Info Birmanie, Justice for Myanmar, Reporters sans frontières et Sherpa saluent le retrait de Voltalia, après un an de discussions

Info Birmanie, Justice for Myanmar, Reporters sans frontières et Sherpa saluent le retrait de Voltalia, après un an de discussions


Paris, le 2 avril 2021 – Interpellée il y a presqu’un an par les ONG, la multinationale française vient d’annoncer son prochain retrait de Birmanie. Les ONG prendront toutes mesures possibles afin de s’assurer que ce retrait soit mis en œuvre rapidement par l’entreprise.

Dès mai 2020, Info Birmanie, Sherpa, Reporters sans frontières (RSF), et Justice for Myanmar avaient interpellé Voltalia sur ses liens d’affaires avec des entreprises liées à l’armée birmane, et sur le fait que l’électricité qu’elle fournit à un opérateur local profite aux répressions sanglantes de la junte. 

Cette entreprise française du secteur des énergies renouvelables a été explicitement alertée sur le fait que le contrat d’approvisionnement d’électricité qu’elle avait conclu avec la MNTI (Myanmar National Telecom Infra Company) profitait à l’opérateur Mytel, identifié par l’ONU comme un soutien de l’armée Birmane et comme impliqué dans les crimes contre l’Humanité et crimes de guerre perpétrés en Birmanie.

Le 31 mars 2021, Voltalia a annoncé son retrait, après près d’un an de mobilisation des ONG et de négociation de celles-ci avec l’entreprise.

Si les ONG se réjouissent de cette annonce, elles déplorent toutefois que l’entreprise n’ait pas pris de mesures plus tôt, rappelant que, selon elles, Voltalia ne pouvait ignorer les risques attachés à ses activités compte tenu des informations dont elle disposait, et qu’elle aurait donc dû prendre toutes mesures nécessaires pour y remédier, conformément aux principes directeurs de l’ONU relatifs aux entreprises et aux droits de l’Homme.

Deux mois après le coup d’Etat, le retrait de Voltalia confirme qu’il est urgent pour les autres entreprises occidentales, notamment Total, de cesser d’alimenter la junte, et pour la France de pousser à l’adoption de sanctions ciblées visant les intérêts économiques de l’armée. 

Contacts Presse

Info Birmanie – Sophie Brondel : sophie@info-birmanie.org  – 07 62 80 61 33

Sherpa – Laura Bourgeois : laura.bourgeois@asso-sherpa.org – 06 78 00 07 17

Reporters sans frontières – Daniel Bastard : dbastard@rsf.org – 06 87 72 61 12

Justice For Myanmar : media@justiceformyanmar.org

Info Birmanie et Justice For Myanmar saluent l’annonce  de la suspension du barrage hydroélectrique Shweli-3

Info Birmanie et Justice For Myanmar saluent l’annonce de la suspension du barrage hydroélectrique Shweli-3

CP 19 mars 2021 – Info Birmanie et Justice For Myanmar saluent la décision d’Électricité de France (EDF) de suspendre son projet de méga-barrage Shweli-3 en Birmanie en raison de la situation des droits humains à la suite du coup d’État militaire du 1er février. EDF, une société cotée en bourse détenue majoritairement par l’État français, dirige un consortium chargé de construire le barrage Shweli-3 ainsi qu’une centrale électrique de 671 mégawatts dans l’État Shan. Cet État est en proie aux conflits et l’armée birmane y est mise en cause pour crimes de guerre et crimes contre l’Humanité. La société japonaise Marubeni et la société birmane Ayeyar Hinthar sont également des investisseurs du projet, qui coûterait 1,51 milliard de dollars USD.

Yadanar Maung, porte-parole de Justice For Myanmar, déclare: « Nous saluons la décision d’EDF de suspendre le projet hydroélectrique Shweli-3, qui aurait impliqué d’être en relation d’affaires avec la junte militaire composée de criminels qui tuent délibérément des manifestants pacifiques et commettent de probables crimes contre l’Humanité. Le méga-barrage Shweli-3 n’aurait jamais dû atteindre ce stade. Il est situé dans l’état Shan, une région ethnique où les conflits et des violations systémiques des droits humains sont en cours. Nous appelons toutes les entreprises à mettre fin à leurs activités avec l’armée birmane. Total, dont les paiements de gaz financeront la junte s’ils poursuivent leurs activités comme d’habitude, devrait désormais suivre l’exemple donné par EDF et couper les liens. »

Pour Sophie Brondel, coordinatrice d’Info Birmanie, « la décision d’EDF de suspendre le projet hydroélectrique Shweli-3 est un jalon et indique la voie à suivre pour les entreprises françaises en Birmanie. Nous appelons en particulier toutes les entreprises liées à la junte à rompre ces liens. Les entreprises ont la responsabilité de se tenir du côté de la démocratie et de s’assurer qu’elles n’alimentent pas la junte. Le statu quo n’est pas une option.»

En février, le chef de la junte militaire, Min Aung Hlaing, a déclaré que le régime «continuerait à mettre en œuvre» les projets hydroélectriques existants ». La décision d’EDF de se retirer de Shweli-3 met cette affirmation en doute.

En copie : la lettre d’EDF en ligne

Info Birmanie est une association française basée à Paris qui mène des campagnes de plaidoyer afin de promouvoir la justice et les droits humains en Birmanie et qui relaie les voix de la société civile birmane.

Justice pour le Myanmar est un groupe d’activistes clandestins qui milite pour la justice pour le peuple birman, appelle à la fin des affaires militaires, à la démocratie fédérale et à une paix durable.

Pour plus d’informations :

Sophie Brondel, coordinatrice d’Info Birmanie

Courriel: sophie@info-birmanie.org

Téléphone: +33 7 62 80 61 33

Yadanar Maung, porte-parole de Justice pour le Myanmar

Courriel: media@justiceformyanmar.org

Birmanie : Total doit cesser de financer la junte

Birmanie : Total doit cesser de financer la junte

CP – Paris, le 19 mars 2021 – Depuis le coup d’État en Birmanie du 1er février, Total est redevenu l’un des plus importants contributeurs financiers de la junte militaire, qui a repris les pleins pouvoirs par la force et réprime le mouvement de protestation de la population dans le sang. Plus de 200 morts, des centaines de blessés et plus de 2 000 personnes interpellées. Meurtres, torture, persécutions, exécutions extra-judiciaires, arrestations arbitraires… : le Rapporteur spécial de l’Onu sur la Birmanie évoque de probables crimes contre l’Humanité [1].   

Aujourd’hui, nous – Attac France, Greenpeace France, Les Amis de la Terre France, la Ligue des droits de l’Homme, Info Birmanie, Notre Affaire à Tous, Sherpa et 350.org – exhortons Total à suspendre tout paiement à la junte en plaçant les millions d’euros en jeu sur un compte bloqué[2].

Selon Justice for Myanmar, Total a notamment versé plus de 229 millions de dollars à l’Etat birman en 2019 en taxes et en parts du gouvernement dans la production de gaz[3]. Le Monde rapporte qu’en août 2020, sa filiale Moattama Gas Transportation Co, enregistrée aux Bermudes, a reçu le « prix du plus gros contribuable » dans la catégorie « entreprises étrangères » pour l’année fiscale 2018-2019[4]. Cet argent transite principalement par l’entreprise publique Myanmar Oil and Gas Enterprise (MOGE), dont les liens avec les milieux d’affaires militaires sont pointés du doigt par la société civile[5]. Mise en cause pour son opacité[6], cette entreprise représente la source de revenus la plus importante de l’Etat birman et se trouve désormais placée sous le contrôle direct de la junte. Le Rapporteur spécial de l’Onu sur la Birmanie demande d’ailleurs que des sanctions internationales soient prises à l’encontre de la MOGE[7].

Pendant que la junte tue, Total “évalue la situation”, se dit “préoccupée”[8], mais maintient le statu quo. Pourtant, d’autres entreprises ont réagi à la situation sur place :  l’entreprise singapourienne Puma Energy a suspendu ses activités et l’australienne Woodside annonce qu’elle va démobiliser ses opérations offshore.

Interpellée par des citoyens birmans, Total met en avant la fourniture d’électricité qu’elle apporte à une partie de la population, des arguments repris par l’Ambassade de France[9]. Mais la multinationale n’apporte pas de réponse face à l’enjeu central des paiements versés à la junte, et s’en remet aux sanctions décidées par les Etats[10]. Cette posture revient à alimenter un régime militaire brutal et illégitime.

Pourtant, des Birmans ont manifesté à Kanbauk le 12 février 2021 pour demander à Total et aux autres compagnies gazières de ne pas financer la junte[11]. Des employés de Total en Birmanie ont également rejoint le mouvement de désobéissance civile[12]. Et MATA (Myanmar Alliance for Transparency and Accountability), qui regroupe 445 organisations de la société civile birmane, appelle les compagnies pétrolières et gazières à cesser immédiatement tout paiement à la junte, seule mesure à même de garantir le respect des Principes directeurs de l’Onu sur les entreprises et les droits humains, ainsi que de la loi française sur le devoir de vigilance de mars 2017. Nous rappelons d’ailleurs que le plan de vigilance de Total est largement insuffisant, tant dans son contenu que sa mise en oeuvre, et que l’entreprise fait l’objet de deux actions en justice en France sur le fondement de cette loi[13].

Le message de la société civile birmane est clair : “Si vous continuez le “business as usual”, nous vous tiendrons pour responsables de la violence infligée par la junte au peuple birman.” A son tour, le Ministre de la planification, des finances et de l’industrie nommé par le CRPH (Committee Representing Pyidaungsu Hluttaw) – le parlement en résistance – demande à Total de ne plus collaborer avec le régime de la junte[14].

Le gouvernement français doit quant à lui agir pour que des sanctions soient adoptées contre les dirigeants de la junte et contre les entreprises, notamment la MOGE, dont les revenus financent la répression. Ne pas agir en ce sens revient à renforcer la junte dans sa volonté de se maintenir au pouvoir par la force des armes et au prix d’une répression sanglante.

Signataires :

Attac France

Greenpeace France

Les Amis de la Terre France

Ligue des droits de l’Homme

350.org

Notre Affaire à Tous

Info Birmanie

Sherpa

Contacts Presse :

Sophie Brondel, Info Birmanie – sophie@info-birmanie.org 07 62 80 61 33

Laura Bourgeois, Sherpa – laura.bourgeois@asso-sherpa.org 06 78 00 07 17


[1] https://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=26885&LangID=E

[2] Total doit utiliser ses participations et son rôle d’opérateur dans des coentreprises pour suspendre les paiements effectués à la MOGE

[3] PWYP affirme que Total  a versé, dans le cadre du bloc Yadana (M5/M6),  768 millions USD en 10 paiements aux entités gouvernementales depuis 2015 : https://static1.squarespace.com/static/5dfc4510ad88600d53f93358/t/603dadae66cb1e4dc2cea3c4/1614654897372/Final+Brief_PWYP_Offshore+Gas.pdf ; voir aussi le document d’enregistrement universel 2019, publié en mars 2020, p. 422, dans lequel figure le chiffre de 229 597 000 USD, dont 51 millions d’impôts et taxes, et 178,597 millions de droits à la production, https://www.total.com/sites/g/files/nytnzq111/files/atoms/files/total_document_enregistrement_universel_2019.pdf.

[4]https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/03/03/accor-total-ces-entreprises-francaises-liees-a-la-junte-militaire-birmane_6071825_3234.html

[5] Justice for Myanmar https://www.justiceformyanmar.org/stories/how-oil-and-gas-majors-bankroll-the-myanmar-military-regime

PWYP : https://static1.squarespace.com/static/5dfc4510ad88600d53f93358/t/603dadae66cb1e4dc2cea3c4/1614654897372/Final+Brief_PWYP_Offshore+Gas.pdf

[6] Rapport de la Mission d’établissement des faits de l’Onu, “The economic interests of the Myanmar military” page 27 : https://www.ohchr.org/EN/HRBodies/HRC/MyanmarFFM/Pages/EconomicInterestsMyanmarMilitary.aspx

[7] https://www.ohchr.org/EN/HRBodies/HRC/RegularSessions/Session46/Documents/A_HRC_46_56.pdf

[8] Voir notamment https://www.myanmar-responsiblebusiness.org/news/statement-concerned-businesses.html.

[9] reportage France Info TV : https://twitter.com/JulienPain/status/1371447008578396165?s=20

[10] reportage France Info TV :  https://twitter.com/JulienPain/status/1371447008578396165 et réponse de Total : https://twitter.com/TotalPress/status/1371469500260945933

[11] https://www.facebook.com/DaweiWatch/posts/3428861180575369

[12] https://www.facebook.com/Myanmar-Alliance-for-Transparency-and-Accountability-MATA-672103292860036/photos/pcb.5056835061053482/5057177711019217

[13] Les Amis de la Terre France, Survie et al. contre Total SE (Total Ouganda), https://www.amisdelaterre.org/campagne/total-rendez-vous-au-tribunal /; Notre Affaire à tous, Sherpa et al. contre Total SE (Total Climat), https://notreaffaireatous.org/actions/les-territoires-qui-se-defendent-et-si-nous-mettions-enfin-les-entreprises-face-a-leurs-responsabilites  / ; sur le plan de vigilance de Total SE voir aussi le radar du devoir de vigilance, https://plan-vigilance.org/company/total-sa   /.

[14]  https://twitter.com/JusticeMyanmar/status/1371800326270033922/photo/1

La communauté internationale dans l’impasse face à l’escalade de la répression

La communauté internationale dans l’impasse face à l’escalade de la répression

CP 3 mars 2021 – Le soulèvement birman de 2021 contre la junte a ceci de particulier que nous vivons quasiment en direct le décompte des morts, des blessés et des arrestations. Des images de plus en plus insoutenables circulent sur les réseaux sociaux, montrant la barbarie de la junte et de ses hommes en armes, qui s’acharnent avec une violence inouïe sur des innocents en toute impunité.

Dimanche dernier, l’adolescent qui s’était posté devant les bureaux de l’Onu à Yangon la semaine passée pour implorer de l’aide a été tué. D’autres sont morts depuis et bientôt nous ne serons malheureusement plus en mesure de compter les morts (des dizaines), les blessés  (des centaines) et les interpellés (plus d’un millier), dont on risque ensuite d’être sans nouvelles.

Face à la répression qui s’abat sur le mouvement de désobéissance civile, les condamnations internationales se multiplient mais n’ont aucun impact sur la junte, qui se moque de notre consternation. Son mépris de la vie humaine n’a que faire de considérations morales ou légales. Le « we are watching » finit par sonner creux.

La population birmane doit se sentir bien seule, comme ses persécutés l’ont toujours été face à la répression des militaires birmans. Si ses attentes vis-à-vis de la communauté internationale sont sans doute trop fortes, l’aptitude ou la volonté de celle-ci à faire levier est trop faible.

Plus d’un mois après le coup de force du 1er février, aucun Etat, aucune organisation – internationale ou régionale – n’a été en mesure d’infléchir le cours des événements. Le Conseil de sécurité de l’Onu reste jusqu’à nouvel ordre paralysé par les vetos russe et chinois et on se demande encore si l’ASEAN, regroupement à dominante économique, finira (ou certains de ses membres) par faire levier sur la junte. Les Etats-Unis et Londres ont au moins décidé de sanctions, même si elles ne vont pas encore assez loin. Quant à l’Union européenne, elle annonce des mesures à prendre, mais tarde à les adopter. On peine à comprendre tous les ressorts de cet attentisme.

Pourtant, la répression qui s’accroît depuis dimanche, devenue « Bloody Sunday » sur les réseaux sociaux, suivie d’un « Bloody Wednesday », appelle des actes, précis et ciblés, clairement identifiés par la société civile. Le mouvement de désobéissance civile doit être relayé, appuyé et soutenu sur le terrain, comme y exhorte notamment l’ONG Burma Human Rights Network qui appelle à un soutien direct du mouvement. Les intérêts économiques de la junte doivent faire l’objet d’une attaque concertée et mondiale et ses crimes jugés devant une juridiction internationale.

Encore combien de morts pour que la communauté internationale agisse ? En Birmanie, poser cette question expose à la mort.

Contact presse : Sophie Brondel, coordinatrice d’Info Birmanie sophie@info-birmanie.org 07 62 80 61 33

Version anglaise du communiqué