En Birmanie, les groupes armés ethniques s’associent et fixent les conditions d’un accord de paix avec le gouvernement

En Birmanie, les groupes armés ethniques s’associent et fixent les conditions d’un accord de paix avec le gouvernement

Après l’enthousiasme suscité par l’accord de principe sur une ébauche de cessez-le-feu national entre le gouvernement et les représentants des groupes armés ethniques (NCCT), il devient évident pour les observateurs que cet accord d’abord jugé « historique », est loin d’aboutir. En effet, de nombreux obstacles continuent de menacer le processus de paix : la poursuite des attaques et des violations des Droits de l’Homme par l’armée birmane, le manque de reconnaissance et d’inclusion des parties prenantes au conflit, la Constitution de 2008, et un manque de confiance général.

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Du 1er au 6 mai, 12 groupes armés ethniques ont participé au sommet de Panghsang, organisé dans le territoire contrôlé par l’armée Wa (UWSA), dans l’Etat Shan, pour discuter de cette ébauche d’accord de cessez-le-feu. La déclaration publiée à la fin du sommet montre que les groupes armés ethniques ne sont pas prêts de signer un accord final :

  • La déclaration dénonce les violations des droits de l’homme commises par l’armée birmane et l’appelle à cesser immédiatement ses offensives militaires contre les groupes armés kachin, Kokang, Ta’ang et Arakanais. En effet la KIA, la MNDAA, la TNLA, l’AA sont toujours les cibles d’attaques de l’armée. Ces dernières semaines celles-ci ont été particulièrement importantes. Alors que se déroulaient les discussions, l’armée birmane bombardait même les positions de l’armée Kachin. Les civils sont les premières victimes des violations des Droits de l’Homme perpétrées par l’armée. Les exécutions extrajudiciaires, les décapitations et les exactions créent un climat de profonde peur chez les villageois. C’est notamment le cas dans la région du kokang, où les civils fuient la région et subissent la pression des autorités qui souhaitent les faire revenir malgré la persistance des combats et des  violences contre les villageois.
  • La déclaration appelle le gouvernement birman à inclure aux pourparlers de paix, l’ensemble des groupes armés ethniques. Le gouvernement souhaite accélérer la signature de l’accord de cessez-le-feu mais ne souhaite pas signer un accord avec tous les groupes ethniques armés signent. En effet, alors qu’il ne reconnait pas comme membre de la Nationwide Ceasefire Coordination Team (NCCT), 3 des groupes armés ethniques présents au sommet (l’AA, la TNLA et la MNDAA), il estime que les pourparlers de paix en cours aboutiront à un cessez-le-feu « national ». Aung Min, le commandant-en-Chef des armées birmanes et responsable des négociations de paix, a déclaré que l’accord de cessez le feu n’inclurait que les groupes armés ayant été invités, depuis le début, aux  négociations de paix par Nay Pyi Daw.
  • Le secrétaire général de la TNLA, Tar Bong Kyaw estime qu’il est évident que le gouvernement tente de diviser l’alliance des groupes ethniques armés : diviser pour mieux régner. Toutefois ceux-ci ont clairement manifesté leur solidarité face aux attaques de la Tatmadaw, en déclarant qu’aucun groupe ne sera  « laissé de coté », et qu’il n’y aura signature d’un accord que si tous les groupes sont inclus au cessez-le-feu.
  • La déclaration appelle à l’amendement de la constitution pour permettre un « Etat fédéral qui garantisse l’égalité et l’auto détermination » des groupes ethniques. Tous les représentants ethniques sont d’accord pour mettre fin aux conflits si une union fédérale était mise en place suite au dialogue politique. En effet, la constitution de 2008 garantie à l’armée le contrôle du pays et n’accorde pas aux minorités ethniques la reconnaissance constitutionnelle de leurs droits pour laquelle elles se battent depuis plus de 50 ans. « Nous souhaitons obtenir un système de gouvernance similaire à celui des Etats-Unis, qui nous permettent de gouverner nos Etats et d’avoir nos propres armées. […] Nous sommes d’accord pour qu’il y ait une armée pour contrôler le pays en entier, mais les minorités ethniques doivent aussi avoir leurs propres armées pour être protégées. ». Sans amendement de la constitution, aucun accord de paix ne semble donc être possible.

 Le président et son gouvernement sont peut être prêts à finaliser l’accord de cessez-le-feu, cependant, l’accord final n’a toujours pas été signé et les groupes armés rejettent toujours en bloc l’approche gouvernementale.

Des organisations des Droits de l’Homme, des journalistes, des organismes communautaires, des analystes politiques et d’autres soulignent les lacunes de ce processus de paix. Le gouvernement et l’armée ne montrent pas de volonté de faire face aux problèmes structurels et institutionnels qui prolongent les conflits. Les louanges de la communauté internationale sur le processus de paix ne font que lui nuire puisqu’elles détournent l’attention des offensives de l’armée birmane sur les groupes armés ethniques et des besoins de changements politiques indispensables. Les décideurs politiques et les acteurs internationaux doivent prendre conscience que la paix sera impossible tant que le sang continuera de couler et que des personnes continueront d’être déplacées à cause des combats.

De nouvelles discussions de paix devraient être organisées par la NCCT à la fin du mois de mai, probablement à Law Khee La, le quartier général du Karen National Union (KNU).