Fuyant les opérations de l’armée, près de 150 000 Rohingya se sont réfugiés au Bangladesh

Communiqué de presse

Le 7 septembre 2017

Le 25 août dernier, des individus suspectés d’être lié au groupe insurrectionnel ARSA (Arakan Salvation Rohingya Army) ont mené des attaques simultanées de postes de contrôle, postes de police et d’une base des forces gouvernementales armées. Ces événements, que nous condamnons, ont entraîné une réponse terriblement violente de la part de l’armée birmane. Le bilan est alarmant. Les chiffres officiels sont de 400 morts, mais ces données émanant de l’armée et datant de plusieurs jours, nous pouvons plausiblement estimer qu’il est en réalité bien plus élevé. L’analyse faite par Human Right Watch[1] d’images satellites laisse croire que des incendies intentionnels ont été perpétrés dans au moins 17 localisations dans l’Etat d’Arakan entre le 25 et le 30 août. Des témoignages recueillis par des observateurs de la situation font état d’abus similaires à ceux perpétrés après Octobre 2016, notamment exécutions extra-judiciaires, viols, des incendies intentionnels, des arrestations de masse ou encore des destructions de propriétés et de commerces. Le Bangladesh s’est également montré très inquiet en raison de signalements rapportant que les militaires posaient des mines anti-personnelles le long des frontières. Fuyant les exactions de l’armée, ce sont selon l’ONU plus de 146 000 Rohingya qui ont traversé la frontière pour se réfugier au Bangladesh en seulement 13 jours. À cela s’ajoute des milliers de déplacés internes, et ceux qui sont bloqués à la frontière. Les restrictions imposées par les autorités birmanes dans le nord de l’État d’Arakan empêchent les organisations humanitaires d’assurer les services vitaux aux populations civiles déjà particulièrement vulnérables.

En Février dernier, un rapport des Nations Unies a documenté de graves violations des droits de l’Homme de la part de l’armée birmane à l’encontre de la minorité musulmane Rohingya pouvant constituer des « crimes contre l’humanité » lors d’une vaste « opération de nettoyage » de près de quatre mois lancée par l’armée à la suite des attaques de postes de police faisant neuf morts du côté des forces de sécurité. Alors que la situation actuelle rappelle les événements d’octobre 2016 et l’opération qui s’en est suivie, nous sommes particulièrement inquiets du fait d’être à nouveau confrontés à de graves violations des droits de l’Homme à l’encontre de la minorité musulmane Rohingya qui pourraient constituer des « crimes contre l’humanité » dans le nord de l’État d’Arakan en Birmanie.

Le discours anti-Rohingya et la rhétorique utilisés par le gouvernement, ainsi que sa demande aux médias de qualification de l’ARSA en tant « qu’organisation terroriste » renforcent les tensions alors qu’il est capital de les apaiser. Conformément à a déclaration du Conseiller en sécurité nationale birman a annoncé que seuls les individus étant en mesure de prouver leur citoyenneté où détenant des documents attestant leur résidence depuis plusieurs années en Birmanie pourraient regagner la Birmanie. Dans ce pays ou les militaires cohabitent avec gouvernement civil[2], l’instabilité, entretenue par les militaires, qui règne dans l’État d’Arakan menace dangereusement la transition démocratique et les perspectives de paix.

Apatrides, privés de leurs droits élémentaires, visés par des campagnes haineuses et subissant la répression de l’État, cette minorité musulmane est, selon l’ONU, l’une des plus persécutées au monde. Les discriminations sont incessantes pour les Rohingya qui seraient environ 1 million à vivre dans l’État d’Arakan. Les différents épisodes de violences, qui sont de plus en plus fréquents, poussent des milliers de Rohingya à se réfugier au Bangladesh, ou ils seraient aujourd’hui plus de 500 000.

Alors que la vie de milliers de civils est menacée, il est urgent que le gouvernement birman mette fin aux opérations de répression – l’utilisation de la violence doit absolument être nécessaire et proportionnée -; protège les populations civiles sans distinction ethnique et religieuse. Les restrictions d’accès à la zone nord de l’État d’Arakan doivent urgemment être levées, afin que l’aide humanitaire puisse être acheminée et que l’accès à des informations issus de médias indépendants puisse être assuré.

Contact presse :
Camille Cuisset, coordinatrice d’Info Birmanie
camille@info-birmanie.org
07 62 80 61 33

Nous nous réservons la possibilité d’organiser une conférence de presse aujourd’hui à 17h30 en fonctions de vos retours.

[1] https://www.hrw.org/news/2017/09/02/burma-satellite-images-show-massive-fire-destruction
[2] Trois ministères clés sont détenus par les militaires (Intérieur, Défense et Frontières) selon la constitution de 2008, tandis que 25 % des militaires siègent au Parlement et empêchent ainsi tout amendement de la constitution de 2008 qui nécessite un vote à plus de 75%.