Birmanie>Net Hebdo n° 53 - 12 février 2004
La lettre d'information hebdomadaire d'Info Birmanie



Sommaire 

  • La Convention Nationale devrait se réunir cette année

  • La Birmanie et la guérilla karen cessent 50 ans d'hostilités 

  • Une épine dans le pied de Total

  • Accord entre Swift et la junte birmane



La Convention Nationale devrait se réunir cette année
Source: The Irrawaddy, 10 février 2004

Le 10 Février 2004, le gouvernement militaire de Birmanie a réitéré son engagement à reconvoquer la Convention Nationale du pays afin d'ellaborer une nouvelle constitution avant la fin de cette année. Toutefois, au jour d'aujourd'hui, aucun emploi du temps n'a encore été fixé.

Le ministre des affaires étrangères Win Aung a confié à l'AFP que la conférence devrait recommencer "peut être dans les six premiers mois [de l'année] ou pendant les six mois suivants, cela dépendra de l'avancée de nos travaux". Il fit ce commentaire lundi dernier, alors que se tenait, en Thaïlande, la conférence de la BIMSTEC (Bangladesh, India, Myanmar, Sri Lanka and Thaïlande Economic Cooperation).Win Aung déclara aux journalistes:"Le gouvernement fait ce qu'il peut pour normaliser la situation". Il assura que le principal parti d'opposition, la Ligue Nationale pour la Démocratie (NLD), pourra travailler normalement et que sa leader, Aung San Suu Kyi, sera libérée de son assignation à domicile avant que la Convention Nationale ne recommence.

La leader de l'opposition, Aung San Suu Kyi, et 13 autres membres de l'opposition sont en état d'arrestation depuis Mai dernier quand son convoi fut attaqué par des émeutiers rassemblés par le gouvernement dans la division de Sagaing. Des centaines de personnes ont trouvé la mort dans ce complot, mais il n'existe aucun chiffre officiel.

La Convention Nationale vit le jour pour la première fois en 1993; cependant, en 1995, la NLD la quitta en raison d'une trop grande ingérence de la junte. La Convention fut close en 1996 sans avoir ellaboré la Constitution pour laquelle elle avait été créée. "Nous pensons sincèrement qu'il y aura des avancées positives très bientôt" a déclaré Sihasak Puangketkeow.

Le rôle que tiendront la NLD et des autres partis politiques dans cette nouvelle Convention n' est pas clair. Pour l'instant, le gouvernement n'a manifesté aucun signe de bienvenue à l'égard des parti politiques ayant participé aux élections de 1990. "Ils peuvent y prendre part" a déclaré Win Aung. "La question de savoir si la NLD participera ou non doit être débattue en son sein."

Le moi dernier, le premier ministre Gen Khin Nyunt a rencontré une délégation de la KNU (Karen National Union) et Gen Bo Mya à Rangoun pour discuter les accords de cessez-le-feu. Le premier ministre a déjà rencontré plus d'une douzaine de leaders de groupes ayant signé des accords de cessez-le-feu, qui ont apporté leur soutien à la Convention Nationale ainsi qu'à la feuille de route en sept points annoncées par Rangoun en Août dernier.

Le porte-parole du ministère des affaires étrangères Thaïlandais, Sihasak Puangketkeow, fait lui aussi preuve d'optimisme lorsqu'il déclare à la radio Voice of America :"Nous pensons sincèrement qu'il y aura bientôt des avancées positives". Sihasak a également affirmé que la Birmanie et la Thaïlande avaient une idée précise de l'agenda de la Convention Nationale.

En Décembre dernier, au forum de Bangkok, la première conférence internationale concernant la situation en Birmanie s'est tenue en présence de délégués du régime.Win Aung a laissé entendre que 2004 serait une année importante.

La Birmanie et la guérilla karen cessent 50 ans d'hostilités
Source: AFP, 25 janvier 2004  

Le gouvernement birman et l'une des dernières  guérillas ethniques du pays ont décidé de mettre fin à plus de 50 ans d'hostilités, une guerre oubliée mais sauvage pour la minorité karen poursuivie par l'armée.

Les généraux de Rangoun ont négocié et conclu la semaine dernière un cessez-le-feu avec l'Union nationale karen (KNU), un des derniers groupes ethniques armés à résister encore au pouvoir central et le plus important avec des effectifs estimés à quelque 7.000 combattants.

La trêve représente pour la junte son succès le plus important en 15 ans dans sa gestion des conflits avec les minorités ethniques. Elle survient à un moment clé pour l'avenir politique du pays.

Des concessions importantes ont été faites aux insurgés par le régime qui tient à inclure les Karens dans une convention nationale dont la tâche sera de rédiger une nouvelle Constitution, présentée comme la première étape d'une "feuille de route" traçant la voie de la démocratie.

Les militaires avaient besoin de renforcer leur crédibilité car leur projet a été accueilli avec scepticisme par la communauté internationale qui continue de réclamer la libération de la dirigeante de l'opposition, Aung San Suu Kyi, toujours assignée à résidence.

Du côté des Karens, l'accord -- à la condition qu'il soit respecté -- représentera un soulagement après la campagne brutale de répression de l'armée birmane contre la minorité dispersée dans l'est du pays et de l'autre côté de la frontière thaïlandaise.

Viols, meurtres, torture, incendies de villages et déplacements forcés sont le lot des victimes de la répression, selon les défenseurs de la minorité.

Sur une population de trois à quatre millions de personnes, plus de 125.000 vivent dans des camps le long de la frontière et 200.000 seraient déplacés de force à l'intérieur de la Birmanie.

"Ce que nous voudrions voir, et je reste sceptique, est la fin des opérations parce qu'en ce moment ils (les militaires) continuent à attaquer les villages karens, ce qui génère des déplacés et réfugiés", dit un responsable humanitaire.

Selon ce spécialiste de la question des réfugiés, un million de gens ont été obligés de fuir leur maison au cours des sept dernières années. "Quand ils partent, leurs villages sont souvent brûlés, les arbres coupés et des mines posées pour les empêcher de revenir. Les gens perdent tout", dit-il.

Sur le plan militaire, la KNU, jadis puissante, est très affaiblie. Depuis la chute de son quartier général de Manerplaw en 1995, elle n'est plus qu'une guérilla ne contrôlant plus aucune portion significative de territoire et aux finances chancelantes.

La guérilla a aussi du mal à recruter de nouveaux combattants, les jeunes karens préférant aller travailler en Thaïlande. Et elle a été privée en 2001 du soutien de Bangkok avec l'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement.

La trêve intervenue le 22 janvier après six jours de négociations n'est pas l'accord formel que cherchaient les Karens, mais le chef de la délégation de la KNU, Bo Mya, le chef de sa branche militaire, a souligné la nécessité de "rechercher l'harmonie" avec la junte.

"Des décennies de guerre n'ont profité à personne", a dit le combattant septuagénaire, selon des participants aux négociations.

Pour Chayachoke Chulasiriwongs, spécialiste de la Birmanie à l'université de Chulalongkorn de Bangkok, il s'agit d'une évolution positive, et d'autres guérillas, comme l'Armée de l'Etat Shan, devraient suivre.

"Cela fait progresser le processus de réconciliation nationale. Il est encore trop tôt pour dire si le cessez-le-feu tiendra. Mais je suis heureux que les gens se soient parlé, c'est un grand premier pas", dit-il.



Une épine dans le pied de Total
Source: L'Humanité Hebdo, 31 janvier 2004

Unocal, société pétrolière partenaire de la compagnie française en Birmanie, est poursuivie par la justice américaine pour violations des droits de l'homme.

Empêtré en France dans la controverse suscitée par le rapport Kouchner, pourtant initialement destiné à blanchir son comportement en Birmanie, la compagnie Total a aussi du souci à se faire outre-Atlantique. La compagnie pétrolière américaine Unocal, sa principale partenaire dans le projet birman, y est traduite en justice pour complicité de tortures, viols, exécutions, déplacements de population et utilisation de travailleurs forcés. Deux procédures judiciaires sont actuellement en cours, l'une au niveau fédéral et l'autre au niveau de l'État de Californie. Elles ont été entamées en 1996, à la suite de plaintes déposées par une quinzaine de paysans birmans, à la fois contre le régime de Rangoon, contre Unocal et contre Total. Les plaignants et leurs avocats accusent les compagnies occidentales d'avoir utilisé l'armée birmane comme sous-traitant en matière de sécurité, tout en sachant pertinemment que cette dernière commet quotidiennement de graves violations des droits de l'homme. De fait, la signature en 1992 du contrat pour la construction du gazoduc de Yadana, qui relie le champ de gaz de la mer du Martaban, au large de la Birmanie à la Thaïlande, a sonné le départ d'une vaste opération de nettoyage du Tanasserim, un région à l'époque tenue par une guérilla. Par ailleurs, si les compagnies n'ont jamais directement utilisé de travailleurs forcés, l'armée birmane, qui a débroussaillé le terrain avant leur arrivée, ne s'en est pas privée. En outre, pour assurer la sécurité du chantier, les militaires ont considérablement renforcé leur présence dans la région, multipliant ainsi les occasions d'abus de la part de soldats connus pour leurs exactions.

Total et Unocal ont tout fait pour se sortir du bourbier juridique américain. La compagnie française a eu plus de chance que sa collègue américaine. La production par ses avocats d'un document indiquant que les poursuites nuisaient aux intérêts extérieurs de la France, a permis d'annuler la procédure entamée contre elle. De son côté, Unocal a dû multiplier les appels judiciaires pour échapper aux procès. Sans toutefois y parvenir. Au niveau de l'État de Californie, la justice a estimé cette semaine qu'Unocal savait que ses opérations en Birmanie allaient entraîner des violations des droits de l'homme, mais a provisoirement exclu que la compagnie puisse rendre des comptes pour les crimes commis par ses sous-traitants. La cour a néanmoins autorisé les plaignants à poursuivre la procédure. Au niveau fédéral, dès 1997, la justice estimait qu'Unocal devait rendre des comptes dans la mesure où elle " savait ou aurait dû savoir que l'armée commettait ces abus ". Ce jugement, confirmé en appel en 2002, fait l'objet d'un nouveau recours de la part de la compagnie américaine.

Même en cas d'échec de la procédure, ce long procès et les nombreuses déclarations de la justice mettant en cause Unocal sont dommageables pour l'image d'une société déjà mise en cause pour son rôle trouble en Afghanistan. Maître d'ouvre du projet birman, Total, qui fait face en France à une procédure pour les mêmes faits, a toujours fait preuve de la plus grande discrétion sur les ennuis judiciaires de sa consoeur.

Camille Bauer

Accord entre Swift et la junte birmane :
contourner les sanctions américaines via l'euro

Source:Alter Business News
numéro 63 - 2 février 2004
http://www.alter.be/
http://www.alter.be/fr/aa_abn.html

Swift (la société de routage des messages financiers, instituée par les plus grandes banques du monde) aide le Myanmar à commercer avec l’étranger eneuros plutôt qu’en dollars, révélait "The Observer" du 18/01. Pour rappel, les Etats-Unis mettent en oeuvre, depuis fin août 2003, de nouvelles sanctions économiques à l'encontre de la Birmanie : interdiction de toute importation en provenance de ce pays, mais aussi de tout versement bancaire en dollars... Ce qui a pour effet de couper l'accès de la Birmanie à cette monnaie, et donc au commerce international , vital pour la junte. Comme l'expliquait le journal birman en exil "Irrawady", les hommes d'affaires de Rangoon ont dès lors ouvert des comptes en euros, mais les banquesétrangères refusent les lettres de crédit provenant des institutions financières birmanes, dont l'embargo américain impose le gel des avoirs à l'étranger... Interrogée, la porte-parole de Swift, au siège de la société à
Bruxelles, affirme que "l'info publiée par "The Observer" n'est pas exacte" : "nous n'assistons pas la Birmanie pour traduire ses comptes bancaires en euros et installer un nouveau système financier basé sur cette devise". "Nous nous contentons de faire notre métier, comme dans les 200 autres pays avec lesquels nous travaillons : transmettre des informations financières. Depuis le début de nos relations, le Myanmar a demandé, comme il en a le choix, que ses factures soient libellées en euros et il n'y a pas de changement dans ces habitudes". Mais à quand date le début de ces relations? "À... août 2003", reconnaît la porte-parole, c'est-à-dire... au moment de l'entrée en vigueur des sanctions américaines, et donc dans le but de les contourner. Avalisé en novembre, suite au constat de la solvabilité du Myanmar, l'accord sera pleinement opérationnel en mars quand la filiale de Swift à Singapour aura notamment terminé d'installer les logiciels de la
société. Aux questions sur le contournement de l'embargo US que permet cet accord et sur les règles éthiques de l'entreprise, la porte-parole répondque "Swift respecte les obligations légales qui s'imposent à elle et veut rester neutre : nous ne faisons pas de politique".
Plus d’infos : http://www.swift.com/ <http://www.swift.com> - http://www.irrawaddy.org/
<http://www.irrawaddy.org> (tapez "euro") - http://observer.guardian.co.uk/
(tapez "Burma")


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