Comprendre la crise humanitaire en birmanie

Comprendre la crise humanitaire en birmanie

Nouveau rapport : « Aide bloquée, peuple inébranlable : résister à l’utilisation de l’aide comme arme par la junte »

Ce rapport se concentre sur trois régions de Birmanie centrale – Sagaing, Magwe et Mandalay – et répond à trois questions centrales:

  • Comment la junte bloque et instrumentalise l’aide humanitaire et détruit les moyens de subsistance des civils ?
  • Comment les acteurs humanitaires de première ligne/locaux et la société civile continuent de soutenir les communautés déplacées ? Quelles adaptations et mécanismes ont-ils mis en place pour contourner les restrictions et blocus de la junte ?
  • Quelles pratiques l’ASEAN, les organisations internationales, la communauté internationale et les bailleurs de fonds humanitaires devraient mettre en place pour une réponse -enfin- efficace et à la hauteur de la crise humanitaire en cours ?

Dans cet article, vous pouvez lire des citations des auteurs du rapport extraites du communiqué de presse annonçant la publication ainsi que la conclusion de ce dernier. Nous vous invitons à lire le rapport dans son ensemble (en anglais) disponible ici, et riche de nombreux témoignages.

« Il arrive que des personnes soient blessées par des tirs d’artillerie, mais elles ne peuvent pas se faire soigner. Elles ont souvent peur de dire que leurs blessures ont été causées par des bombardements, car les hôpitaux pourraient refuser de les soigner » | défenseur des droits humains, canton de Shwe Bo

« L’aide internationale ne parvient pas aux personnes déplacées sur le terrain, dans la zone aride. Cela s’explique par le fait que les agences d’aide internationales et les donateurs ont davantage tendance à acheminer l’aide par l’intermédiaire de la junte militaire. Je tiens à souligner clairement ici qu’il s’agit d’une crise humanitaire provoquée par la junte militaire. Par conséquent, si l’aide humanitaire transite uniquement par la junte, cela ne permettra pas de résoudre la crise. » | May Hnin, membre du Comité de gestion des urgences de Mandalay

 « Il existe de nombreux cas où la junte a saisi et bloqué l’aide destinée aux personnes déplacées. La junte applique sa stratégie des « quatre coupures » non seulement aux groupes de résistance, mais cible également délibérément les civils afin de les opprimer et de leur faire subir des souffrances. Il s’agit là d’une violation délibérée des droits de l’homme commise par la junte à l’encontre de la population. » | Moe Swe, membre de l’organisation Ah Kayar Civil Society, Magwe

 « Il existe sur le terrain des groupes qui fournissent une aide humanitaire du côté de la résistance, mais celle-ci est très limitée. Nous avons donc tenté de contacter des organisations internationales telles que l’UNICEF et le CICR pour solliciter leur soutien, mais elles nous ont menti en prétendant disposer de personnel dans la région où nous vivons. Aucun de leurs représentants n’était sur le terrain. En réalité, ils séjournaient dans des villes sous le contrôle de la junte militaire et faisaient semblant de soutenir notre population. Ils ont ensuite prétendu être neutres. Mais je ne considère pas du tout cela comme de la neutralité. » | Shin Thant, membre de Butalin Township Strike Force, Sagaing

« Ces communautés ne se contentent pas de faire face à la souffrance ; elles résistent aux structures qui la génèrent et mettent en place des alternatives fiables. La résistance n’est pas la résilience, mais elle y contribue. Nous ne devons jamais laisser le terme de « résilience » devenir un euphémisme pour désigner l’abandon international. La réponse doit donc être menée localement et soutenue au niveau international. L’écosystème humanitaire birman existe déjà ; le rôle de l’ASEAN est de lever les obstacles qui l’empêchent d’être reconnu, financé et protégé. » | Adeliana Kamal, analyste indépendante

« La ministre des Affaires étrangères des Philippines et envoyée spéciale de l’ASEAN, Ma. Theresa P. Lazaro, a récemment annoncé son intention de mener une mission humanitaire au Myanmar, pays ravagé par le conflit, d’ici la fin de l’année 2026. Cela fait près de neuf mois que l’ASEAN a décidé, lors de son sommet d’octobre 2025, d’apporter une aide aux communautés touchées par le conflit. Pourquoi un tel retard dans le sauvetage de vies humaines ? L’ASEAN a attendu bien trop longtemps. Les Philippines, en tant que présidence actuelle de l’ASEAN, doivent immédiatement mettre en œuvre cette décision et veiller à ce que l’aide soit acheminée par le biais de mécanismes frontaliers dirigés localement. » | Khin Ohmar, membre de Progressive Voice

« Il n’y a pas de camps pour les personnes déplacées. Les gens se déplacent d’un village à l’autre. Certains s’installent dans des logements loués, tandis que d’autres trouvent refuge chez des proches. Ils tentent de survivre et travaillent là où ils le peuvent. » | Défenseur des droits humain, région de Magwe

Conclusion du rapport

La crise des déplacements de population dans le centre du Myanmar (Birmanie) n’est plus temporaire ; elle s’est installée dans la durée. Les violences généralisées de la junte et la destruction systématique des moyens de subsistance ont provoqué une crise humanitaire de plus en plus grave. Pour beaucoup, survivre est devenu un combat quotidien extrêmement difficile. Pourtant, les communautés continuent de résister : elles s’entraident, mettent à profit leurs compétences et s’efforcent de préserver des fragments de vie normale. Leur résilience est soutenue en partie par les intervenants locaux de première ligne et les organisations de la société civile (OSC), dont les efforts pour fournir une aide d’urgence, un soutien aux moyens de subsistance, à l’éducation et aux soins de santé restent essentiels, mais sont mis à rude épreuve par le manque de financements et les attaques continues de la junte.

La survie ne devrait pas dépendre uniquement de la capacité des populations à endurer. Les besoins sur le terrain dépassent toujours les capacités de réponse, et cet écart ne fera que se creuser sans un soutien accru, plus souple, et une meilleure protection des acteurs qui acheminent l’aide. Les communautés déplacées continuent de nourrir un espoir simple mais puissant : pouvoir retourner en toute sécurité dans leurs lieux d’origine. Cet espoir doit être accompagné d’une action urgente et déterminée de la communauté internationale afin qu’elles puissent vivre dans la dignité et reconstruire leur avenir. Répondre à cet espoir exige une action internationale urgente et coordonnée. Cela passe d’abord par l’arrêt de l’escalade des violences de la junte — en particulier ses frappes aériennes et ses attaques terrestres contre les civils — ainsi que par la garantie que l’aide humanitaire parvienne directement et rapidement aux communautés touchées.