Nettoyage ethnique des Rohingya : Aung San Suu Kyi s’enfonce dans le déni

En Birmanie, les Rohingya font face à une vaste opération de répression lancée par l’armée birmane après des attaques de postes de sécurité menées le 25 août dernier par des individus soupçonnés d’être liés à l’ARSA (Arakan Rohingya Salvation Army). Sous couvert de lutte contre le terrorisme, les militaires birmans conduisent une nouvelle campagne de violences à l’encontre des Rohingya, visant sans discernement les populations civiles.  Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Zeid Ra’ad Al Hussein dénonce un « exemple classique de nettoyage ethnique ». En trois semaines, ce sont 412 000 Rohingya qui se sont réfugiés au Bangladesh, fuyant les exactions de l’armée birmanes.

Alors que la situation dans l’État d’Arakan est terrible et atteint un niveau de violences sans précédents, Aung San Suu Kyi, Conseillère d’État et Ministre des Affaires Étrangères de la Birmanie, vient de prononcer un discours très attendu. Après l’annonce de son absence à l’Assemblée Générale des Nations Unies qui se tient en ce moment à New-York, c’est depuis la capitale birmane Nay Pyi Taw qu’Aung San Suu Kyi s’est exprimée.

Elle y a abordé la situation dans l’État d’Arakan, à travers la réconciliation nationale et la paix, rappelant la complexité du pays et l’engagement du gouvernement pour la transition démocratique, la paix et le développement. Allant à l’encontre des nombreux témoignages et des centaines de milliers de réfugiés Rohingya, Aung San Suu Kyi assure qu’il n’y a aucune opération de sécurité au sein des villages de l’État d’Arakan depuis le 5 septembre 2017, et affirme chercher à comprendre cet exode massif. La Conseillère d’État précise que le gouvernement travaille à la mise en œuvre des recommandations de la Commission Consultative sur l’État d’Arakan (présidée par Kofi Annan) qui peuvent être efficace sur le court-terme. Le processus de vérification de citoyenneté basée sur la loi de 1982, dont l’application a servi à exclure les Rohingya de la citoyenneté, sera accéléré. Aung San Suu Kyi assure que les retours pourront se faire selon un accord bilatéral avec le Bangladesh. Il est probable que les réfugiés soient incapables de fournir les preuves exigées par celui-ci, du fait de l’abandon de leur bien lors de l’exode et de la destruction de leurs villages et propriétés lors des récentes opérations militaires de sécurité.

Cette intervention reste malheureusement fidèle au discours anti-rohingya s’appuyant sur la rhétorique « terroriste » adopté par le gouvernement jusqu’à maintenant, et nous éloigne encore plus de toutes perspectives de protection et d’accès aux droits pour la minorité musulmane apatride Rohingya. Pendant ce temps, l’armée birmane continue d’agir en toute impunité.

Ainsi, il est aujourd’hui crucial que la communauté internationale prenne ses responsabilités et agisse à la mesure du drame qui se déroule actuellement en Birmanie, afin de disposer de réels leviers de pressions permettant la cessation immédiate des violences par l’armée birmane, et d’avancer vers des solutions durables.

  • L’Union Européenne doit opter pour la réinstauration de sanctions ciblées à l’encontre de militaires haut-gradés (interdiction de visas et gel des avoirs à l’étranger) et élargir l’embargo sur la vente d’armes aux équipements et formations militaires
  • Le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, qui doit aborder la situation en Birmanie aujourd’hui, doit absolument opter pour une résolution urgente, incluant notamment la cessation des violences et un accès humanitaire sans entrave, ainsi que la coopération avec la Mission d’Établissement des Faits
  • L’Assemblée Générale des Nations Unies, qui réunit cette semaine une centaine de chefs d’États et de gouvernements pour sa 72e session, doit rétablir la résolution annuelle sur la Birmanie qui avait été abandonnée – trop tôt – l’année dernière
  • Le Conseil de Sécurité des Nations Unies doit opter pour l’instauration d’un embargo sur la vente d’armes et de tout équipement et formation militaires

 

Contact presse :

Camille Cuisset, coordinatrice d’Info Birmanie
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