Les Chins : une minorité ethnique délaissée et discriminée pour sa religion

Les Chins : une minorité ethnique délaissée et discriminée pour sa religion

Les Chins, peuple d’origine tibéto-birmane, sont arrivés autour du 9ème siècle en Birmanie. Composés de six principaux groupes et d’une cinquantaine de sous-groupes ethniques, ils représenteraient aujourd’hui près d’1,5 million de personnes dont la moitié se trouve dans l’État Chin, à l’ouest du pays.

L’État Chin n’est devenu partie intégrante de la Birmanie qu’à la fin de l’occupation britannique. Les accords de Panglong signés en février 1947,  garantissaient aux minorités ethniques une pleine autonomie administrative dans un cadre fédéral, mais après l’assassinat du général Aung San les accords de Panglong restèrent lettre morte

L’ÉTAT LE PLUS PAUVRE DU PAYS ET D’ASIE DU SUD-EST

L’État  Chin est le plus pauvre de Birmanie et l’un des plus isolés. C’est un État montagneux qui connait des hivers durs et une saison des pluies violente qui rend les quelques routes existantes impraticables et limitent les déplacements de mai à septembre. Il a été négligé durant de longues années et, après l’arrivée au pouvoir du SLORC suite à la révolution de 88, son peuple a subi de violentes représailles : vols, violences sexuelles, confiscations de terres, expulsions des chrétiens etc.

Sous la junte militaire, l’accès des travailleurs humanitaires à l’état Chin y étaient sévèrement restreint et les organisations ne disposaient pas des données basiques sur la population, pourtant indispensables à toute évaluation de la situation. Elles avaient toutefois conscience de l’extrême pauvreté et de l’urgence des besoins de la population.

Aujourd’hui encore une grande partie de l’État Chin n’est pas accessible, seule une petite partie du Sud de l’État vient tout juste de s’ouvrir. L’état est toujours le plus pauvre de Birmanie et les infrastructures sont extrêmement vétustes. En 2011, selon les agences des Nations-Unies, 73,3% de la population Chin vivait en dessous du seuil de pauvreté et dans les zones rurales ce taux atteindrait 80%.

La population souffre notamment « de pénuries alimentaires chroniques, de carences structurelles et d’une insécurité alimentaire généralisée » selon Christophe Reltien, directeur de l’Office d’aide humanitaire de la Commission Européenne (ECHO) depuis 2008. L’état ne produit pas suffisamment de riz pour nourrir sa population qui se contente souvent de céréales et de légumes. Selon les dernières statistiques nationales, 58% des enfants de moins de 5 ans sont atteints de malnutrition chronique[1].

Les missions du Programme Alimentaire Mondial ont montré que les moyens de subsistance de la plupart des foyers Chins dépendaient de leurs cultures familiales. Toutefois, le recours à la rotation des cultures et l’utilisation presque ininterrompue des terres, les rendent peu fertiles et limitent leurs rendements. D’autres événements aggravent cette situation d’insécurité alimentaire: l’état Chin a été victime d’une invasion de rat en 2007 à l’origine de la perte directe de milliers de récoltes jusqu’en 2010 au moins. Enfin, l’augmentation démographique accentue la pression et le besoin de trouver des solutions rapides[2].

Parallèlement à cette situation alimentaire catastrophique, 25% de la population n’a pas accès à l’eau potable, et l’accès au soin est critique. Il manque de routes et d’infrastructures pour tout, le salaire moyen est d’environ 1,5 dollars par jour et les perspectives d’emplois sont au plus bas. Le niveau d’éducation est très faible, notamment car il a commencé à se mettre en place tard. Actuellement, plus de 52% des enfants quittent l’école avant l’âge de 10 ans, souvent  pour travailler à la maison ou dans les zones agricoles.

UNE POPULATION DISCRIMINÉE POUR SA RELIGION :

Traditionnellement l’ethnie Chin est animiste mais les missionnaires baptistes américains qui arrivèrent à la fin du 19ème siècle, ont évangélisé massivement leur peuple (ainsi que les karens). Aujourd’hui 80 à 90% des Chins sont chrétiens. Dans un pays à large majorité bouddhiste où la religion est d’État, ils représentent une cible privilégiée particulièrement sujette aux discriminations. Des milliers de Chins ont déjà fuis les discriminations et la pauvreté en Malaisie ou en Inde.

Un nouveau rapport, publié en janvier 2014 par la CHRO (Chin Human Rights Organization) dénonce les violations de la liberté religieuse des Chins chrétiens en Birmanie et appelle le gouvernement à réagir au plus vite.

Les dépenses de l’État sont très importantes pour les infrastructures bouddhistes, alors que d’anciennes restrictions limitent toujours la construction et la rénovation des monuments chrétiens. Les menaces, intimidations, et pratiques discriminatoires orchestrées par les autorités locales contre les chrétiens sont courantes. Les visites officielles du Président birman ou des hauts représentants du gouvernement sont systématiquement organisées le dimanche matin, en même temps que les offices religieux, empêchant les responsables locaux d’y assister.

Pour Salai Bawi Pi, Coordinateur du CHRO en Birmanie, « Le problème principal est que le gouvernement considère le bouddhisme comme la religion d’État de facto du pays. Cela réduit considérablement la liberté de religion des chrétiens, […] Cela envoi un mauvais message, la Birmanie est une société multi ethnique et multi religieuse. ».

Du 12 au 15 novembre 2013, les organisations de la société civile Chins ont abordés le problème de la liberté de religion à l’occasion de la Conférence Nationale Chin,  à Hakha. Suite à ces discussions elles ont adressé au gouvernement 12 recommandations.

Parmi celles-ci, le CHRO appelle le gouvernement à garantir une liberté de culte et d’assemblée pour toutes les religions et préconise le remplacement du Ministère des Affaires Religieuses par une Commission des affaires religieuses indépendante et impartiale, disposant du mandat pour traiter les discriminations religieuses.


[1] Publication de l’IRIN  – “ Myanmar Chin education and the cycle of poverty”  2013

[2] Rapport du PAM – “Fao/Wfp crop and food security assessment mission
to Myanmar” janvier 2009