Malgré les efforts d’Aung San Suu Kyi, les négociations de paix commencent mal en Birmanie

Malgré les efforts d’Aung San Suu Kyi, les négociations de paix commencent mal en Birmanie

La Conférence de Panglong du XXIe siècle – appellation en référence à la conférence de Panglong organisée par le père d’Aung San Su Kyi en 1947 – a débuté hier, mercredi 31 août, et doit se tenir pendant cinq jours à Naypyidaw. La Ligue Nationale pour la Démocratie souhaite, à travers cette conférence, relancer le processus de paix dans un but de réconciliation nationale alors que les conflits ethniques perdurent en Birmanie depuis près de 70 ans. Depuis son arrivée au gouvernement, la conseillère d’État Aung San Suu Kyi a fait du processus de paix sa priorité, mais la tâche n’est pas aisée car elle doit composer avec l’armée birmane, partie prenante de ces négociations.

A l’occasion de l’ouverture de la Conférence de Panglong, Info Birmanie vous invite à visionner le flm « Une poudrière de diversité ethnique » de Christophe de Buretel pour en savoir plus sur les enjeux des conflits ethniques. 

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Depuis que la conseillère d’État Aung San Suu Kyi a annoncé la tenue de cette conférence, les différents acteurs de la société civile et les groupes ethniques armés s’accordent sur le fait que l’une des clés de son succès est l’inclusion de tous les groupes ethniques armés à la table des pourparlers. En effet, la Tatmadaw – l’armée birmane – exigeait de l’Armée d’Arakan, l’Armée Kokang et l’Armée Ta’ang qu’elles fournissent un document officiel les engageant à déposer les armes alors même qu’elle continue de les attaquer (une demande qui n’a pas été faite aux autres groupes ethniques armés). Faute d’obtenir un accord avant la conférence, ces trois organisations ont donc, de fait, été exclues de l’ouverture des négociations.

Par ailleurs, les tensions entre groupes ethniques et gouvernement birman restent vives, comme en témoignent les débuts des négociations. Le premier jour de la conférence s’est soldé par le départ de l’Armée Wa, le plus puissant groupe ethnique armé de Birmanie qui compte près de 20 000 soldats et qui n’avait jamais participé conjointement aux négociations avec l’armée kachin et l’armée birmane. Les quatre délégués de l’Armée Wa justifient leur départ en raison de l’inégalité dont ils sont victimes car ils se sont vus initialement attribué un statut d’observateur alors qu’ils étaient invités en tant que participant.  La confiance en ce processus paraît de plus en plus limitée. Le vice-président de l’UNFC – une organisation regroupant neuf groupes ethniques armés non-signataires de l’accord de cessez-le-feu d’octobre 2015 – précise que les minorités ethniques ne sont pas rassurées par la position actuelle de la Tatmadaw, qui parle enfin de fédéralisme mais n’accepte toujours pas l’idée d’autonomie.

Il semble que les erreurs du passé se reproduisent aujourd’hui, alors que les attentes de la population birmane envers ces pourparlers lancés par le nouveau gouvernement sont élevées. Les minorités ethniques aspirent à un système basé sur une Union Fédérale qui accorderait aux différents États leur autonomie. Cependant, on peut se demander comment un processus de paix qui n’inclut pas tous les groupes ethniques armés, et donc n’entend pas leurs revendications, peut prétendre à de réelles avancées.

Comme le rappelle Kuu Oo Reh, secrétaire général de l’UNFC, « Cette conférence est juste la cérémonie d’ouverture du processus de paix. Nous ne nous attendons pas à beaucoup de résultats, il s’agit d’un point de départ ». Un point de départ néanmoins important, qui doit permettre de rétablir le dialogue politique et de discuter des étapes prioritaires. Ces pourparlers devront se renouveler tous les 6 mois et promettent d’être un processus lent et difficile.

Pour mieux comprendre les enjeux des conflits ethniques et du processus, Info Birmanie vous invite à visionner le film « Une poudrière de diversité ethnique » de Christophe de Buretel, membre de l’association depuis le début des années 2000 qui a travaillé sur un projet de vidéo d’observation du processus de démocratisation du pays entre 2012 et 2015.