des dizaines de morts et des centaines de bâtiments détruits, ont été attribués à des moines bouddhistes, même si des rapports fiables donnent à penser que les meneurs étaient des agents du gouvernement qui avaient pour mission de semer le désordre.

De jour en jour, les musulmans ont ainsi été amenés à se couper de la société, à devenir plus autonomes, plus repliés sur eux-mêmes. Mahmood, qui est chauffeur de bus, envoie son fils dans une école musulmane, où il étudie quotidiennement le Coran. Bien que lui-même ne soit pas un pratiquant particulièrement fervent, il a la charge d'une jeune famille et n'a pas les moyens de payer à tous ses enfants une éducation dans des établissements publics. L'école coranique est financée par un groupe d'entreprises privées saoudiennes et l'enseignement y est gratuit pour tous les enfants ayant des notions de l'islam. " Je suis si heureux pour mon fils, confie Mahmood. Son avenir est assuré. "

Les jeunes musulmans rejoignent les guérillas

Les écoles musulmanes financées par des sources étrangères privées sont de plus en plus nombreuses à Rangoon. Elles sont d'autant plus attrayantes que l'économie du pays est ruinée et le système d'enseignement en déliquescence [les universités sont régulièrement fermées depuis les insurrections de 1988]. L'image de musulmans " se débrouillant par eux-mêmes " fait elle aussi de plus en plus d'adeptes. " On entend parler de bouddhistes pauvres qui se convertissent à l'islam pour profiter des services funéraires gratuits offerts par les mosquées ", indique un journaliste de Rangoon. " Au point que les organisations bouddhistes se mettent elles aussi à offrir ces services. "

On pourrait croire que, privés de citoyenneté, victimes d'entraves à la liberté religieuse et de discriminations professionnelles, en proie à un sentiment croissant d'exclusion, les musulmans birmans sont des proies faciles pour les groupes extrémistes actifs dans la région. Mais, pour le moment, les jeunes musulmans mécontents ont plutôt tendance à fuir les villes et à rejoindre des groupes ethniques. L'Union des Birmans musulmans, que le gouvernement a coutume de présenter comme des " rebelles terroristes musulmans ", oeuvre aux côtés de l'Union nationale karen, un mouvement essentiellement laïc, et, même si elle a vu augmenter ses effectifs après les émeutes antimusulmanes des années 1980, elle demeure une force mineure.

Il semble donc qu'à l'heure actuelle il n'y ait pas de groupes extrémistes musulmans au Myanmar. Mais, au dire de beaucoup, ce n'est qu'une question de temps. " Si l'on continue à nous persécuter, fait remarquer Ahmed, le Myanmar pourrait devenir un vivier de terroristes. "

Harry Priestley
The Irrawaddy


Histoire

Les premiers musulmans à s'installer sur les pentes de l'Arakan, chaîne montagneuse située au bord de l'océan Indien, sont des marins perses ou arabes arrivés aux VIIIe et IXe siècles. Aux XIIe et XIIIe siècles, de nouveaux navigateurs viennent s'établir sur ces côtes et sont rejoints par les rohingyas, des musulmans originaires du Bangladesh d'aujourd'hui.

REFUGIES

Victimes d'isolement et de discrimination

Dans un rapport d'octobre 2005, la Commission islamique des droits de l'homme, une organisation non gouvernementale installée à Londres, souligne l'isolement profond de la communauté musulmane du Myanmar. Le rapport insiste sur la situation des musulmans de l'Etat d'Arakan, à l'ouest du pays, poussés à l'exil vers le Bangladesh voisin pour échapper à la répression. Mais, comme le relève le mensuel The Irrawaddy, les musulmans des Etats Mon et Karen de l'Est, à la frontière thaïlandaise, partent également se réfugier chez le voisin pour fuir les combats qui opposent guérillas et militaires de l'armée birmane. Dans la ville thaïlandaise de Mae Sot, " environ 30 000 Birmans musulmans vivent dans des camps de réfugiés. Mais les restrictions sur les déplacements et sur l'emploi font de la vie dans ces camps un choix peu attrayant pour la communauté musulmane. " Nombre d'entre-eux préfèrent s'installer au centre ville, dans " le dédale d'allées qui bordent la mosquée Bangalawalay. "

La majorité des réfugiés ne reçoivent aucun soutien et " les mosquées constituent la principale source d'aide et servent de point de ralliement culturel et religieux des membres de la communauté ". L'insurrection dans les Etats islamisés du Sud accentue la méfiance des autorités thaïlandaises à l'égard des réfugiés musulmans. Selon The Irrawaddy, " les violences dans le Sud ont affecté la communauté musulmane de Mae Sot. L'augmentation de la population musulmane a attiré l'attention des autorités, inquiètes à l'idée que l'insurrection s'étende à de nouvelles zones. Des religieux soulignent que de nombreux agents des services secrets thaïlandais rendent de fréquentes visites aux mosquées pour surveiller les activités des fidèles et les interroger sur des contacts possibles avec des groupes militants opérant dans d'autres parties du pays. " Mais, comme tous les autres réfugiés birmans, le magazine souligne qu'ils n'aspirent qu'à retourner dans " une Birmanie libre ".

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