Birmanie : portraits du président et des deux vice-présidents élus

Le 10 mars, les deux chambres du Parlement ont chacune nommé un candidat à la présidence de la Birmanie. Les parlementaires militaires – qui disposent d’un quart des sièges et le droit de choisir un candidat – ont sélectionné le 3ème. Le Parlement National s’est ensuite réuni au complet pour élire, parmi ces 3 prétendants, le président, le 1er et le 2nd vice-président du pays.

Le 15 mars, Htin Kyaw, membre de la Ligue Nationale pour la Démocratie et vieil ami d’Aung San Suu Kyi a été élu avec 360 des 652 voix. Le candidat désigné par les militaires, Myint Swe a obtenu 216 voix, devenant ainsi le 1er vice-président. Henry Van Thio, candidat LND n’a réuni que 79 voix, il sera ainsi le 2nd vice-président. Beaucoup d’activistes se demandent comment le candidat des militaires a pu obtenir autant de votes (l’armée et l’USDP réunis ne regroupent pas autant de voix) et soupçonnent la LND d’avoir fait des compromis avec les militaires sur cette désignation. La Constitution prévoit qu’en cas de décès, démission, maladie du président ou pour toute autre raison impliquant la vacance du cabinet du Président, le 1er vice-président occupera ce poste jusqu’à ce qu’une nouvelle nomination soit organisée.  Le 1er vice-président devrait également disposer de plus de pouvoir.

Le 30 mars, Htin Kyaw, membre de la Ligue Nationale pour la Démocratie et vieil ami d’Aung San Suu Kyi a prêté serment devenant ainsi président de la Birmanie. Il a formé son gouvernement qui est entré en fonction de 1er avril.

MAIS D’OÙ VIENNENT CES 3 CANDIDATS ?

Président Htin Kyaw: ami d’enfance d’Aung San Suu Kyi et ancien prisonnier politique

Htin Kyaw, membre du comité exécutif de la LND est un ami de longue date et le confident d’Aung San Suu Kyi. Les médias l’ont décrit comme « son chauffeur » ce qui est assez éloigné de la réalité.  Htin Kyaw a étudié les sciences économiques à l’Université de Rangoun et l’informatique à l’Université de Londres. Il a occupé un poste de professeur à l’université puis plusieurs postes au sein du Ministère de l’Industrie puis du Ministère de l’économie. Il a été emprisonné pendant 4 mois en 2000 pour avoir aidé Aung San Suu Kyi lorsqu’elle était sous résidence surveillée. Htin Kyaw a ensuite travaillé en tant que directeur de la Fondation Daw Khin Kyi, fondée en hommage à la mère d’Aung San Suu Kyi. Le père de Htin Kyaw était écrivain et poète et l’un des candidats aux élections de 1990. Sa femme, Su Su Lwin, est la fille d’un des fondateurs de la LND et a été élue parlementaire LND en novembre.

Il a la réputation d’être un homme sérieux et honnête, mais beaucoup d’activistes estiment qu’il n’a pas les compétences ni l’expérience politique nécessaire pour faire face aux militaires. Une chose est sûre, sa loyauté pour Aung San Suu Kyi est totale, il devrait donc suivre à la lettre ses consignes.

htin kyaw

Vice-president Myint Swe: Un militaire à l’origine de répressions brutales, sur la liste noire des USA

Le général Myint Swe est un proche de l’ancien dictateur Than Shwe. Diplômé de l’Académie des Services de Défense en 1971, il a occupé de nombreux postes militaires avant de devenir le Chef de la sécurité des affaires militaires. Pendant la révolution de safran, il était responsable du renseignement militaire. Une douzaine de manifestant sont morts et des milliers ont été arrêtés sous ses ordres. Il a également ordonné la répression des manifestations étudiantes de mars 2015 (une cinquantaine d’étudiants sont toujours en prison). En 2012, il a été disqualifié de la vice-présidence du pays car son gendre possédait la nationalité australienne, le rendant incompatible avec l’article 59F de la constitution – qui empêche également Aung San Suu Kyi d’accéder à la présidence. Toutefois, il a été autorisé à se présenter en 2016, car son gendre aurait renoncé, avant 2016, à sa nationalité australienne. Il est toujours sujet aux sanctions américaines.

Les activistes le considère comme un militaire de « la ligne dure », c’est-à-dire faisant partie des proches de la junte les plus récalcitrants aux changements et les plus extrêmes.

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Vice-Président Henry Van Thio : Un représentant de la minorité Chin au lourd passé militaire et commercial

Henry Van Thio un parlementaire de la LND est originaire de l’État Chin. Cet État, situé à l’ouest du pays, majoritairement chrétien, est le plus pauvre de Birmanie. C’est la première fois qu’un membre de la communauté Chin accède à un tel poste. Ancien officier de l’armée, il a occupé des positions militaires à au moins 7 endroits en Birmanie. Après être entré dans la fonction publique, il aurait dirigé une usine de tabac à Mandalay et intégré le ministère de l’Industrie. Il a été l’un des plus proches collaborateurs de U Aung Thaung, le ministre de l’Industrie sous la junte et un homme détesté par le peuple birman pour avoir été à l’origine de violence et de corruption. Henry Van Thio est devenu un homme d’affaires proche des militaires qui aurait  « gagné beaucoup d’argent pour lui-même ». Il a étudié le droit à l’Université de Rangoun et aux Philippines mais n’a presque pas d’expérience politique. Il n’est membre du parti de la LND que depuis peu et serait un inconnu pour la grande majorité des parlementaires. Par ailleurs, bien qu’Aung San Suu Kyi l’ai choisi, ils n’ont fait connaissance qu’un mois avant sa nomination.

Beaucoup d’activistes estiment qu’il s’agit d’une nomination symbolique. Aung San Suu Kyi aurait cherché à plaire aux minorités ethniques et à montrer sa volonté d’œuvrer pour la réconciliation nationale.  Mais hormis, pour le peuple Chin, Henry Van Thio ne fait pas partie des leaders ethniques appréciés.

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