La FIFA et l’armée birmane : des ballons et des bombes

La FIFA et l’armée birmane : des ballons et des bombes

Brief available in English here.

MEC est sous de multiples sanctions internationales depuis 2021, notamment des Etats-Unis, de l’Union européenne, mais aussi de la Suisse où est basée la FIFA. Les autorités suisses considèrent notamment que “MEC et ses filiales génèrent des revenus pour la Tatmadaw (l’armée birmane), contribuant ainsi à sa capacité à mener des activités qui portent atteinte à la démocratie et à l’État de droit, ainsi qu’à de graves violations des droits de l’Homme au Myanmar/en Birmanie.”

Telecom International Myanmar Company Limited, plus connue sous le nom de MyTel, est la filiale de télécommunication de MEC, codétenue avec Viettel, opérateur vietnamien – lui aussi – contrôlé par l’armée. Selon l’organisation Justice for Myanmar, les prévisions de bénéfices de Mytel indiquent que la participation de l’armée birmane pourrait lui rapporter 270 millions de dollars américains au cours des cinq premières années d’exploitation de Mytel, puis 450 millions de dollars supplémentaires au cours des cinq années suivantes.

MyTel fait aussi l’objet de mesures restrictives en son nom propre du département américain au commerce, non seulement du fait du soutien financier au régime militaire, mais aussi des services de surveillance qu’elle lui a fournis “permettant ainsi à ce dernier de commettre des violations des droits de l’Homme grâce au suivi et à l’identification de personnes et de groupes ciblés”.

La complicité de MyTel avec les crimes de la junte birmane ne s’arrête pas à un soutien financier.

En 2018, MyTel a mené une campagne intitulée « Bannière de la victoire », supervisée par le PDG de Mytel, le colonel Nguyen Thanh Nam, afin de recruter des abonnés au sein de l’armée, ciblant prioritairement les hauts gradés. Selon les informations obtenues par Justice For Myanmar, chaque numéro de téléphone était personnalisé avec le numéro de matricule des soldats et le préfixe “696” en soutien aux nationalistes bouddhistes extrémistes. Nombre de soldats auraient été contraints de s’abonner à Mytel et les frais d’abonnement auraient été prélevés sur leur solde. Cette campagne agressive s’est ensuite poursuivie visant spécifiquement les “VIPs” – les membres du gouvernement et élus. Or, selon cette même enquête, la direction des transmissions de l’armée birmane est liée sur le plan opérationnel à Mytel, le réseau mobile utilise le réseau de câbles à fibre optique de l’armée et ses antennes relais sont dans les bases militaires.

Un maillage de surveillance qui s’est accru après le coup d’Etat du 1er février 2021 avec notamment une équipe de cybersécurité de la police qui collabore avec MyTel afin de surveiller les utilisateurs de téléphones en temps réel, d’identifier et de suivre en ligne les opposants au régime, comme l’a révélé Frontier dès 2021. En juillet 2021, la junte exigeait de l’ensemble des opérateurs l’installation de technologie d’interception afin d’espionner les appels, les messages et le trafic Internet, et de suivre elle-même les utilisateurs. 

“Selon les analystes, l’armée cherche avant tout à accéder aux données des utilisateurs susceptibles d’être des opposants politiques, des membres de la résistance ou des journalistes, dans le cadre d’une stratégie plus large visant à étouffer toute dissidence.” 

 VOA | How Myanmar’s Junta Uses Telecom Companies to Target Journalists

Selon des informations reçues par Burma Campaign UK, Mytel contribuerait aussi à faciliter les connexions internet de centres d’arnaque en Birmanie. Ces “centres” sont impliqués dans le financement de la junte et de ses milices, mais aussi le trafic d’organes et d’être humains. Selon l’ONU, des centaines de milliers de personnes, victimes de la traite des êtres humains, y sont détenues et forcées d’escroquer des internautes partout dans le monde.

La FIFA ne s’est pas contentée de piétiner les aspirations démocratiques du peuple birman et de pousser les supporteurs de football birmans à payer et transmettre leurs données à la junte pour suivre la coupe du monde – en dépit des multiples risques pour leur sécurité. Elle a aussi mis à l’honneur l’un des fervents soutiens de l’armée, en tant que président de la commission de la responsabilité sociale du football !

Gianni Infantino 
Zaw Zaw
Fifa 
droits humains
Birmanie

La nomination de M. Zaw Zaw, président de la fédération birmane de football mais surtout propriétaire de Max Myanmar n’a pas échappé aux journaux de la propagande. Le tristement célèbre crony et son entreprise ont publiquement soutenu les campagnes génocidaires de la junte à l’encontre de la minorité Rohingya – tout comme MyTel et M. Zaw Zaw à titre personnel via des dons. 

Une implication documentée par le rapport de la mission indépendante d’établissement des faits sur la Birmanie de l’ONU dans son rapport de 2019  sur les intérêts économiques de l’armée birmane qui conclut que:

“Max Myanmar devrait faire l’objet d’une enquête pénale et, le cas échéant, être poursuivi pour avoir contribué de manière substantielle et directe à la commission du crime contre l’humanité consistant en des « autres actes inhumains » et en des persécutions, comme indiqué ci-dessus dans le cadre juridique applicable aux responsables d’entreprises et à la responsabilité pénale.”

“ Pour ces raisons, la Mission conclut, sur la base de motifs raisonnables, que des responsables du groupe KBZ et de Max Myanmar ont aidé, encouragé ou autrement contribué aux crimes contre l’humanité que constituent une persécution et d’autres actes inhumains.”

La FIFA s’est pourtant engagée à respecter les droits humains via l’article 3 de ses statuts et affirme reconnaître “son rôle en matière de respect des droits humains dans l’ensemble de ses activités et de ses relations ; les mots sont là, les actions manquent.

à partager ces informations et taguer @fifa @fifaworldcup @gianni_infantino sur les réseaux sociaux

à montrer des gestes de soutien et de solidarité avec le combat du peuple birman pour la liberté

à signaler massivement à la FIFA cette situation via le portail de signalement de la FIFA, puis sélectionnez la rubrique « Droits humains » ou via l’adresse courriel : humanrightscomplaint@fifa.org 

à rompre immédiatement son contrat de diffusion avec MyTel

à démettre Mr Zaw Zaw de toutes ses fonctions au sein de la FIFA immédiatement

à vérifier consciencieusement l’ensemble de ses partenaires birmans ou en lien avec la Birmanie

à établir un protocole clair et public de vérification des antécédents de ces partenaires et membres de commissions

à présenter ses excuses au peuple birman

à vérifier la comptabilité du contrat de diffusion de la coupe du monde en Birmanie au regard des sanctions en cours

à faire pression sur la FIFA pour rompre tout lien avec la junte birmane