Manifestez pour la paix dans l’état Kachin, vous irez en prison

Manifestez pour la paix dans l’état Kachin, vous irez en prison

Vendredi 7 décembre, trois jeunes militants pacifistes Kachin ont été condamnés à six mois d’emprisonnement et au paiement d’une amende de 320 dollars. Ils avaient simplement contribué à l’organisation d’une manifestation pacifiste qui s’est tenue le 30 avril dernier à Myitkyina, la capitale de l’état Kachin, dans un contexte d’intensification des combats entre l’armée birmane et l’Armée pour l’Indépendance Kachin (KIA).

Leur but était d’attirer l’attention sur la situation dramatique des milliers de personnes déplacées par le conflit dans l’état Kachin. Deux mille déplacés étaient alors pris au piège des combats sans aucune aide.

crédit photo : Nang Pu

Lors de cette manifestation de plusieurs milliers de personnes, et le lendemain de celle-ci, les trois militants ont « demandé pacifiquement que de l’aide humanitaire soit acheminée dans les zones de conflit où des civils sont pris au piège ». Selon Human Rights Watch, ils ont également fait état du rôle de l’armée dans les déplacements de population, demandé l’évacuation des civils piégés par les combats et l’arrêt des frappes aériennes sur des zones habitées.

Cela leur a valu d’être poursuivis pour diffamation envers l’armée au titre de l’article 500 du Code Pénal et condamné pour avoir porté « atteinte aux forces armées birmanes ».

Comme le déclare une responsable d’Amnesty International/Canada, ces peines de prison sont le reflet des attaques continues dont la société civile fait l’objet dès lors qu’elle exprime son opinion sur l’armée. « Le message envoyé à tous ceux qui veulent dire la vérité à propos de la barbarie des forces armées birmanes dans les états Kachin et Shan est effrayant. » « Ces militants doivent être libérés immédiatement et leurs condamnations doivent être annulées. Ces personnes devraient être félicitées, et non sanctionnées. »

Rappelons que la Mission d’établissement des faits de l’ONU a, dans son rapport complet publié en septembre dernier, fait la lumière sur les crimes contre l’Humanité et les crimes de guerre commis par l’armée birmane dans l’état Kachin. L’armée y commet des violations massives des droits humains en toute impunité. Ces violations entraînent une crise humanitaire considérable et néanmoins peu médiatisée. Dans cet état situé au nord de la Birmanie, les combats entre l’armée et la KIA ont repris depuis 2011. Ils se sont intensifiés en 2018 et des milliers de civils ont dû fuir.

Selon l’Office des Nations Unies pour la Coordination des Affaires humanitaires (OCHA), 107 000 personnes demeurent déplacées dans les états Shan et Kachin et l’accès à ces populations fragilisées est limité. Selon la Kachin Baptist Convention (KBC), des dizaines de milliers de personnes déplacées à la frontière avec la Chine seraient actuellement privées d’aide alimentaire. De manière récurrente, Il est fait état de la situation critique des déplacés internes privés d’aide humanitaire, tandis que les organisations qui tentent de leur venir en aide sont intimidées par la menace de poursuites judiciaires visant à entraver leur action.

Aujourd’hui, le Conseil de l’Union Européenne réitère son appel au gouvernement birman pour qu’il adopte sans délai des mesures effectives en vue de faire rendre des comptes aux auteurs de violations massives des droits humains, qu’il garantisse l’accès de l’ONU et des organisations humanitaires dans les états Kachin, Shan et d’Arakan, et qu’il crée les conditions nécessaires au retour des personnes déplacées sur leurs lieux d’habitation d’origine.

Le Conseil de l’UE a par ailleurs l’intention d’adopter des mesures ciblées additionnelles à l’encontre de hauts-gradés de l’armée et de responsables de la police des frontières (BGP) impliqués dans des violations des droits de l’Homme.

Le climat persistant d’impunité, qui permet la poursuite des exactions de l’armée et l’envoi de militants pacifistes en prison, n’a que trop duré.

La société civile birmane dénonce avec force ces condamnations injustes.

THE KACHIN NATIONAL ORGANISATION CONDEMNS THE SENTENCE OF KACHIN PEACEFUL PROTEST ORGANISERS

https://progressivevoicemyanmar.org/2018/12/08/the-kachin-national-organisation-condemns-the-sentence-of-kachin-peaceful-protest-organisers/

KACHIN HUMAN RIGHTS ACTIVISTS IN PRISON ON UDHR ANNIVERSARY

https://progressivevoicemyanmar.org/2018/12/10/kachin-human-rights-activists-in-prison-on-udhr-anniversary/

KPSN CONDEMNS JAILING OF KACHIN ACTIVISTS

https://progressivevoicemyanmar.org/2018/12/09/kpsn-condemns-jailing-of-kachin-activists/

10 Décembre 2018 – Journée internationale des droits de l’Homme

10 Décembre 2018 – Journée internationale des droits de l’Homme

La Déclaration Universelle des droits de l’Homme a 70 ans. La Birmanie fait toujours face à d’immenses défis en matière de respect des droits humains et de justice. La société civile birmane, qui il y a quelques temps encore continuait d’espérer un changement dans le cadre de la transition démocratique amorcée, exprime désormais son désenchantement et ses espoirs déçus de manière plus marquée. Nos pensées vont à toutes les victimes des violations des droits humains et à tous ceux qui, avec beaucoup de courage, et parfois au péril de leur vie, se battent pour défendre les droits de l’Homme et les valeurs démocratiques dans leur pays.

Rapatriement des Rohingya : vives inquiétudes et forte mobilisation des acteurs humanitaires

Rapatriement des Rohingya : vives inquiétudes et forte mobilisation des acteurs humanitaires

Le 9 novembre 2018, 42 ONG humanitaires présentes sur le terrain en Birmanie et au Bangladesh ont publié une lettre ouverte pour faire part de leur très grande inquiétude à l’annonce du rapatriement programmé de Rohingya ayant trouvé refuge au Bangladesh. Elles soulignent l’effroi des Rohingya qui découvrent ce projet et les risques auxquels ils seraient exposés en cas de retour en Birmanie.

Les autorités bangladaises et birmanes ont en effet annoncé avoir programmé le rapatriement de quelques 2000 Rohingya à compter de la mi-novembre, dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord conclu entre les deux pays à ce sujet en novembre 2017. Les Rohingya concernés sont censés passer par le centre de réception de Nga Khu Ya, avant d’être transférés dans le camp de transit de Hla Poe Kaung.

Cette annonce s’inscrit dans un contexte d’échéances électorales pour le Bangladesh et de pressions internationales pour la Birmanie. Or, ce rapatriement annoncé, soutenu par la Chine, loin de représenter une quelconque avancée pour les Rohingya, les expose à de nouvelles persécutions.

La situation actuelle est critique : les Rohingya ne disposent d’aucun statut protecteur au Bangladesh et Human Rights Watch indique que les listes de Rohingya destinés à être « rapatriés » ont été établies sans que les principaux intéressés ne soient consultés, ni informés. Le processus en cours ne répond à aucun standard international. Les Rohingya devraient en particulier bénéficier du principe de non-refoulement, selon lequel aucun réfugié ne peut être renvoyé dans le pays dans lequel il craint d’être persécuté sans qu’il y consente.

Le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR), qui n’a pas été associé à l’établissement des listes, a d’ores et déjà rappelé, comme le font les 42 ONG signataires de la lettre ouverte, que les conditions pour un retour des Rohingya ne sont pas réunies. Tant les enquêteurs de l’ONU que les acteurs de terrain appellent le Bangladesh et la Birmanie à renoncer à ce projet. Car les Rohingya sont exposés à un « haut risque de persécution » en Birmanie. La rapporteur spécial sur les droits humains en Birmanie, Mme Yanghee Lee, fait aussi état des très fortes craintes exprimées par les Rohingya à Cox’s Bazar : ils redoutent de voir leurs noms sur les listes établies.

Frontier Myanmar rapporte par ailleurs dans son édition du 5 novembre 2018 qu’un adolescent Rohingya qui faisait paître ses vaches aurait été blessé par balle à la suite de tirs émanant d’un poste de sécurité birman au niveau du no man’s land qui sépare la Birmanie et le Bangladesh. Un officiel bangladais sous couvert d’anonymat aurait affirmé que cet incident pourrait en réalité avoir pour but de différer le rapatriement des Rohingya.

Cela ne ferait que confirmer nos craintes sur la nature véritable du rapatriement annoncé : un « élément de communication » des autorités birmanes dans un contexte de pression internationale accrue, sans qu’aucune mesure n’ait été prise pour garantir les droits et la sécurité des Rohingya en Birmanie. Le contexte reste au déni des crimes documentés par les enquêteurs de l’ONU et la situation des quelque 128 000 Rohingya qui se trouvent encore dans des camps de déplacés dans l’état d’Arakan, camps dont la fermeture a été annoncée, reste très préoccupante.

Comme en réaction aux très fortes critiques exprimées sur le rapatriement planifié, les autorités bangladaises ont sollicité le HCR pour qu’il s’assure du caractère volontaire de chaque retour de Rohingya en Birmanie. Ce qui devrait retarder, si ce n’est empêcher, le démarrage du processus de rapatriement annoncé. Les autorités birmanes ont quant à elles estimé que le Bangladesh serait responsable en cas de retard et déclaré qu’elles étaient prêtes à accueillir les rapatriés. En arrière-plan, la Chine encourage vivement la mise en route du rapatriement comme « solution » à la crise.

Il ne s’agit pourtant que de s’assurer que les droits des Rohingya sont respectés. Ces derniers doivent en effet être associés à tout processus de rapatriement. Et celui-ci doit être conditionné à des garanties préalables et effectives en matière de sécurité, de liberté de mouvement et de droits. Les causes profondes de la crise doivent d’abord être traitées.

Il en va de la vie et de la sécurité des Rohingya qui, déjà durement éprouvés, ne peuvent de nouveau être exposés à des persécutions et des violences. La communauté internationale, les organisations de défense des droits humains et les organisations humanitaires doivent rester mobilisées.

Campagne de dons 2018 : Ensemble pour la justice en Birmanie

Campagne de dons 2018 : Ensemble pour la justice en Birmanie

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Les conclusions des enquêteurs de l’ONU présentées au Conseil de sécurité : la communauté internationale à un tournant

Les conclusions des enquêteurs de l’ONU présentées au Conseil de sécurité : la communauté internationale à un tournant

Le mercredi 24 octobre 2018, Marzuki Darusman, président de la Mission d’établissement des faits de l’ONU sur la Birmanie, a présenté ses conclusions au Conseil de sécurité de l’ONU. La veille, le rapport des enquêteurs de l’ONU avait été présenté à l’Assemblée générale.

Cette présentation devant le Conseil a été faite à la demande de neuf Etats membres du Conseil de sécurité, parmi lesquels la France. Cette initiative ne peut qu’être saluée. Sans surprise, la Chine et la Russie se sont opposées à la tenue de cette réunion, mais n’ont pu l’empêcher, en application des règles de fonctionnement du Conseil.

En marge de cette réunion, Marzuki Darusman a déclaré que le génocide des Rohingya en Birmanie se poursuivait, en précisant qu’à l’exception des tueries, toutes les autres caractéristiques de ce crime de masse étaient toujours présentes. Devant le Conseil de sécurité, il a en particulier appelé à ce que ce dernier saisisse la Cour pénale internationale ou crée un tribunal ad hoc. Il a rappelé que la mise en cause des principaux responsables des crimes les plus graves en droit international, nommés par les enquêteurs de l’ONU, est indispensable à tout processus de réconciliation nationale. Et qu’il n’existe aujourd’hui aucune perspective de justice pour les victimes en Birmanie. Des Rohingya continuent de fuir la Birmanie par centaines chaque mois et aucune mesure significative en terme de justice et de droits n’a été adoptée par les autorités birmanes, qui jusqu’à présent, ne reconnaissent ni l’existence, ni l’ampleur des crimes perpétrés.

La présentation de ce rapport devant le Conseil de sécurité marque un tournant pour la communauté internationale. Il en va de la raison d’être de cette institution. Sur la base des éléments portés à sa connaissance, le Conseil de sécurité de l’ONU doit adopter des mesures significatives, en particulier en matière de justice. Pour espérer mettre un terme aux cycles de violence récurrents que connaît la Birmanie, dans l’état d’Arakan, mais aussi dans d’autres états, en particulier du nord et de l’est, et pour ne pas priver la Charte des Nations Unies de tout sens, l’ONU doit agir. C’est précisément face à de telles situations qu’autorité a été donnée au Conseil de sécurité pour agir.

Il appartient à la France, aux côtés de ses homologues, d’appuyer officiellement les recommandations portées par Marzuki Darusman devant le Conseil de sécurité :

  • saisine de la Cour pénale internationale ou création d’un tribunal ad hoc
  • adoption de sanctions individuelles ciblées contre les hauts-gradés de l’armée désignés par le rapport des enquêteurs de l’ONU, en particulier le commandant en chef de l’armée, le général Min Aung Hlaing
  • embargo sur les armes
  • interdiction de toute transaction avec les entreprises affiliées à l’armée birmane