Réouverture de la Convention
Nationale
La Convention Nationale birmane, en sommeil depuis 1996 suite au retrait
en 1995 de la Ligue Nationale pour la Démocratie (NLD), vient de reprendre
ses travaux lundi 17 mai, malgré l'absence du parti d'Aung San Suu Kyi.
La pression internationale qui a suivi l'arrestation du Prix Nobel de la
Paix le 30 mai 2003 lors d'une attaque d'une rare violence orchestrée par
la junte militaire avait obligé les autorités de Rangoun a faire montre de
bonne volonté en lançant l'idée d'une feuille de route dont l'un des point
principaux etaient le lancement d'une Convention Nationale.
La communauté internationale avait accueilli favorablement cette initiative,
tout en posant très clairement la question de sa forme. Concrètement, l'inquiétude
etait grande de voir le scénario de 1993 se répéter.
Ce double constat devait amener la Thaïlande a organiser, le 15 décembre
2003, une réunion interministérielle sur le thème de la démocratisation de
la Birmanie en présence des principaux voisins de celle-ci, auxquels se joignaient
la Chine, l'Inde, l'Australie, le Japon, et quatre pays européens dont la
France.
Cette réunion, dite "Processus de Bangkok", n'a pas amenée de vraies avancées,
mais au moins la junte militaire birmane semblait accepter de discuter de
son propre avenir avec un certain nombre d'autres pays.
Au cours des premiers mois de 2004, des libérations de prisonniers politiques
ou de journalistes sont intervenues, et de nombreux groupes d'opposition négociaient
avec les militaires leur participation à la Convention Nationale.
La libération d'Aung San Suu Kyi etait très souvent évoquée, ainsi que celle
de son bras droit Tin OO. Des nouvelles contradictoires parvenaient de Rangoun,
mais le contexte paraissait plus positif qu'il ne l'avait été depuis bien
longtemps dans ce pays.
La seconde réunion du Bangkok Process, prévue le 29 avril, aurait pu se
tenir dans des conditions assez favorables à toutes parties, si la junte
avait effectivement libéré Suu Kyi, avait permis la réouverture des bureaux
de son parti, et que le climat général avait amené l'opposition à participer
à la Convention Nationale.
Au lieu de cela, force est de constater que les militaires ont souhaité
rompre brutalement avec cette logique en ne libérant pas les deux principaux
dirigeants de la NLD, et en ne faisant pas le minimum de compromis qui auraient
amenés l'opposition à participer à la Convention Nationale.
De fait, et de l'avis même de l'ensemble des observateurs, ONU comprise,
et de la plupart des pays dont la Thaïlande, les Etats-Unis, l'UE, etc, cette
Convention n'a plus le moindre crédibilité, voire le moindre intérêt.
De ce point de vue, nous notons que les diplomates de très nombreux pays
ont refusé de se rendre dans la zone militaire, interdite aux journalistes,
et à fortiori aux ONG, où se tient ce qu'il faut bien considérer comme une
mascarade.
Nous demandons donc aux autorités militaires de Birmanie:
- de libérer l'ensemble des prisonniers politiques, dont Aung San Suu Kyi
- de clore la Convention Nationale
- de lancer un véritable Processus de dialogue avec l'opposition
- de renouer les liens pris avec la communauté internationale lors de la
rencontre de Bangkok le 15 décembre dernier
- de permettre la réouverture des bureaux des partis politiques
- de cesser les constantes atteintes aux droits humains dont la population
est victime depuis plusieurs décennies
Nous demandons également à la communauté internationale:
- de maintenir la pression mise sur la junte depuis juin 2003
- de favoriser le retour aux discussions lancées à Bangkok
- de prendre toutes les mesures nécessaires, y compris des sanctions ciblées
contre le régime birman