Lors d’une session spéciale du Conseil des droits de l’Homme, « des éléments de génocide » à l’encontre des Rohingya ont été évoqués

Le 5 décembre 2017, le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies a tenu une session spéciale sur la situation des Rohingya et des autres minorités en Birmanie. Début décembre 2017, ce sont plus de 626,000 membres[1] de la minorité musulmane Rohingya qui ont fui le nord de l’état d’Arakan, à l’ouest de la Birmanie, pour se réfugier au Bangladesh.

Le mois dernier, 36 organisations de défense des droits de l’Homme – dont Info Birmanie – avaient lancé conjointement un appel en vue de convoquer une session spéciale du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, au sujet de la situation en Birmanie.

Pendant le mois de novembre, les rapports d’organisations de défense des droits de l’Homme s’étaient multipliés, qualifiant les violences, mais également la discrimination de longue date envers la minorité Rohingya par les forces de sécurité et les autorités birmanes, de crimes contre l’humanité. Suite à des attaques perpétrées à l’encontre de postes de sécurité birmans le 25 août 2017, la communauté Rohingya a fait face à des exécutions sommaires, au déplacement forcé, à la destruction de ses biens et de ses moyens de subsistance ainsi qu’à de nombreuses formes de violence sexuelle.

S’adressant au Conseil, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad al-Hussein a demandé : « Y a-t-il quelqu’un qui puisse réfuter que des éléments de génocide soient présents ? ».

Par la suite, le Conseil a adopté, avec 33 voix pour, 3 voix contre et 9 absentions, une résolution sponsorisée et présentée par le Bangladesh. La délégation birmane s’est, sans surprise, désolidarisée de la résolution. La Chine a quant à elle fait valoir que les discussions entre la Birmanie et le Bangladesh constituaient la seule solution à la crise.

La résolution demande notamment au gouvernement birman de coopérer avec la mission d’établissement des faits, mandatée en mars 2017, et avec les organes des Nations Unies. Au travers de la résolution, le Conseil a également exhorté le gouvernement birman à autoriser l’accès humanitaire sans entrave au nord de l’Arakan et à organiser le retour en toute sécurité et en toute dignité des réfugiés Rohingya qui seraient volontaires. La question de la citoyenneté a été abordée comme l’une des causes profondes de la crise et le Conseil a exigé « un accès égalitaire à la pleine citoyenneté » pour les Rohingya.

Par ailleurs, la résolution demande au Haut-Commissaire aux droits de l’Homme de « suivre les progrès relatifs à la situation des droits de l’Homme de la population Rohingya » ainsi que de préparer un rapport écrit, qui sera présenté en mars 2019. L’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch a qualifié la résolution de « message fort » envoyé à la Birmanie.[2]

Le Conseil a également exprimé sa profonde préoccupation face à la situation dans les états Shan et Kachin, qui sont toujours en proie à des conflits actifs. Les populations civiles y souffrent des actes de violence commis d’une part par l’armée birmane qui n’hésite pas à lancer des offensives à proximité des civils, mais aussi par les groupes ethniques armés. Entre janvier et août 2017, plus de 12 000 personnes ont été déplacées à cause des violences tandis que près de 98 000 individus vivent durablement dans des camps depuis 2011.

La prochaine session du Conseil des droits de l’Homme aura lieu entre février et mars 2018, durant laquelle la mission d’établissement des faits mandatée par les Nations Unies présentera un compte rendu oral de ses observations.

 

[1] UNHCR, Rohingya emergency (UN estimate as of 3 December 2017), http://www.unhcr.org/rohingya-emergency.html

[2] Human Rights Watch, UN Rights Body Send Strong Message to Burma (5 December 2017), https://www.hrw.org/news/2017/12/05/un-rights-body-send-strong-message-burma