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Edito
L'année
2004 restera t'elle dans l'histoire de la Birmanie comme un tournant
décisif ? Le moment où, après 42 ans de
dictature, les militaires ont commencé à progressivement reprendre
le chemin de leurs casernes et les civils à peser sur le devenir du
pays ? Il est beaucoup trop tôt pour le
dire, et la situation actuelle sur le terrain n'incite pas à
l'optimisme. Mais il n'est pas possible non plus de l'exclure, tant
les initiatives en cours vont indéniablement dans le bon sens. Après
la feuille de route de Khin Nyunt, et les pourparlers avec divers
groupes d'opposition qui accompagnent le point 3 de celle-ci,
relatif à l'instauration d'une Convention Nationale, c'est au tour
des voisins de la Birmanie de tenter de débloquer la situation
politique.
Le 15 décembre, la Chine, l'Inde, le Japon,
l'Australie, Singapour, l'Indonésie, la France, l'Allemagne,
l'Italie, l'Autriche, la Thaïlande et des représentants du SPDC se
sont réunis à Bangkok à l'initiative de Thaksin Shinawatra, Premier
Ministre Thaïlandais, pour tenter de sauver l'idée d'une feuille de
route et de la réunion d'une Convention Nationale, tout en pesant
sur la junte pour que celles-ci permettent réellement des progrès
significatifs.
En clair, rien n'est fait, c'est le moins que
l'on puisse dire, mais le fait que pour la première fois chinois et
birmans acceptent de considérer que la situation politique de la
Birmanie regarde ses voisins, et donc la communauté internationale,
est un progrès loin d'être minime. Nous reviendrons largement sur
l'initiative de Bangkok dans les numéros à venir, sans toutefois
oublier qu'à l'intérieur du pays, les conditions de vie sont
toujours aussi dures.
Mael Raynaud
Rencontre historique du
numéro un birman et des chefs rebelles
karen Source: AFP, 20 janvier
2004
Le numéro un de la junte birmane, le
généralissime Than Shwe, a reçu mardi des responsables de l'Union
nationale karen (KNU), la plus grande insurrection toujours active
en Birmanie, qui négocient depuis la semaine dernière avec Rangoun
un accord de paix, a-t-on appris de bonne source. Cette rencontre
sans précédent a soulevé les espoirs de voir prochainement annoncé
un accord de cessez-le-feu entre le régime militaire et l'une des
plus vieilles guérillas au monde. Une partie de la délégation de
la KNU, conduite par son chef militaire historique, Bo Mya, a passé
deux heures en matinée avec Than Shwe lors d'un entretien historique
dans un bâtiment de réception de l'armée, selon des témoins. Pour
les analystes, la longueur exceptionnelle de la rencontre avec le
numéro un du régime qui vit plutôt en reclus ainsi que l'endroit où
elle s'est déroulée --habituellement réservé aux chefs d'Etat
étrangers-- sont le signe que les discussions de paix
progressent. "Nous espérons que quelque chose de positif va
ressortir de cette rencontre", a déclaré une source proche de
l'équipe de négociateurs karens. La délégation devait être aussi
invitée à dîner par le Premier ministre, le général Khin Nyunt,
notamment pour célébrer le 76e anniversaire de Bo Mya, ancienne bête
noire de la junte qui revient à Rangoun pour la première fois depuis
1958. Selon des sources proches de la délégation karen, plusieurs
accords devaient être scellés à l'issue de ces discussions qui se
déroulent dans le plus grand secret depuis jeudi dans la capitale
birmane. Les négociations portent en priorité sur un accord
formel de cessez-le-feu pour mettre fin à une guérilla d'un
demi-siècle. Les combats ont provoqué des difficultés extrêmes
pour les civils de l'ethnie karen, dont des dizaines de milliers de
réfugiés vivent depuis des années dans des camps le long de la
frontière thaïlandaise. Il s'agit de la quatrième rencontre
depuis la fin novembre entre la junte et l'insurrection
karen. Une réunion le 22 novembre à Mae Sot, ville à la frontière
thaïlandaise, avait marqué la reprise de discussions arrêtées au
milieu des années 90. La KNU est l'un des derniers groupes
ethniques armés à resister encore au
pouvoir central birman et compterait aujourd'hui quelque 7.000
combattants. Un accord de cessez-le-feu serait un succès majeur
pour le gouvernement militaire birman qui tente de rallier les
nombreux groupes ethniques à son projet de convention nationale
appelée à rédiger une Constitution avant la tenue d'élections. Si
l'optimisme prévalait à Rangoun, des représentants de la KNU à la
frontière thaïlandaise ont fait état mardi de l'afflux en Thaïlande
de nouveaux flots de réfugiés, poussés à fuir par les combats se
poursuivant entre les Karens et la Tatmadaw, la redoutable armée
birmane.
La junte sévit toujours
contre les dissidents Source: The Irrawaddy, 5
janvier 2004 par Kyaw Zwa Moe
"Une nouvelle
année, mais la junte, elle, reste la même ".
Le gouvernement
militaire birman sévit toujours contre les dissidents à l’intérieur
du pays, d’après le témoignage daté d' aujourd’hui d’un groupe basé
en Thaïlande, luttant pour les droits birmans. En effet, l’armée
aurait arrêté plusieurs membres de l’opposition à l’approche de la
nouvelle Année. Une vingtaine d’insoumis a été appréhendé à
travers le pays au cours des semaines dernières, affirma Tate Naing,
secrétaire de l’AAPP (Association d’Assistance aux Prisonniers
Politique birmans), en Thaïlande. Vendredi, le service de
renseignement militaire de la junte a mis la main sur deux membres
du parti d‘opposition, la NLD (Ligue Nationale pour la Démocratie)
dans le secteur de
Mandalay, toujours
d’après Tate Naing. Il a également ajouté que 17 autres dissidents,
dont 15 membres de la NLD, ont aussi été arrêtés dans les divisions
de Rangoun, Mandalay, et du Tenasserim en décembre dernier. Ils
ont été arrêtés à cause de leurs activités politiques, mais aucun
détail sur ces activités n’a été divulgué, précise-t’il. La majorité de ces nouveaux détenus
sont victimes de l’attaque contre l’opposition du 30 Mai 2003, dans
le centre du pays. En Mai, les membres de l'USDA, un groupe civil
soutenu par la junte ont tendu une embuscade au convoi de la NLD à
Depayin, tuant des douzaines de personnes, les autres ayant disparu.
L’attaque s’est soldée par l’arrestation de plusieurs membres du
groupe d’opposants, dont Aung San Suu Kyi, leader du parti. "Les
arrestations des membres de la NLD en Birmanie après celles du 30
Mai, ne font que commencer ", a déclaré Tate Naing dans un
communiqué de l’AAPP publié jeudi 1er janvier.
" Nous dénonçons, suite à ces arrestations, le gouvernement
militaire qui parle souvent de réinstaurer la démocratie en
Birmanie. " Le 4 Janvier 2003, jour du 56ème anniversaire de
l’indépendance, le leader de la junte, Than Shwe a diffusé un
message dans lequel il a appelé les représentants des minorités
ethniques à participer à l’élaboration d’un plan de conduite
politique débouchant sur la construction d’un pays démocratique. Le
Général Myint Swe, commandant de la division de Rangoun a alors lu
publiquement ce rapport à l’occasion d’une cérémonie officielle dans
la capitale. Le Premier ministre birman, le Général Khin Nyunt a
proposé une feuille de route en sept points pour une réconciliation
nationale prévue en Août. Mais le leader Shan Hkun Htun Oo a
critiqué le projet de la junte. Il a affirmé à Rangoun qu’il serait
préférable que le plan résulte de négociations tripartites entre les
dirigeants militaires, ethniques, et démocratiques. Il a ajouté
que la junte devrait assurer que le plan garantisse les droits des
ethnies, faute de quoi leur participation à ce projet n’aurait aucun
sens.
Détérioration de la
situation des droits de l'Homme en Birmanie
(Amnesty) Source: AFP, le 22 décembre
2003
Amnesty International s'est dite préoccupée lundi face à
la détérioration des droits de l'Homme en Birmanie après une mission
dans ce pays où elle n'a pas été autorisée à rencontrer l'opposante
Aung San Suu Kyi.Deux représentantes de l'organisation basée à
Londres ont livré lors d'une conférence de presse leurs premiers
commentaires après une visite effectuée du 2 au 19 décembre dans le
pays dirigé par une junte."Nous n'avons pas été autorisés à voir
Aung San Suu Kyi (qui est) en résidence surveillée", a déclaré
Catherine Baber, numéro deux d'Amnesty International en
Asie-Pacifique, "l'explication qui nous a été donnée est que ce
n'était pas pratique à ce moment-là".Mme Suu Kyi avait été arrêtée
le 30 mai à la suite de violents incidents, apparemment orchestrés
par la junte, entre des hommes de main du régime et des membres de
son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND)."Après le 30
mai, il y a eu une poussée des arrestations de ceux qui exerçaient
pacifiquement leur droit à la liberté d'expression et
d'association", a dit Mme Baber.La junte, selon elle, "a reconnu"
que 24 personnes arrêtées le 30 mai étaient toujours détenues et que
53 autres avaient depuis été mises sous les verrous."Ces prisonniers
continuent d'être détenus sans avoir été inculpés, où sont
poursuivis aux termes de législations profondément faussées lors de
procès qui ne répondent pas aux normes internationales", a dit Mme
Barber.La délégation d'Amnesty, qui a pu rencontrer 35 prisonniers
en Birmanie lors d'entretiens confidentiels, a estimé leur nombre
total dans le pays à L'année qui s'achève a été marquée par "un
recul (...) très problématique" de la situation des droits de
l'Homme, a ajouté la représentante d'Amnesty, qui a appelé à la
"libération immédiate et inconditionnelle" des prisonniers de
conscience.Amnesty a demandé à Rangoun d'autoriser une enquête
indépendante sur les violences du 30 mai qui aboutirait au jugement
des coupables et d'agir sur le "trou noir" de la mise au secret de
personnes sans inculpation ni jugement qui permette, selon
l'organisation, de faire régner un climat de peur.Amnesty
International avait été autorisée pour la première fois en février
dernier à effectuer une mission en Birmanie après des années de
vaines requêtes. La junte utilise ce genre de visite, estiment les
experts, pour donner un gage de sa bonne volonté à la communauté
internationale, mais ne concède rien sur le
fond.
Nouvelle crise humanitaire
en Birmanie Source: rapport de Free Burma Rangers,
le 8 Janvier 2004
Nouveau
déplacement de population à l’intérieur du pays
: il y a maintenant plus de 1000 nouveaux Karen et Karenni,
qui fuient les attaques de l’armée birmane et les déplacement
forcés. Ces populations, victimes de déplacements forcés se sont
cachés dans la jungle au nord de l’état Karen près de la frontière
Karen et Karenni. C’est la partie nord du secteur de Muthraw, état
Karen, au nord-est du village Naw Yo Hta. La plupart sont malades et
il n’y a pas assez de nourriture pour tous les nourrir.
État
Karen : secteur de Muthraw, état
Karen. L’armée birmane a attaqué le village de Ka Lae Lo, le 30
décembre 2003, chassé les villageois, pillé les maisons, brûlé deux
granges à riz, et détruit deux autres. Deux villageois ont été
torturés. Le bataillon d’attaque était divisé en deux colonnes, la
première commandée par Thaing Shwey, la deuxième commandée par Aung
Mya Hteo. Le bataillon "LIB 568" était assisté par Saw Kyu Kyu et
Saw Paw Lu et 10 à 15 hommes de factions détachées de l’organisation
de solidarité Kayin (KSO) et du front de libération national des
peuples de Karenni (KNPLF). Après l’attaque de Ka Lae Lo, le
bataillon "LIB 568" a chassé les villageois de Lay Wah, Thay Ba
Htee, Mar Mee dans la jungle. Ces populations ont rejoint les
villageois de Ka Lae Lo, qui étaient déjà 557, et ont fui au sud,
dans les profondeurs du secteur de Muthraw, dans l’état Karen à une
semaine de marche de
Naw Yo Hto. Une femme a donné naissance à un enfant lorsque le
peuple fuyait, un enfant est né aujourd’hui (le 7 janvier 2004), et
quatre femmes sont enceintes. Toutes ces
personnes déplacées de force vivent dans les hauteurs cachées des
montagnes avec pour seule nourriture ce qu’ils avaient sauvé. Encore
de nombreux Karen, victimes aussi de ce déplacement en masse, sont
attendus dans cette région cette semaine.
Karenni : sud de l’état de Karenni, au sud de
Mawchi, le long de la frontière de l’état Karen. 235 Karenni sont
maintenant arrivés dans la même cachette que les populations déplacées Karen, alors qu’ils
fuyaient les attaques de l’armée birmane et les déplacements forcés
dans l’état Karenni. Les 220 autres qui ne sont toujours pas
arrivés, sont maintenant –dit-on- sans nourriture et doivent marcher
pendant 2 jours encore avant d’atteindre les autres. Le 26 décembre
2003, la 55ème division de l’armée birmane à Mawchi dans l’état
Karenni a ordonné aux chefs de 50 villages de 3 municipalités que
tous les villageois soient déplacés de Mahnntalay sur la route de
Mawchi-Pasuang, près de la rive ouest de Salween. L’ordre précisait
que " toute personne n’ayant pas obéi dans
les 10 jours, sera considéré rebelle et donc tué ". Les chefs de
villages avaient été prévenus que tous les villages de Karenni
allaient être évacué dans les 3 mois du 2ème district au sud de
l’état Karenni et les villageois déplacés dans le site. L’armée
birmane prévoit de nettoyer la région, de tuer toutes personnes qui
n’obéiraient pas et d’installer des mines (terrestres)
anti-personnelles pour arrêter toutes personnes qui feraient
demi-tour. Avant que les 10 jours ne se soient écoulés, 100 troupes
de la 55ème division, l’armée birmane sont arrivée à Pha Ho par
l’est des montagnes de Nat Taung le 29 décembre et ont chassés les
habitants du village. Les troupes de l’armée birmane ont mis à sac
le village et volé les biens des habitants. Ils ont aussi pillé le
village de Kae Lay Moo et chassé les villageois. Les troupes de
l’armée birmane ont incendié les villageois avec des armes et du
mortier, alors qu’ils fuyaient, mais jusqu’ici aucun rapport sur le
nombre de personnes tuées n’a été fait.
Les Karenni pensent
que l’armée birmane va ouvrir une mine de wolfram près de la
frontière entre les états Karen et Karenni et prévoit de construire
une route de la mine à Mawchi. L’armée birmane nettoie la région,
chassent tous les habitants de Karenni et ont miné pour la région
pour tenir la population à distance. Le 13 décembre, un homme Saw
Day Kwa a été tué et sa fille âgée de 14
ans a été gravement blessée à cause d’une de ces mines de l’armée
birmane. Ils étaient originaires d’un village appelé Lo Ka Lo. Cette
mine avait été placée par l’unité LIB 568 commandé par Thin Shwee Oo
de l’armée birmane.
En résumé :
C’est une crise humanitaire. Ce peuple a besoin dans l’urgence de
nourriture, d’un toit et de protection. Ils voudraient aussi pouvoir
rentrer chez eux et non faire face à l’oppression
birmane.
Le riz rend la junte
nerveuse
La Birmanie vient de décréter une
interdiction soudaine d ' exportation de son riz
. La junte qui dirige ce pays d'une main de fer entend ainsi
éviter toute manifestation liée à une augmentation du prix de ce
produit alimentaire de base.
Les autorités militaires
craignent par-dessus tout une envolée du prix du riz, qui risquerait
de provoquer des manifestations.
Depuis le 1 er janvier, les
négociants birmans n'ont plus le droit de vendre du riz à
l'extérieur du pays. Cette interdiction brutale a immédiatement eu
des effets négatifs : elle a provoqué une
chute des cours de cette production stratégique et l ' inquiétude
des cultivateurs. Par ailleurs, des exportateurs encourent déjà des
actions en justice faute d ' avoir pu livrer les quantités promises
de riz à leurs clients étrangers." Les autorités ont le chic pour
prendre des mesures comme ça sans réfléchir aux répercussions " , estime un analyste, surpris, comme bien d '
autres, de voir le gouvernement militaire annoncer une telle mesure
alors qu ' il avait lancé en avril le début d ' une étonnante
libéralisation de ce marché, monopole d ' Etat depuis 40
ans.
Récolte record
Cette décision avait été bien
accueillie par les récoltants qui, pensant qu ' elle ferait monter
les cours, avaient augmenté leur production. Ainsi, la nouvelle
récolte s ' élève à 21 millions de tonnes, un record. Mais alors qu
'elle arrive sur le marché, le prix du paddy, ou riz non décortiqué,
est passé de 90.000 kyat la tonne (l ' équivalent de 70 euros au
marché noir), à moins de 50.000 kyat , en dessous du prix à la
production.
Coup dur pour les paysans
Comment
expliquer que la junte qui dirige la Birmanie mette ainsi dans une
situation difficile des millions de paysans
? " Les autorités militaires sont
très inquiètes des risques potentiels en matière de sécurité, comme
des manifestations, qui pourraient être induits par des hausses de
prix " , explique un autre analyste. Les derniers troubles d '
ampleur en Birmanie se sont produits en 1988 avec des manifestations
en faveur de la démocratie mais dans un contexte d ' exaspération
grandissante de la population devant les difficultés économiques.
Elles avaient été réprimées dans le sang, et depuis, la junte de
Rangoon s ' assure de tuer dans l 'œuf toute velléité de
protestation dans ce pays exsangue qui est l ' objet de sanctions
économiques occidentales pénalisantes,
sanctions qui ont été alourdies après la nouvelle
arrestation en mars de l ' opposante et prix Nobel de la paix Aung
San Suu Kyi.
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