Birmanie: une situation de plus en plus préoccupante dans l’Etat Kachin

Depuis la reprise des conflits en 2011, tous les ans à l’approche des fêtes chrétiennes, l’État Kachin voit les affrontements entre l’armée birmane (Tatmadaw) et la Kachin Independance Army (KIA) s’intensifier et les populations civiles vivent dans la peur. Alors que les années précédentes, les premiers signes d’intensification avaient plutôt lieu à l’arrivée de la saison sèche autour du mois d’octobre, ils ont été bien plus tardifs cette année. Certains observateurs l’expliquent par la crise en cours dans l’État d’Arakan et la pression internationale qui s’en suit : l’armée aurait ainsi reporté ses offensives militaires annuelles.

Mais au cours des derniers jours, les affrontements se sont multipliés, l’armée birmane – comme à son habitude – n’hésitant pas à utiliser de l’artillerie lourde. Les forces gouvernementales armées ont frappé plusieurs positions – dont le quartier général de Laiza – de la KIA et de nombreux affrontements entre des unités de la Tatmadaw et des bataillons de la KIA ont été rapportés. Le 14 décembre, au moins un soldat de la KIA et un civil ont été touchés par des éclats d’obus. La Tatmadaw a également bombardé à proximité de villages se situant dans des zones minières et a largué des tracts enjoignant les habitants de quitter la zone avant le mois de mai.

Tirs d’obus à proximité de camps d’IDPs, le 14.12.2017 –
Source : Kachinland

Le Bureau du Commandant-en-chef des armées Min Aung Hlaing a déclaré via son compte Facebook que l’armée birmane devait continuer ses opérations dans la zone en raison d’une activité récente imputée à la KIA (explosion d’une mine antipersonnelle ayant blessé un homme et l’incendie de neuf camions).

Le Colonel Naw Bu, porte-parole de l’armée Kachin, a rapporté qu’il ne savait pas combien de personnes avaient perdues la vie ou étaient blessées, précisant qu’il y avait eu des affrontements quotidiens avec des bombardements réguliers de la part de l’armée birmane dans les townships de Bhamo, Mansi et Tanai.

De nombreux villageois ont été forcés à quitter leurs maisons pour rejoindre des membres de leur famille, ou pour chercher refuge au sein d’églises ou de monastères, particulièrement autour de Tanai. En effet, les représentants du gouvernement local empêchent la création de nouveaux camps de déplacés internes depuis août 2017. De plus, les combats en continu et l’armée birmane qui bloque certaines routes publiques rendent les déplacements dangereux pour les populations civiles.

Les organes des Nations Unies apportant une aide humanitaire n’ont pas été autorisés à délivrer de l’aide aux IDPs Kachin, malgré plusieurs demandes à l’armée birmane qui le leur a toujours refusé. Plusieurs organisations ont dénoncé l’obstruction de l’aide humanitaire par les forces gouvernementales armées, parlant de crime de guerre, mais l’armée a totalement ignorée ces critiqueJs. Dans l’Etat Kachin, les déplacés internes sont aujourd’hui environ 120 000, répartis au sein de 167 camps.

Bloquer l’accès humanitaire prend part à la stratégie de l’armée birmane des « 4 cuts », qui vise à empêcher le soutien des communautés ethniques aux groupes ethniques armés en privant les populations civiles – et donc les groupes ethniques armés – des vivres, des fonds, de l’information et de nouvelles recrues.

Le Colonel Naw Bu a indiqué que les événements récents amènent à s’interroger sur les perspectives des discussions de paix menées entre la Kachin Independance Organization (KIO) et le gouvernement.

Malgré les espoirs de changement entraînés par la victoire de la Ligue Nationale pour la Démocratie et le nouveau cycle du processus de paix débuté avec la Conférence de Panglong pour le XXIe siècle, l’armée continue d’agir en toute impunité, défendant ses propres intérêts et poursuivant le même objectif : le contrôle des zones ethniques, et particulièrement celles qui sont riches en ressources naturelles. C’est le cas de l’État Kachin. Récemment, un avocat de l’armée de la Chambre basse du parlement a proposé que l’armée soit en mesure de lancer des opérations pour reprendre le contrôle de zones minières. Si le parlement national a rejeté cette proposition, cela illustre bien les intérêts de l’armée birmane.