Birmanie>Net Hebdo n° 50 - 21 janvier 2004
La lettre d'information hebdomadaire d'Info Birmanie

 

 

Sommaire

  • Edito
  • Rencontre historique du numéro un birman et des chefs rebelles karen
  • La junte sévit toujours contre les dissidents 
  • Détérioration de la situation des droits de l'Homme en Birmanie
  • Nouvelle crise humanitaire en Birmanie
  • Le riz rend la junte nerveuse


Edito

L'année 2004 restera t'elle dans l'histoire de la Birmanie comme un tournant décisif ? Le moment où, après 42 ans de dictature, les militaires ont commencé à progressivement reprendre le chemin de leurs casernes et les civils à peser sur le devenir du pays ? Il est beaucoup trop tôt pour le dire, et la situation actuelle sur le terrain n'incite pas à l'optimisme. Mais il n'est pas possible non plus de l'exclure, tant les initiatives en cours vont indéniablement dans le bon sens. Après la feuille de route de Khin Nyunt, et les pourparlers avec divers groupes d'opposition qui accompagnent le point 3 de celle-ci, relatif à l'instauration d'une Convention Nationale, c'est au tour des voisins de la Birmanie de tenter de débloquer la situation politique.

Le 15 décembre, la Chine, l'Inde, le Japon, l'Australie, Singapour, l'Indonésie, la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Autriche, la Thaïlande et des représentants du SPDC se sont réunis à Bangkok à l'initiative de Thaksin Shinawatra, Premier Ministre Thaïlandais, pour tenter de sauver l'idée d'une feuille de route et de la réunion d'une Convention Nationale, tout en pesant sur la junte pour que celles-ci permettent réellement des progrès significatifs.

En clair, rien n'est fait, c'est le moins que l'on puisse dire, mais le fait que pour la première fois chinois et birmans acceptent de considérer que la situation politique de la Birmanie regarde ses voisins, et donc la communauté internationale, est un progrès loin d'être minime. Nous reviendrons largement sur l'initiative de Bangkok dans les numéros à venir, sans toutefois oublier qu'à l'intérieur du pays, les conditions de vie sont toujours aussi dures.

Mael Raynaud


Rencontre historique du numéro un birman et des chefs rebelles karen
Source: AFP, 20 janvier 2004   

Le numéro un de la junte birmane, le généralissime Than Shwe, a reçu mardi des responsables de l'Union nationale karen (KNU), la plus grande insurrection toujours active en Birmanie, qui négocient depuis la semaine dernière avec Rangoun un accord de paix, a-t-on appris de bonne source.
Cette rencontre sans précédent a soulevé les espoirs de voir prochainement annoncé un accord de cessez-le-feu entre le régime militaire
et l'une des plus vieilles guérillas au monde.
Une partie de la délégation de la KNU, conduite par son chef militaire historique, Bo Mya, a passé deux heures en matinée avec Than Shwe lors d'un entretien historique dans un bâtiment de réception de l'armée, selon des témoins.
Pour les analystes, la longueur exceptionnelle de la rencontre avec le numéro un du régime qui vit plutôt en reclus ainsi que l'endroit où elle
s'est déroulée --habituellement réservé aux chefs d'Etat étrangers-- sont le signe que les discussions de paix progressent.
"Nous espérons que quelque chose de positif va ressortir de cette rencontre", a déclaré une source proche de l'équipe de négociateurs karens.
La délégation devait être aussi invitée à dîner par le Premier ministre, le général Khin Nyunt, notamment pour célébrer le 76e anniversaire de Bo Mya, ancienne bête noire de la junte qui revient à Rangoun pour la première fois depuis 1958.
Selon des sources proches de la délégation karen, plusieurs accords devaient être scellés à l'issue de ces discussions qui se déroulent dans le
plus grand secret depuis jeudi dans la capitale birmane.
Les négociations portent en priorité sur un accord formel de cessez-le-feu pour mettre fin à une guérilla d'un demi-siècle. Les combats
ont provoqué des difficultés extrêmes pour les civils de l'ethnie karen, dont des dizaines de milliers de réfugiés vivent depuis des années dans des camps le long de la frontière thaïlandaise.
Il s'agit de la quatrième rencontre depuis la fin novembre entre la junte et l'insurrection karen.
Une réunion le 22 novembre à Mae Sot, ville à la frontière thaïlandaise, avait marqué la reprise de discussions arrêtées au milieu des années 90.
La KNU est l'un des derniers groupes ethniques armés à resister encore au pouvoir central birman et compterait aujourd'hui quelque 7.000 combattants.
Un accord de cessez-le-feu serait un succès majeur pour le gouvernement militaire birman qui tente de rallier les nombreux groupes ethniques à son projet de convention nationale appelée à rédiger une Constitution avant la tenue d'élections.
Si l'optimisme prévalait à Rangoun, des représentants de la KNU à la frontière thaïlandaise ont fait état mardi de l'afflux en Thaïlande de
nouveaux flots de réfugiés, poussés à fuir par les combats se poursuivant entre les Karens et la Tatmadaw, la redoutable armée birmane.

La junte sévit toujours contre les dissidents
Source: The Irrawaddy, 5 janvier 2004  
par Kyaw Zwa Moe

"Une nouvelle année, mais la junte, elle, reste la même ".

Le gouvernement militaire birman sévit toujours contre les dissidents à l’intérieur du pays, d’après le témoignage daté d' aujourd’hui d’un groupe basé en Thaïlande, luttant pour les droits birmans. En effet, l’armée aurait arrêté plusieurs membres de l’opposition à l’approche de la nouvelle Année.
Une vingtaine d’insoumis a été appréhendé à travers le pays au cours des semaines dernières, affirma Tate Naing, secrétaire de l’AAPP (Association d’Assistance aux Prisonniers Politique birmans), en Thaïlande.
Vendredi, le service de renseignement militaire de la junte a mis la main sur deux membres du parti d‘opposition, la NLD (Ligue Nationale pour la Démocratie) dans le secteur de Mandalay, toujours d’après Tate Naing. Il a également ajouté que 17 autres dissidents, dont 15 membres de la NLD, ont aussi été arrêtés dans les divisions de Rangoun, Mandalay, et du Tenasserim en décembre dernier.
Ils ont été arrêtés à cause de leurs activités politiques, mais aucun détail sur ces activités n’a été divulgué, précise-t’il. La majorité de ces nouveaux détenus sont victimes de l’attaque contre l’opposition du 30 Mai 2003, dans le centre du pays. En Mai, les membres de l'USDA, un groupe civil soutenu par la junte ont tendu une embuscade au convoi de la NLD à Depayin, tuant des douzaines de personnes, les autres ayant disparu. L’attaque s’est soldée par l’arrestation de plusieurs membres du groupe d’opposants, dont Aung San Suu Kyi, leader du parti.
"Les arrestations des membres de la NLD en Birmanie après celles du 30 Mai, ne font que commencer ", a déclaré Tate Naing dans un communiqué de l’AAPP publié jeudi 1er janvier. " Nous dénonçons, suite à ces arrestations, le gouvernement militaire qui parle souvent de réinstaurer la démocratie en Birmanie. "
Le 4 Janvier 2003, jour du 56ème anniversaire de l’indépendance, le leader de la junte, Than Shwe a diffusé un message dans lequel il a appelé les représentants des minorités ethniques à participer à l’élaboration d’un plan de conduite politique débouchant sur la construction d’un pays démocratique. Le Général Myint Swe, commandant de la division de Rangoun a alors lu publiquement ce rapport à l’occasion d’une cérémonie officielle dans la capitale. Le Premier ministre birman, le Général Khin Nyunt a proposé une feuille de route en sept points pour une réconciliation nationale prévue en Août.
Mais le leader Shan Hkun Htun Oo a critiqué le projet de la junte. Il a affirmé à Rangoun qu’il serait préférable que le plan résulte de négociations tripartites entre les dirigeants militaires, ethniques, et démocratiques.
Il a ajouté que la junte devrait assurer que le plan garantisse les droits des ethnies, faute de quoi leur participation à ce projet n’aurait aucun sens.


Détérioration de la situation des droits de l'Homme en Birmanie (Amnesty)
Source: AFP, le 22 décembre 2003

Amnesty International s'est dite préoccupée lundi face à la détérioration des droits de l'Homme en Birmanie après une mission dans ce pays où elle n'a pas été autorisée à rencontrer l'opposante Aung San Suu Kyi.Deux représentantes de l'organisation basée à Londres ont livré lors d'une conférence de presse leurs premiers commentaires après une visite effectuée du 2 au 19 décembre dans le pays dirigé par une junte."Nous n'avons pas été autorisés à voir Aung San Suu Kyi (qui est) en résidence surveillée", a déclaré Catherine Baber, numéro deux d'Amnesty International en Asie-Pacifique, "l'explication qui nous a été donnée est que ce n'était pas pratique à ce moment-là".Mme Suu Kyi avait été arrêtée le 30 mai à la suite de violents incidents, apparemment orchestrés par la junte, entre des hommes de main du régime et des membres de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND)."Après le 30 mai, il y a eu une poussée des arrestations de ceux qui exerçaient pacifiquement leur droit à la liberté d'expression et d'association", a dit Mme Baber.La junte, selon elle, "a reconnu" que 24 personnes arrêtées le 30 mai étaient toujours détenues et que 53 autres avaient depuis été mises sous les verrous."Ces prisonniers continuent d'être détenus sans avoir été inculpés, où sont poursuivis aux termes de législations profondément faussées lors de procès qui ne répondent pas aux normes internationales", a dit Mme Barber.La délégation d'Amnesty, qui a pu rencontrer 35 prisonniers en Birmanie lors d'entretiens confidentiels, a estimé leur nombre total dans le pays à L'année qui s'achève a été marquée par "un recul (...) très problématique" de la situation des droits de l'Homme, a ajouté la représentante d'Amnesty, qui a appelé à la "libération immédiate et inconditionnelle" des prisonniers de conscience.Amnesty a demandé à Rangoun d'autoriser une enquête indépendante sur les violences du 30 mai qui aboutirait au jugement des coupables et d'agir sur le "trou noir" de la mise au secret de personnes sans inculpation ni jugement qui permette, selon l'organisation, de faire régner un climat de peur.Amnesty International avait été autorisée pour la première fois en février dernier à effectuer une mission en Birmanie après des années de vaines requêtes. La junte utilise ce genre de visite, estiment les experts, pour donner un gage de sa bonne volonté à la communauté internationale, mais ne concède rien sur le fond.


Nouvelle crise humanitaire en Birmanie
Source: rapport de Free Burma Rangers, le 8 Janvier 2004    

Nouveau déplacement de population à l’intérieur du pays : il y a maintenant plus de 1000 nouveaux Karen et Karenni, qui fuient les attaques de l’armée birmane et les déplacement forcés. Ces populations, victimes de déplacements forcés se sont cachés dans la jungle au nord de l’état Karen près de la frontière Karen et Karenni. C’est la partie nord du secteur de Muthraw, état Karen, au nord-est du village Naw Yo Hta. La plupart sont malades et il n’y a pas assez de nourriture pour tous les nourrir.

État Karen : secteur de Muthraw, état Karen.
L’armée birmane a attaqué le village de Ka Lae Lo, le 30 décembre 2003, chassé les villageois, pillé les maisons, brûlé deux granges à riz, et détruit deux autres. Deux villageois ont été torturés. Le bataillon d’attaque était divisé en deux colonnes, la première commandée par Thaing Shwey, la deuxième commandée par Aung Mya Hteo. Le bataillon "LIB 568" était assisté par Saw Kyu Kyu et Saw Paw Lu et 10 à 15 hommes de factions détachées de l’organisation de solidarité Kayin (KSO) et du front de libération national des peuples de Karenni (KNPLF). Après l’attaque de Ka Lae Lo, le bataillon "LIB 568" a chassé les villageois de Lay Wah, Thay Ba Htee, Mar Mee dans la jungle. Ces populations ont rejoint les villageois de Ka Lae Lo, qui étaient déjà 557, et ont fui au sud, dans les profondeurs du secteur de Muthraw, dans l’état Karen à une semaine de marche de Naw Yo Hto. Une femme a donné naissance à un enfant lorsque le peuple fuyait, un enfant est né aujourd’hui (le 7 janvier 2004), et quatre femmes sont enceintes. Toutes ces personnes déplacées de force vivent dans les hauteurs cachées des montagnes avec pour seule nourriture ce qu’ils avaient sauvé. Encore de nombreux Karen, victimes aussi de ce déplacement en masse, sont attendus dans cette région cette semaine.

Karenni : sud de l’état de Karenni, au sud de Mawchi, le long de la frontière de l’état Karen. 235 Karenni sont maintenant arrivés dans la même cachette que les populations déplacées Karen, alors qu’ils fuyaient les attaques de l’armée birmane et les déplacements forcés dans l’état Karenni. Les 220 autres qui ne sont toujours pas arrivés, sont maintenant –dit-on- sans nourriture et doivent marcher pendant 2 jours encore avant d’atteindre les autres. Le 26 décembre 2003, la 55ème division de l’armée birmane à Mawchi dans l’état Karenni a ordonné aux chefs de 50 villages de 3 municipalités que tous les villageois soient déplacés de Mahnntalay sur la route de Mawchi-Pasuang, près de la rive ouest de Salween. L’ordre précisait que " toute personne n’ayant pas obéi dans les 10 jours, sera considéré rebelle et donc tué ". Les chefs de villages avaient été prévenus que tous les villages de Karenni allaient être évacué dans les 3 mois du 2ème district au sud de l’état Karenni et les villageois déplacés dans le site. L’armée birmane prévoit de nettoyer la région, de tuer toutes personnes qui n’obéiraient pas et d’installer des mines (terrestres) anti-personnelles pour arrêter toutes personnes qui feraient demi-tour. Avant que les 10 jours ne se soient écoulés, 100 troupes de la 55ème division, l’armée birmane sont arrivée à Pha Ho par l’est des montagnes de Nat Taung le 29 décembre et ont chassés les habitants du village. Les troupes de l’armée birmane ont mis à sac le village et volé les biens des habitants. Ils ont aussi pillé le village de Kae Lay Moo et chassé les villageois. Les troupes de l’armée birmane ont incendié les villageois avec des armes et du mortier, alors qu’ils fuyaient, mais jusqu’ici aucun rapport sur le nombre de personnes tuées n’a été fait.

Les Karenni pensent que l’armée birmane va ouvrir une mine de wolfram près de la frontière entre les états Karen et Karenni et prévoit de construire une route de la mine à Mawchi. L’armée birmane nettoie la région, chassent tous les habitants de Karenni et ont miné pour la région pour tenir la population à distance. Le 13 décembre, un homme Saw Day Kwa a été tué et sa fille âgée de 14 ans a été gravement blessée à cause d’une de ces mines de l’armée birmane. Ils étaient originaires d’un village appelé Lo Ka Lo. Cette mine avait été placée par l’unité LIB 568 commandé par Thin Shwee Oo de l’armée birmane.

En résumé : C’est une crise humanitaire. Ce peuple a besoin dans l’urgence de nourriture, d’un toit et de protection. Ils voudraient aussi pouvoir rentrer chez eux et non faire face à l’oppression birmane.

Le riz rend la junte nerveuse

La Birmanie vient de décréter une interdiction soudaine d ' exportation de son riz . La junte qui dirige ce pays d'une main de fer entend ainsi éviter toute manifestation liée à une augmentation du prix de ce produit alimentaire de base.

Les autorités militaires craignent par-dessus tout une envolée du prix du riz, qui risquerait de provoquer des manifestations.

Depuis le 1 er janvier, les négociants birmans n'ont plus le droit de vendre du riz à l'extérieur du pays. Cette interdiction brutale a immédiatement eu des effets négatifs : elle a provoqué une chute des cours de cette production stratégique et l ' inquiétude des cultivateurs. Par ailleurs, des exportateurs encourent déjà des actions en justice faute d ' avoir pu livrer les quantités promises de riz à leurs clients étrangers." Les autorités ont le chic pour prendre des mesures comme ça sans réfléchir aux répercussions " , estime un analyste, surpris, comme bien d ' autres, de voir le gouvernement militaire annoncer une telle mesure alors qu ' il avait lancé en avril le début d ' une étonnante libéralisation de ce marché, monopole d ' Etat depuis 40 ans.

Récolte record

Cette décision avait été bien accueillie par les récoltants qui, pensant qu ' elle ferait monter les cours, avaient augmenté leur production. Ainsi, la nouvelle récolte s ' élève à 21 millions de tonnes, un record. Mais alors qu 'elle arrive sur le marché, le prix du paddy, ou riz non décortiqué, est passé de 90.000 kyat la tonne (l ' équivalent de 70 euros au marché noir), à moins de 50.000 kyat , en dessous du prix à la production.

Coup dur pour les paysans

Comment expliquer que la junte qui dirige la Birmanie mette ainsi dans une situation difficile des millions de paysans ? " Les autorités militaires sont très inquiètes des risques potentiels en matière de sécurité, comme des manifestations, qui pourraient être induits par des hausses de prix " , explique un autre analyste.
Les derniers troubles d ' ampleur en Birmanie se sont produits en 1988 avec des manifestations en faveur de la démocratie mais dans un contexte d ' exaspération grandissante de la population devant les difficultés économiques. Elles avaient été réprimées dans le sang, et depuis, la junte de Rangoon s ' assure de tuer dans l 'œuf toute velléité de protestation dans ce pays exsangue qui est l ' objet de sanctions économiques occidentales pénalisantes,  sanctions qui ont été alourdies après la nouvelle arrestation en mars de l ' opposante et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi.

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