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09-04-2009

assk_10                                                           Aung San Suu Kyi

       > Prix Nobel de la Paix 1991

       > Leader de la Ligue Nationale pour la Démocratie, parti démocrate birman

       > 14 des 20 dernières années en résidence surveillée à Rangoon


Biographie

Aung San Suu Kyi est née le 19 juin 1945. Elle est la fille du Général Aung San. Le Général est un des principaux artisans de l’indépendance de la Birmanie qui a eu lieu en 1947. A ce titre, il est perçu par beaucoup de Birmans comme le père de la nation birmane. Il meurt assassiné en juillet 1947. La mère d’Aung San Suu Kyi est diplomate. Aung San Suu Kyi la suit en Inde lorsque celle-ci y est nommée ambassadeur de Birmanie.ASSK étudie ensuite à Oxford. Elle est diplômée de philosophie, de sciences politiques et d’économie. En 1972, elle épouse Michael Aris, un Britannique, qu’elle suit au Bhoutan et dont elle a 2 fils. Elle commence à écrire en 1977 (biographie de son père).

Elle rentre en Birmanie en 1988 pour soigner sa mère. La même année le Général Ne Win démissionne. Le printemps et l’été 1988 sont une période de grands troubles dans le pays, avec des manifestations populaires qui rassembleront plusieurs centaines de milliers de personnes. Cette grande révolte populaire marque le début de l’engagement politique d’Aung San Suu Kyi. Elle est assignée à résidence pour la première fois en juillet 89, avec d’autres membres du parti politique qu’ils viennent de créer, la Ligue Nationale pour la Démocratie. Elle sera libérée de sa détention surveillée en juillet 1995. A ce moment-là, Aung San Suu Kyi est face à un dilemme : si elle quitte la Birmanie, pour rendre visite par exemple à ses enfants qui vivent avec leur père en Grande-Bretagne, elle ne pourra plus revenir. Elle décide de rester auprès de son peuple. Son mari meurt d’un cancer en 1999 sans qu’elle n’ait pu le revoir. Elle est de nouveau assignée à résidence entre 2000 et 2002 et à nouveau en mai 2003, après une tentative d’assassinat à son encontre. Elle n’a pas été relâchée depuis.

Aujourd'hui âgée de 64 ans, Aung San Suu Kyi a au total été privée de liberté pendant plus de 14 années depuis 1989, la junte militaire birmane prolongeant sa détention malgré les multiples appels de la communauté internationale.


Parcours Politique

1988 en Birmanie et premier engagement politique

En 1988, le Général Ne Win, au pouvoir depuis 1962, est contraint de démissionner devant le mouvement de protestation populaire contre la situation économique et sociale. Le mécontentement populaire est tel que le régime annonce la tenue d’élections pour 1990.

Le 15 août 1988, pour sa première action politique, Aung San Suu Kyi adresse une lettre ouverte au gouvernement lui demandant la formation d’un comité consultatif indépendant pour préparer des élections libres. Aung San Suu Kyi entre petit à petit en politique afin d’œuvrer à la démocratisation du pays. Le 26 août, elle prononce son premier discours devant des centaines de milliers de personnes pour réclamer un gouvernement démocratique. Tout au long des semaines suivantes le mouvement qu’elle emmène sera réprimé dans le sang.

Ligue Nationale pour la Démocratie

Influencée par la philosophie et les idées du Mahatma Gandhi et de Martin Luther King, Suu Kyi et ses amis politiques fondent, le 24 septembre 1988, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). Aung San Suu Kyi en est le secrétaire général. La LND adopte une politique de désobéissance civile et de non-violence. D’octobre à décembre 1988, Aung San Suu Kyi défie les interdictions et mène une tournée de discours dans tout le pays. En février 1989 il lui est interdit de se présenter aux élections. Elle poursuit tout de même sa campagne et devient un symbole de liberté politique auquel le peuple birman aspire.

Assignation à résidence

En juillet 1989, devant son succès populaire, le régime qui souhaite diminuer son influence l’assigne à résidence. Le gouvernement militaire lui propose la liberté à condition qu’elle quitte le pays, ce qu’elle refuse. Elle fait le choix de rester en Birmanie et est placée en liberté « surveillée ». Les élections ont lieu alors qu’Aung San Suu Kyi et la plupart des membres de la LND sont privés de liberté. Le régime a pris soin de présenter des partis fantoches : pas moins de 234 partis politiques sont créés pour l’occasion. Les élections ont lieu le 27 mai 1990, la LND fait un raz de marée et remporte plus de 80 % des voix, soit 392 sièges sur 485 sièges. La junte annule les résultats et se maintient au pouvoir.

De sa résidence surveillée, Aung San Suu Kyi continue de lutter pour la paix et l'indépendance du pays, écrivant plusieurs discours et livres politiques.

Seul lauréat du prix Nobel de la paix emprisonné au monde

En 1990, elle obtient successivement le Prix Sakharov pour la liberté de pensée et le Prix Rafto des droits de l’homme. En 1991, son livre Freedom from Fear est publié, et elle reçoit en octobre le Prix Nobel de la Paix pour ses actions non-violentes en faveur de la démocratie. Avec l'argent du prix (1,3 millions de dollars), elle crée un fonds pour un système de santé et d'éducation populaire. En juillet 1995, Aung San Suu Kyi est libérée de sa détention surveillée mais décide de rester en Birmanie. Le gouvernement multiplie les tracasseries administratives à son encontre, cherchant à la faire partir. Elle se voit refuser le droit de rencontrer les membres de son parti plusieurs fois. En septembre 2000, elle est mise une fois de plus aux arrêts. Le 6 mai 2002, après une négociation secrète entre les Nations unies et la junte militaire, elle est libérée. Suu Kyi déclare alors : « C’est une nouvelle ère pour le pays ». Or, le 30 mai 2003, lors d’une tournée de discours dans le pays, sa caravane est attaquée dans le village de Depayin par un groupe paramilitaire payé par la junte au pouvoir. Elle échappe de peu à la tentative d’assassinat organisée par la junte, durant laquelle nombre de ses supporters sont tués (70 membres de la LND) ou blessés au cours de l’attaque. La junte profite de l’attaque pour démanteler le parti d’opposition. Aung San Suu Kyi est arrêtée et incarcérée, elle n’a pas été libérée depuis. Le 28 novembre 2005, la junte militaire birmane a prolongé de six mois son assignation à résidence. Une prolongation prise en vertu de la loi de 1975 de la protection de l’État (Article 10b) visant à « protéger l’État d’éléments destructeurs » qui permet à l’État d’emprisonner quelqu’un pendant cinq ans sans jugement.

La communauté internationale demeure impuissante face à la privation de liberté de la « Grande Dame de Rangoon ». En 2004, Razali Ismail, un envoyé spécial des Nations unies avait pu rencontrer Aung San Suu Kyi, dans le cadre d’une ‘opération séduction’ de la junte à l’égard de la communauté internationale. Néanmoins, cette visite sera la seule, puisque les généraux refusent à l’émissaire de l’ONU son visa d’entrée dans le pays l’année suivante, ce qui provoquera sa démission. Le 20 mai 2006 Ibrahim Gambari, le nouvel envoyé spécial des Nations unies a pu rencontrer Aung San Suu Kyi, la première visite d’un étranger depuis 2004.


Prix et soutien international

1990 : prix Rafto décerné par la Fondation Rafto pour les droits humains (Norvège)

1990 : Prix Sakharov pour la liberté de pensée (Parlement européen)

1991 : Prix Nobel de la paix (Norvège)

1991 : Prix des droits de l’homme (Etats-Unis)

1992 : Prix Marisa Bellisario (Italie)

1992 : Prix international Simòn Bolívar (UNESCO)

1993 : Prix Rose (Danemark)

1993 : Prix International des Droits de l’Homme Victor Jara (Etats-Unis)

1993 : Prix Jawaharlal Nehru pour l’entente internationale (Inde)

1995 : Prix Gandhi (Canada)

1995 : Prix pour la Liberté du comité international de secours (Etats-Unis)

1997 : Citoyenne d’honneur de la ville de Rome (Italie)

1997 : Prix internationale du groupe pour la paix et la justice de St Angela (Irlande)

1999 : Prix pour la Liberté, décerné par l’International Republican Institute (Etats-Unis)

2000 : Prix de Dublin pour la Liberté (Irlande)

2000 : Médaille présidentielle pour la liberté (Etats-Unis)

2003 : Prix de l’Esprit Libre Forum pour la Liberté, Etats-Unis)

2004 : citoyenne d’honneur de la ville de Paris

2005 : Prix Olof Palme

2007 : citoyenne d’honneur du Canada

2008 : Prix de la Fondation décerné in abstentia par le Forum de Crans Montana et remis par M. Jacques Barrot Vice-Président de la Commission Européenne et M. Federico Mayor Co-Président du Panel des Nations Unies pour l'Alliance des Civilisations

Mais aussi de nombreux autres titres honorifiques décernés par des universités, des communes, et des fondations du monde entier…

 

Aung San Suu Kyi  bénéficie de nombreux soutiens dans le monde entier, notamment via l'ONU et la campagne pour une Birmanie libre (Free Burma Campaign). 57 dirigeants ou ex-dirigeants politiques -- entre autres Bill Clinton, Benazir Bhutto, Jimmy Carter, Vaclav Havel, Jacques Delors,.. -- ont adressé en mai 2007 une lettre au chef de la junte birmane, le général Than Shwe, pour exiger la libération immédiate du "seul lauréat du prix Nobel de la paix emprisonné au monde".  Cette initiative a été renouvelée en décembre 2008 où 112 anciens dirigeants ont exhorté le secrétaire général de l’ONU, M. Ban Kim-moon, à agir pour la libération d’Aung San Suu Kyi.

Le groupe rock irlandais U2 lui a dédié la chanson Walk On, un film sur sa vie a été réalisé par le cinéaste John Boorman (Au-delà de Rangoon, 1995), et d’autres artistes comme Coldplay, R.E.M., Jane Birkin, Jim Carrey ou Damien Rice ont publiquement soutenu Suu Kyi. Elle a reçu le prix « Free your mind » (Libère ton esprit) par les MTV Europe Music Awards en 2003. En 2008, elle est classée comme la 71e femme la plus puissante au monde par le magazine Forbes.

 

Actualités

 

Assignation à résidence

En septembre 2008, des inquiétudes s'expriment quant à sa santé, puisqu’Aung San Suu Kyi a refusé durant plusieurs semaines la nourriture qui lui est apportée à son domicile. Ce geste visait à montrer sa préoccupation sur les restrictions croissantes qui lui sont imposées par la junte militaire, s'agissant notamment de l'impossibilité de rencontrer et de s'entretenir avec les membres de son parti, avec des diplomates étrangers et des organisations politiques, d’avoir accès à son médecin et son avocat, ainsi que du régime d'assignation à résidence auquel elle est soumise depuis cinq ans et qui avait, une fois de plus, été prolongé d'un an. Elle entend ainsi dénoncer l'absence de résultats positifs de la médiation conduite par l'ONU.

En mars 2009, le Groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations unies a déclaré que la détention d'Aung San Suu Kyi viole non seulement le droit international, mais aussi le droit birman. Cette instance du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU note que la responsable de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) est détenue dans le cadre de la loi sur la protection de l'Etat de 1975 qui n'autorise le renouvellement des ordres d'arrestation que pendant un maximum de cinq ans. Cette période s'est terminée à la fin du mois de mai 2008.

En avril 2009, les généraux examinent une nouvelle fois appel de son maintien en résidence surveillée. Le parti de la Prix Nobel de la Paix avait transmis en octobre 2008 aux autorités de Naypyidaw un dossier d'appel contre sa détention, préparé avec son avocat Kyi Win, qu'elle voulait de nouveau rencontrer, ce que les autorités ont refusé. Officiellement son assignation à résidence doit prendre fin le 27 mai 2009.

Le procès de 2009

Le 18 mai 2009 Aung San Suu Kyi est jugée pour avoir hébergé un homme, alors qu'elle était assignée à résidence. Elle risque cinq ans de prison.

Le 14 mai elle avait été transférée de sa résidence vers le complexe d’Insein où elle a été inculpée. Selon les autorités, un ressortissant américain, John Yettaw, a réussi à gagner à la nage la maison d’Aung San Suu Kyi, située au bord d’un lac, et y a séjourné du 3 au 5 mai, avec la complicité de l’opposante et les deux militantes qui résident avec elle. En l’hébergeant, Aung San Suu Kyi violerait les règles de son assignation à résidence. Aung San Suu Kyi clame son innocence et affirme qu’elle «n’a commis aucun crime». Elle dit avoir «eu pitié de cet homme car il avait des crampes aux jambes après avoir traversé le lac». Outre Aung San Suu Kyi, ses deux dames de compagnie, Khin Khin Win et Win Ma Ma, ainsi que John Yettaw, sont jugés le même jour.

Les avocats d’Aung San Suu Kyi ont du se débattre quotidiennement sur la route pavée d’embûches de la justice birmane. La défense n’a pu présenter qu’un seul témoin contre quatorze pour l’accusation. Après un appel interjeté par les avocats de l'opposante, la cour territoriale de Rangoon a estimé qu'un deuxième témoin pouvait être entendu. L’équipe juridique d’Aung San Suu Kyi a axé sa défense sur les règles de loi selon lesquelles Aung San Suu Kyi était maintenue en détention depuis six années en argumentant que les charges contre elle étaient invalides. C’est dans le cadre de la même loi que les quatre accusés sont inculpés le 18 mai ; la Loi sur l'Etat d'urgence (dénommée également Loi visant à protéger l'Etat des dangers émanant des éléments subversifs). Cette loi date de 1975. Or une nouvelle constitution a été adoptée depuis - en 2008 - et rend cette loi obsolète .  Maintes fois reporté puis attendu vendredi 31 juillet, le verdict du procès d'Aung San Suu Kyi sera finalement connu le 11 août 2009. Le motif officiel du report est une nécessaire interprétation « des termes juridiques liés à la Constitution de 1974 » selon un juge de la cour birmane. La junte cherchait clairement un prétexte pour prolonger la détention de Suu Kyi. Pourtant les condamnations internationales de la mascarade de procès l’ont mise dans une situation très embarrassante. La communauté internationale a unanimement qualifié la procédure de farce et n’est pas dupe de la manœuvre des généraux. Devant la bronca inattendue et provoquée par le procès, les généraux ont semblé hésiter sur la stratégie à adopter pour écarter totalement la leader démocrate du processus politique. Elle était passible de cinq ans de prison ce qui l’exclurait du paysage politique pendant les élections que la junte entend organiser en 2010. Le 11 août, elle écope d’abord de trois ans de prison et de travaux forcés. Le chef de la junte Than Shwe a ensuite commué la peine en 18 mois de résidence surveillée. De nombreuses organisations de défense des droits de l’Homme condamnent le verdict de culpabilité prononcé à l'encontre de la dirigeante du mouvement démocratique comme reposant sur des motifs politiques. Il constitue un abus de pouvoir répréhensible de la part du gouvernement militaire de Birmanie.

Le 2 octobre 2009, l’appel déposé par les avocats d’Aung San Suu Kyi est rejeté.

Le 13 novembre 2009, les avocats d’ Aung San Suu Kyi ont fait appel devant la Cour suprême de sa condamnation à dix-huit mois supplémentaires d'assignation à résidence. Il appartient désormais à cette juridiction d'établir la recevabilité du recours déposé par les avocats, puis le cas échéant de l'examiner.

 

Relations avec Ibrahim Gambari, émissaire spécial des Nations unies pour la Birmanie

En février 2009, Aung San Suu Kyi a rencontré à Rangoon l'émissaire spécial des Nations unies pour la Birmanie, Ibrahim Gambari, en mission pour tenter d'obtenir l'ouverture de négociations entre l'opposition et la junte militaire sur une démocratisation de la vie politique. Quatre autres responsables de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Suu Kyi, ont participé à la rencontre. Un porte-parole de la LND a souligné que l'opposition s'en tenait aux conditions qu'elle a posées avant tout dialogue avec les généraux au pouvoir - dont la libération de l'ensemble des prisonniers politiques, Aung San Suu Kyi en tête.

Les six précédentes visites de Gambari n'avaient produit aucun résultat. Lors de son dernier passage à Rangoon en août 2008, Suu Kyi n'avait pas même voulu le voir. Son refus de discuter avec Gambari avait alors été attribué par les observateurs à son mécontentement face à ce qu'elle tient pour l'acceptation par l'ONU des élections que prévoit de tenir la junte en Birmanie en 2010.

 

« Feuille de route vers la démocratie »

Ces élections ont été programmées en vertu de la "feuille de route vers la démocratie" élaborée par la junte militaire. Une nouvelle constitution garantissant le contrôle du pays par l'armée a été adoptée lors d'un référendum fortement controversé l'an dernier, qui a été maintenu malgré le passage quelques jours plus tôt du cyclone Nargis, qui a fait 135.000 morts et plus de 2 millions de sinistrés. La nouvelle Constitution écarte de l’arène politique les anciens et actuels prisonniers politiques, ainsi que toute personne ayant des liens familiaux avec des étrangers. Ces deux mesures permettent aux généraux d’évincer une grande majorité des opposants politiques et surtout écarte définitivement Aung San Suu Kyi de la scène politique puisque ayant été marié à un Britannique, ce dispositif législatif l’empêche de briguer un mandat politique en Birmanie.

  

Bibliographie

Aung San Suu Kyi, Se libérer de la peur, Édition des Femmes, 1991.

Aung San Suu Kyi, Nationalisme et littérature en Birmanie, Éditions Olizane, 1996.

 

Essais et biographies qui lui sont consacrés

Jean-Claude Buhrer et Claude B. Levenson, Aung San Suu Kyi, demain la Birmanie.

Thierry Falise,  Aung San Suu Kyi, le jasmin ou la lune.

Alan Cléments, Aung San Suu Kyi - ma Birmanie

 

 

Note de synthèse rédigée par Info Birmanie – novembre 2009



Dernière mise à jour : ( 17-06-2010 )